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"Nous voulons faire renaître à Paris la tradition d'innovation"

Publié le

Entretien Jean-Louis Missika, adjoint (PS) au Maire de Paris en charge de l’innovation, de la recherche et des universités, explique à "L'Usine Nouvelle" les actions menées pour redonner à Paris son statut de "capitale de l'innovation". Au menu : incubateurs, agence de l'innovation, Autolib', partenariats industriels...

Nous voulons faire renaître à Paris la tradition d'innovation
Jean-Louis Missika, adjoint (PS) au Maire de Paris en charge de l’innovation, de la recherche et des universités
© Ville de Paris

L'Usine Nouvelle - Paris, capitale de l'innovation... Ce n'est pas l'image "habituelle" que l'on s'en fait ?
Jean-Louis Missika - L'image traditionnelle de Paris est tellement puissante qu'elle empêche l'image d'innovation de la ville d'émerger. Le glamour, les musées, le tourisme, les bonnes tables... C'est "Midnight in Paris", le film de Woody Allen. Pourtant, dans le code génétique de Paris, il y a l'innovation. Elle remonte même à très très loin, à la Sorbonne, au collège des Bernardins... Si on prend la dimension d'innovation technologique, la machine à vapeur, l'automobile sont nées à Paris ou dans ses environs. Renault à Boulogne-Billancourt, Citroën dans le XVème, Simca, Denis Papin... Il faut s'imaginer un Paris au début du XXème siècle comme une Silicon Valley de l'époque dans de nombreux secteurs industriels, à commencer par l'automobile.

Et aujourd'hui, comment s'articule votre action ?
Nous essayons de redonner de la visibilité, de la vie et une dimension à cette tradition d'innovation. Pour y parvenir, nous mettons les moyens, c'est le fameux milliard d'euros (lire l'encadré) sur six ans. Nous avons identifié les zones où il y avait des problèmes pour jouer le rôle qu'une ville peut jouer. Et une ville, ce n'est pas l'Etat, ni la région. Il y a le frein du coût immobilier, d'où notre politique des incubateurs. Nous avons aussi repéré des problèmes d'expérimentation. C'est pourquoi nous avons créé en 2009 l'Agence Paris région innovation, notre "Living Lab" à nous. Pouvoir faire la preuve du caractère innovant de son concept sur le territoire parisien, c'est exceptionnel. On utilise le glamour comme moyen d'attirer les talents.

Par exemple ?
Avec l'appel à projets sur le "mobilier urbain intelligent" lancé par l'Agence, les spécialistes nous annonçaient 4 ou 5 projets. Nous en avons validé 40 au final, ce qui représentera 60 sites d'expérimentation dans la ville d’ici à mi-2012 ! Cette initiative rencontre les besoins et le désir aussi bien des jeunes entreprises innovantes que des grands groupes comme Decaux, Orange, Clear Channel... Le caractère d'attractivité internationale de Paris apparaît aussi dans ce type d'actions. Siemens, par exemple, est venu nous voir pour monter un partenariat sur l'expérimentation dans l'efficacité énergétique urbaine.

Au-delà de ces appels à projets, l'agence est LE guichet unique pour l'innovation urbaine. Avec la région Ile-de-France,     la plupart des grands partenaires du territoire francilien nous ont ensuite rejoints comme la RATP, l'AP-HP, ADP... Ils coordonnent les expérimentations avec nous. Et, de notre côté, nous avons la bonne porte d'entrée partout. Avec toujours cette idée d'écosystème d'innovation ouverte.

D'autres appels à projets sont prévus ?
"Exapad" vient d'être lancé. Il concerne les technologies pour le maintien à domicile des personnes âgées. Dans ce cas, nous travaillons avec un partenaire scientifique qu'est l'hôpital Charles-Foix (à Ivry, dans le Val-de-Marne), un centre hospitalo-universitaire gériatrique.

Vous vous engagez ensuite sur ces projets ?
Nous avons dit très clairement aux expérimentateurs qu'il n'y a aucun engagement en matière d'appels d'offres, qui restent ouverts à tous. Ce qui nous intéresse, c'est de voir si certains projets sont viables techniquement, de les observer, de les juger d'un point de vue esthétique par exemple... L'évaluation nous intéresse vraiment, mais ce n'est pas nous qui la faisons. C'est à eux de la fournir.

Le 9 février, a été inauguré le pôle d’entreprises "Nord Express", dans le 18ème arrondissement de Paris, avec 8 300 mètres carrés pour accueillir plus de 75 start-up. Vous y arriverez ?
De 55 000 mètres carrés au début de la mandature, Paris disposera d'ici à 2014 de 100 000 mètres carrés d'incubateurs, des lieux destinés à l'accueil des entreprises. Nous avons d'ailleurs fait évoluer le concept. C'est nous désormais qui nous adaptons aux besoins de l'entreprise sur un même site... en termes d'immobilier ou de soutien financier. Nous estimons ainsi à 25 millions d'euros par an la valeur locative de ce dispositif. Soit autant d'économies pour elles ! Aujourd'hui, nous accueillons 400 sociétés. Notre objectif est de l'ordre de 700. Deux sites doivent ouvrir fin 2013-début 2014. A eux deux, ils représentent 21 000 mètres carrés, soit un cinquième du programme.

Quel budget ?
Un milliard d'euros sur la période 2008-2014. 182 millions sont affectés au fonctionnement, dont le financement de la recherche (Emergences, Reseach in Paris, Paris 2030...), des divers incubateurs et des pôles de compétitivité, de plusieurs écoles.
818 millions sont affectés à l'investissement, dont 135 pour l'innovation et la recherche (soutien aux nouveaux instituts scientifiques parisiens, création d'incubateurs...) ; 516 millions vont à la construction de bâtiments et la mise à disposition de foncier pour les universités ; et 167 millions sont dédiés au logement et à la vie étudiante.
Le projet d'incubateur, lancé en novembre 2011 avec Renault, entre-t-il dans ce cadre ?
Tout à fait. La création d'entreprise vient de plusieurs endroits, il faut la capter. D'où notre action diversifiée, en adossant notamment des incubateurs à une école ou une université... Ce qui est le cas avec l'Institut du cerveau et de la moelle à La Pitié-Salpétrière. Ou encore avec des industriels.

Enfin, il y a les incubateurs spécialisés. Nous en avons lancé un dans le domaine de l'édition en novembre dernier. Et deux autres devraient être lancés cette année dans le domaine des arts numériques à la Gaîté Lyrique et au 104. Le mélange chercheurs et artistes doit faire émerger de nouvelles manières de créer.

Avec Renault, l'agence a passé un accord pour créer un incubateur d'entreprises spécialisées dans les services connectés, les technologies de l'information et la communication mobile. Un appel à projets, clos le 31 janvier, va permettre de sélectionner une dizaine de start-up qui bénéficieront des compétences du constructeur et de nos réseaux. D’autres projets de ce type suivront avec d'autres groupes français sur des thématiques aussi importantes que l'automobile.

Quel premier bilan tirez-vous du service Autolib' ?
2012, c'est la phase grandeur nature. D'ici à la fin de l'année, nous devrions avoir un service qui fonctionne à plein régime, une fois toutes les stations et les véhicules installés. On ne peut pas déjà le critiquer ! On ne se rend pas compte du temps qu'il faut pour installer un concept comme celui-là... En revanche, il y a plein de petits détails techniques, organisationnels, de services qu'il faut améliorer et qui seront améliorés. Pour un groupe comme Bolloré, le succès est la seule option et nous avons pleine confiance en lui pour réussir son pari. C'est une révolution considérable de renoncer à son véhicule au profit d'un tel service. Mais il faut que la qualité de services soit suffisante et irréprochable.

D'autres projets vous tiennent à coeur dans le domaine du transport public ?
Notre projet phare désormais, c'est l'open data. Suivant les calculs, si vous mettez en place un service d'informations en temps réel, multimodal pour l'ensemble des usages des transports publics qui intègrent la circulation en surface, les données en temps réel des métros et des trains, d'Autolib', des taxis, etc., vous pouvez améliorer de 10 % la qualité du service rendu. Ca coûte très peu par rapport à la construction d'un métro express régional...

Derrière cela, quel est l'enjeu ?
Cela ouvrira un champ énorme d'applications, notamment pour les smartphones. Mais c'est surtout un vrai enjeu d'inter-modalité. Nous pourrons ainsi proposer des solutions alternatives (bus, Vélib'...) aux problèmes de retard ou de saturation dans les transports. C'est fondamental dans la vie quotidienne de l'usager, mais très compliqué pour des raisons politiques et financières. Alors qu'il est clair que la RAPT ou la SNCF pourrait améliorer leur productivité, leurs performances, y compris de rentabilité... Il faut une loi pour permettre d'obliger les transporteurs de mettre à la disposition de tous leurs données, y compris leurs données "en temps réel".

Vous êtes également en charge des universités. Concernant le campus Paris-Saclay, êtes-vous hostile à ce que certaines grandes écoles d'ingénieurs quittent Paris pour l'Essonne ?
Nous n'avons pas du tout une vision "intra-muros" de l'avenir de Paris. Car, vu de Pékin ou de New York, Saclay, Marne-la-Vallée, Saint-Denis... c'est la même chose que Paris. Pour autant, nous ne sommes pas favorables à créer des campus trop centrés sur une discipline. C'est là qu'il y a divergence avec l'Etat, aussi bien sur Condorcet que sur Saclay, car nous pensons qu'à la frontière des disciplines de sciences dures et de littérature, ou de sciences sociales, la recherche du futur se joue. Nous sommes tout à fait favorables au fait que Saclay soit un grand campus, notamment dans les sciences de l'ingénieur. Mais il ne faut pas dévitaliser Paris de son offre en formation et en recherche dans ce domaine.

Mais à cela, l'Etat rétorque la question du coût...
Notre vision n'est plus un handicap à l'heure des réseaux, d'internet et des coopérations scientifiques... Par contre, le refus de la mono-disciplinarité me paraît être un standard international. Ensuite, cela ne se fera certainement pas en vendant les mètres carrés scientifiques du coeur de Paris, qui compte plus de 300 000 étudiants et 15 000 enseignants-chercheurs. Nous ne renoncerons pas à nos 200 000 mètres carrés scientifiques, même si on est d'accord de les réorganiser. Il nous faudrait même s'agrandir... Et pourquoi ne pas imaginer que le ministère de la Recherche déménage du sommet de la montagne Sainte-Geneviève et rende ces mètres carrés à la communauté scientifique ?

Vos relations avec la Région, à majorité socialiste, se passent mieux qu'avec l'Etat ?
Nous avons toujours eu avec la Région Ile-de-France une relation loyale et de confiance. Ils sont dans tous nos outils. Nous avons par exemple coordonné ensemble les fonds Oséo pour l'aide aux entreprises... Nous menons plusieurs autres projets en commun, notamment "100 logements chercheurs/100 logements étudiants".

C'est important pour la Ville de Paris, la recherche ?
C'est fondamental pour l'attractivité scientifique de la ville. Nous finançons chaque année la venue de 70 chercheurs étrangers dans les laboratoires parisiens. C'est un vrai soutien. Nous avons aussi l'appel à projets "Emergences" dans le domaine médical et "Paris 2030" sur la métropole. Enfin, chaque année, nous accueillons plusieurs colloques scientifiques.... Tout ceci est validé par le Conseil scientifique de la Ville de Paris, qui réunit 34 personnalités de premier plan.

L'innovation pour enrayer la désindustrialisation, idée très à la mode, vous y croyez ?
Ce qui a marché pour Ariane ou pour Airbus ne peut plus fonctionner aujourd'hui, car la nature des technologies, la nature de l'innovation et même la nature des relations entre les entreprises a complètement changé. La tradition du champion national n'a plus aucun sens. C'est fini !
Ensuite, il y a un problème de sociologie professionnelle. Dans le cercle fermé des décideurs, souvent diplômés des grandes écoles, le patron de PME ne trouve pas sa place... C'est une vraie question.

A l'échelle locale, comme c'est le cas au sein du pôle de compétitivité Cap Digital, on y arrive mieux. Quand vous avez une densité de PME dans un secteur qui est mal connu des grandes entreprises, comme l'internet, le jeu vidéo ou la postproduction numérique, le dessin animé..., vous avez la possibilité de bien équilibrer les relations entre grands groupes, PME innovantes et centres de recherche universitaires... Reste que le modèle d'organisation de la validation des projets est trop étatisé. Quelles compétences a l'Etat pour juger de la pertinence d'un projet de R&D ? C'est hélas cela le modèle français.

Propos recueillis par Catherine Moal

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