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Nouveau business pour le solaire

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Croissance et profits sont de retour pour les industriels du photovoltaïque. La tempête des années 2011-2013 semble terminée. Elle laisse derrière elle un secteur transformé dont émergent des modèles d’affaires innovants.

Nouveau business pour le solaire

Le prisme européen est trompeur. Sur le Vieux Continent, le solaire est synonyme d’hécatombe industrielle, de ruineuses subventions et de marchés en chute. Hors d’Europe, le marché renoue avec la croissance et redevient profitable pour les industriels du photovoltaïque, qui entrent dans une nouvelle phase d’expansion. De la tempête des années 2011-2013 est sorti un secteur transformé dont émergent des modèles d’affaires innovants. La crise semble en tout cas terminée. Les installations de panneaux solaires ont accéléré en 2013 pour croître de 28 % sur un an, après avoir stagné en 2012, selon l’Association européenne de l’industrie photovoltaïque (Epia).

Le cabinet IHS Technology attend un bond de 22 % pour 2014, à 46 gigawatts (GW), et une croissance à deux chiffres au cours des cinq prochaines années. Surtout, les industriels du solaire en ont fini avec la « prospérité sans profit » des années 2010-2012, au cours desquelles leurs pertes croissaient avec les volumes, tant la chute des prix était brutale. Toute la chaîne de valeur du panneau verra son chiffre d’affaires croître en 2014 selon IHS : + 36 % pour le polysilicium, + 35 % pour les wafers, + 18 % pour les cellules, + 17 % pour les panneaux. Au total : environ 52 milliards de dollars de ventes.

« Les prix se sont stabilisés depuis un an, la croissance du marché résorbe les surcapacités, les marges se reconstituent », résume Bernard Clément, directeur business et opérations des énergies nouvelles de Total, actionnaire majoritaire (66 %) de l’américain SunPower. Signe qui ne trompe pas, les principaux acteurs augmentent leur capacité de production. Ce nouvel élan du solaire, qualifié de « seconde ruée vers l’or » par la Deutsche Bank, a cependant peu à voir avec le boom de la fin des années 2000. La géographie du marché a basculé. L’Europe représentait 70 % des nouvelles installations en 2011, moins de 29 % en 2013 selon l’Epia. Cette part ne devrait plus dépasser 25 % d’ici à 2018.

L’écrasante domination asiatique

L’Asie est devenue la locomotive du marché. En tête, la Chine concentrera 29 % des nouvelles installations en 2014, selon IHS, suivie par le Japon (20 %) et les États-Unis (14 %). « Le marché s’est enfin internationalisé avec une répartition qui correspond mieux à la géographie économique », explique Gaëtan Masson, consultant pour l’Epia. La chute des prix accélère la diffusion du photovoltaïque, devenu compétitif par rapport aux autres énergies dans beaucoup de pays. La combinaison ensoleillement fort – prix de marché de l’électricité élevé est gagnante. « Le Chili est l’exemple absolu. Pour la première fois il y a un boom du marché sans subvention », s’enthousiasme Thierry Lepercq, le président de Solairedirect, un développeur et exploitant français de centrales solaires. Solairedirect y travaille sur un projet de 50 MW qui vendra sa production directement sur le marché spot de l’électricité et SunPower devrait mettre en service, en décembre, son projet de 70 MW baptisé Salvador. « Les industriels viennent expérimenter au Chili de nouveaux modèles d’affaires avec des contrats de vente d’électricité plus courts, plus flexibles et tournés tout ou partie vers le marché spot », observe le cabinet GTM Research.

La deuxième bascule est aussi géographique. Elle concerne la production. La domination de l’Asie est désormais écrasante. La Chine concentre les deux tiers de la production mondiale de panneaux, près de 90 % avec le reste de l’Asie. Le top 10 des producteurs établi pour 2013 par GTM Research ne compte qu’un occidental, l’américain First Solar. Avec environ 15 GW à son actif, ce top 10 a trusté 39 % de la production 2013. Une part qui devrait croître avec la consolidation encore à venir du secteur, qui sera menée par les géants chinois. Le décor industriel est planté pour les prochaines années. « Le marché mondial sera dominé à 80 % par une douzaine d’acteurs de plus de 1 GW de capacités. Les 20 % restants correspondront à des niches : nationales, de type d’installation, de technologies… », prédit Gaëtan Masson.

Niche ou pas niche, les occidentaux qui ont survécu sont ceux qui ont su réduire drastiquement leurs coûts de production, à l’image de SunPower. L’américain les a divisés par deux en moins de trois ans et prévoit une réduction supplémentaire de 35 % pour son usine Fab 4, qui ouvrira en 2015. Reste que face aux géants chinois et à leurs panneaux de qualité à moins de 50 cents le kW, les occidentaux ont déjà perdu la guerre des prix.

Bâtir des solutions combinées à forte valeur ajoutée

Prendre sa part du nouvel élan du solaire passe par un impératif : sortir de la vente de modules « secs ». « L’offre solaire, ce n’est plus seulement de l’euro par kW, ce sont aujourd’hui des solutions adaptées à des usages variés et pointus : l’autoconsommation et la gestion de l’énergie, les groupes électrogènes hybrides et leur pilotage, les ombrières pour charger les voitures électriques… », énumère Arnaud Mine, le président de Soler, la branche solaire du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Et d’ajouter, en tant que dirigeant du développeur de projet Urbasolar : « C’est le sens de la reprise de Bosch Vénissieux par Sillia et Urbasolar. Il s’agit de bâtir des solutions combinées à forte valeur ajoutée. »

Le business model des industriels du solaire se transforme à grande vitesse. Les grands américains montrent la voie avec un mouvement massif vers l’aval de la chaîne de valeur : le développement de projets, la fourniture clés en mains de centrales, leur exploitation et les services. SunEdison, initialement positionné sur le polysilicium et les wafers, est aujourd’hui avant tout un développeur-exploitant de projets. First Solar, dont le modèle fondé sur des modules à bas coûts grâce à sa technologie de films minces est menacé, a largement basculé : les panneaux ne représentent plus qu’un tiers de son activité. Et encore, ils sont surtout utilisés pour ses projets clés en main : ses ventes de panneaux à des tiers ne représentent plus que 11 % de ses ventes, contre 54 % en 2011.

Même chez SunPower, positionné sur les cellules à haut rendement, la vente de produits a cédé le pas à la vente de systèmes. « Notre but n’est pas de vendre des cellules mais de l’électricité. C’est une évolution du business model inéluctable que la crise a accélérée », résume Bernard Clément, de Total [lire ci-dessus]. SunPower se présente même aujourd’hui comme une « entreprise de services à l’énergie ». Une activité encore minoritaire chez lui mais stratégique. L’américain a ainsi acquis, fin 2013, Greenbotics et son robot de nettoyage des panneaux. First Solar suit aussi cette voie et a annoncé au mois de juin le rachat de l’allemand Skytron, spécialisé dans la supervision des systèmes solaires.

Les services de supervision et d’opération-maintenance, avec notamment la vague de modernisation du parc européen qui démarre, constituent une diversification prometteuse. Mais pas seulement : ils sont cruciaux pour accompagner la révolution dans le financement du solaire qui a démarré. « Deux innovations majeures sont apparues, incarnées par deux sociétés américaines qui explosent en Bourse », s’enthousiasme Thierry Lepercq, de Solairedirect. SolarCity, installateur présidé par Elon Musk, s’est arrogé plus du quart du marché du solaire résidentiel aux États-Unis. Plutôt que de vendre des installations solaires, SolarCity les loue. Surtout, il a réussi fin 2013 à se refinancer sur les marchés en proposant des « paquets » de ces installations sous forme de titres à moins de 5 % de rendement. SunEdison a, pour sa part, levé plus de 500 millions de dollars en juillet en lançant en Bourse sa « YieldCo ». Cette « société de rendement » regroupe des centrales solaires construites par SunEdison et en tire du dividende, à moins de 6 %. « C’est une forme de titrisation des liquidités générées par les installations photovoltaïques », analyse Thierry Lepercq. L’enjeu, dans les deux cas, est de réduire le coût des capitaux demandés par les projets solaires, donc d’améliorer la compétitivité globale de son offre. La clé est la sécurisation des cash-flow générés par les centrales solaires. Ce qui passe par la maîtrise de leur exploitation grâce aux services d’opération-maintenance. Bien loin de la seule vente de panneaux. 


 

 

« Vendre de l’électricité, pas des modules »

Bernard Clément, directeur business & opérations des énergies nouvelles de Total
 

Comment appréciez-vous le rebond du marché du photovoltaïque ?

Ce n’est pas qu’un rebond. Le solaire entre dans une phase de développement à grande échelle qui durera tout le siècle. Tout a été bouleversé ces trois dernières années. La chute des prix a rendu le solaire compétitif plus vite, dans beaucoup plus d’endroits que prévu. Le marché qui se résumait à l’Allemagne est aujourd’hui mondial.
 

Les fabricants de panneaux peuvent-ils renouer durablement avec les profits ?

Les prix se sont stabilisés depuis un an, la croissance du marché résorbe les surcapacités, les marges se reconstituent. Mais les industriels mal positionnés se sont effondrés face aux Chinois. Si SunPower est revenu dans le vert, c’est grâce à notre technologie à haut rendement, pilier de notre différenciation, et à notre savoir-faire industriel, qui nous a permis de diviser nos coûts par deux.
 

Vous êtes aussi en train de transformer votre modèle d’affaires…

Nous avons évolué vers une société intégrée en nous développant vers l’aval, installation et exploitation, tant dans les centrales solaires que dans le résidentiel, avec toujours plus de services. Notre but n’est pas de vendre des cellules mais de l’électricité. Une évolution inéluctable que la crise a accélérée. Si vous restez sur les équipements, vos marges sont écrasées. ??

 

 

Des technologies en quête de rendement

La chute des prix a bouleversé l’équation technologique du solaire. La percée des films minces (CdTe pour FirstSolar, CIGS pour Solar Frontier), à bas coût et à bas rendement (10 à 12 %), s’est effritée devant la concurrence des panneaux chinois en silicium cristallin, à meilleur rendement. Le silicium a dominé 90 % de la production de panneaux en 2013, selon GTM Research. La course au rendement s’impose à tous, y compris en Chine, sous la pression du gouvernement. « Un rendement élevé est la clé de la pérennité. Il y a un seuil en deçà duquel une technologie est condamnée. C’est 11 % au niveau du module aujourd’hui, 12 à 13 % dans un an ou deux, résume Milan Rosina, expert du cabinet Yole Développement. Et il faut avoir un potentiel d’amélioration rapide, sinon on est mort. » Les technologies d’hétérojonctions silicium cristallin-amorphe de Sanyo et à contact en face arrière de SunPower caracolent en tête, avec des rendements de cellules de plus de 24 %. Derrière, des industriels, tel JA Solar, misent sur la technologie Perc pour franchir les 20 %. Hors catégorie, car encore chère et réservée au solaire à haute concentration, la technologie à multi-jonctions III-V de Soitec atteint 44,7 %. De belles perspectives. 

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