L'Usine Energie

"Nous voulons nous développer dans les services à l'efficacité énergétique", affirme Patrick Pouyanné, PDG de Total

Aurélie Barbaux , ,

Publié le

En clôture d’une conférence de la filière pétrole et gaz sur le thème, Patrick Pouyanné a critiqué la manière dont les lois sur l’énergie sont écrites. Il a aussi été très critique vis-à-vis des énergies renouvelables. Pour devenir la major de l'énergie responsable, il mise maintenant sur l'efficacité énergétique. 

Nous voulons nous développer dans les services à l'efficacité énergétique, affirme Patrick Pouyanné, PDG de Total © D.R.

C’est plus fort que lui. Patrick Pouyanné, le PDG de Total, dit ce qu’il pense et surtout ce qui l’énerve à la première occasion. Ce mercredi 18 octobre, il avait accepté de prononcer le discours de clôture des deux journées de conférences de l’association Evolen, groupement des entreprises de la filière pétrole et gaz, qui avait cette année choisi comme thème on ne peut plus consensuel "l’énergie source de développement". Une filière qui se remet difficilement de la chute brutale et surtout durable du coût de baril du pétrole.

"100 dollars le baril c'était trop cher"

Après avoir expliqué que la première mission de la filière pétrole et gaz est de fournir de l’énergie à tous dans le monde et surtout ceux qui en manquent. Patrick Pouyanné a rappelé que cette énergie doit être "abordable, fiable et propre". Mais surtout "Abordable". "Et 100 dollars (ndr : le baril de pétrole) c’était trop cher. La demande s’était ramollie. On a toujours été en retrait par rapport à ce qu’on annonçait", rappelle le PDG de Total au parterre d’industriels du pétrole présents dans la salle. Selon lui, "à cause des 100 dollars, on a ouvert le champs aux énergies nouvelles. Certains trouvent cela très bien car on cherche des énergies propres". Patrick Pouyanné ne s’inclut-il pas dans le lot ?

Dans le solaire "le système n'est pas durable"

Il a pourtant poussé son groupe à investir dans les énergies renouvelables, notamment dans le solaire avec l’acquisition du fabricant de cellules photovoltaïques Sunpower. Mais il semble presque le regretter. "Pas un seul producteur de cellules solaires ne gagne de l’argent. Tout le monde casse les prix. Ce n’est pas un système durable. Ceux qui implantent des fermes solaires sont heureux. Ils proposent des prix d’électricité de plus en plus bas. Mais la chaine complète n’est pas équilibrée. Quand les Chinois auront éliminé tous leurs concurrents, les prix vont peut-être remonter. Et on en reparlera", prévient Patrick Pouyanné.

"Les énergies renouvelables sont sympathiques" 

Son intérêt pour les énergies renouvelables s'émousserait-il ? Car pour lui, côté fiabilité, "les énergies renouvelables, qui sont sympathiques, sont surtout intermittentes". Et si cela est supportable pour certains, cela ne le serait pas pour tous. "Il ne faut pas être égoïstes, nous pays développés, qui avons une culture de l’énergie et des marchés de l’énergie. […] Le futur des marchés de l’énergie est en Asie, en Afrique. Dans ces pays-là, ils ne peuvent pas se payer le luxe de dire 'je n’ai envie que d’une énergie renouvelable'."  A eux le pétrole, à nous les énergies décarbonées ?

"Greenflex est une première pierre" 

Enfin, concernant l’énergie propre. Le patron de Total rappelle que "dans le cadre du scénario à 2°C, en 2040 il y a encore beaucoup de pétrole et de gaz." Il y a aussi une autre énergie, celle que l’on ne consomme pas. "Pour être à 2°C, il faudrait consommer en 2040, avec 25% d’habitants de plus sur la planète, à peine plus de 10% que ce que l’on consomme aujourd’hui. C’est un gigantesque effort d’efficacité énergétique. On l’oublie. C’est pourquoi on a acheté une petite entreprise, Greenflex. C’est une première pierre dans l’idée que nous voulons aussi nous développer dans les services à l’efficacité énergétique, notamment en Europe." Selon lui, c’est une source d’activité importante, une source d’emploi, que l’on ne peut pas remplacer par des robots. 

"Les lois doivent fixer des objectifs et laisser les technologies évoluer" 

Mais l’énergie serait un sujet trop sérieux pour laisser les politiques jouer avec. "Je vois des politiques publiques qui se trompent en voulant faire de la technologie. Il est incroyable que des Parlements dans des pays développés se mettent à écrire des lois sur des technologies, alors que fondamentalement ils devraient fixer des objectifs et laisser les technologies évoluer. C’est extrêmement dangereux qu’ils prennent cette responsabilité. Honnêtement, je ne sais pas si le lithium-ion sera la meilleure batterie dans 20 ans. Cela m’étonnerait que cela n’évolue pas." Selon lui, il faut se fixer des accords collectifs en efficacité énergétique ou émissions de CO2 par unité de PIB, "comme on l’a fait dans l’accord de Paris". A bon entendeur... 

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