« Nous voulons être leader du marché des carburants produits à partir d’hydrogène », clame Cyril Dufau-Sansot, le PDG d'Hy2gen

La jeune pousse allemande Hy2gen a annoncé, lundi 20 septembre, le lancement du projet Hynovera, dont l'objectif est de produire des électro-carburants (à partir d’hydrogène vert et de biomasse) en Provence. Quels sont les détails technologiques du projet et qui est cette ambitieuse startup ? Réponses avec Cyril Dufau-Sansot, co-fondateur et PDG d'Hy2gen.

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« Nous voulons être leader du marché des carburants produits à partir d’hydrogène », clame Cyril Dufau-Sansot, le PDG d'Hy2gen

Industrie & Technologies : Vous annoncez le lancement du projet Hynovera, qui vise à produire des électro-carburants à l’échelle industrielle dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en partenariat avec Gazel Energie. À quel stade en êtes-vous ?

Cyril Dufau-Sansot : Nous lançons les études d’ingénierie préliminaires, puis allons créer une société de projet, qui va détenir les équipements et opérer les outils de production. La mise en production est prévue début 2026.

Nous allons commencer par produire de l’électro-kérosène. La production de biométhanol, qui requiert un réacteur-catalytique différent, débutera quelques années plus tard.

Comment se répartissent les rôles entre Hy2gen et Gazel Energie ?

Notre projet a vocation à s’installer sur le site de la centrale biomasse opérée par Gazel Energie à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Gazel Energie possède donc les infrastructures et va s’investir dans la production d’hydrogène. Chez Hy2gen, nous ne sommes pas développeur de technologies, nous sommes intégrateur et opérateur : notre rôle consiste à déployer la technologie sur le site en menant les études requises, en choisissant les technologies et les partenaires.

Avez-vous déjà établi vos partenariats pour le projet Hynovera ?

Oui, nos accords technologiques sont en place, mais ils sont encore confidentiels.

Quels sont les critères qui vous amènent à sélectionner vos partenaires ?

La présence locale est un critère important, notamment pour des raisons de maintenance et de disponibilité des composants de rechange. Mais ce n’est pas le seul. Notre choix s’est avant tout porté sur des entreprises qui avaient déjà des unités de démonstration opérationnelles.

Hy2gen est d’ailleurs en train de déployer des sites de production d’électro-carburants similaires en Norvège, en Allemagne, au Canada et en Afrique du Sud. Côté électrolyseur, y a-t-il une technologie qui se distingue dans le cadre de la production de ces e-carburants ?

Dans chaque pays nous pouvons avoir des conditions de fourniture d’électricité plus ou moins fluctuants. Nous sommes donc agnostiques en termes de technologies.

Au Canada par exemple, où l’hydroélectricité est très présente dans le mix énergétique, ou bien encore en France, les réseaux sont très stables, ce qui facilite nos conditions opérationnelles. En revanche, dans d’autre pays où la part d’éolien et de solaire est forte, il y aura une plus grande fluctuation dans la fourniture d’électricité. Les équipements techniques, en particulier les électrolyseurs, doivent donc s’adapter à ces conditions.

Pour simplifier, disons que la technologie à membrane échangeuse de protons (PEM) est plus adaptée à une fluctuation importante de l’électricité, notamment si nous sommes contraints d’arrêter puis de redémarrer l’équipement. Mais s’il s’agit juste d’assumer des variations, l’électrolyseur alcalin offre également une certaine flexibilité.

Quelles sont les principales étapes de votre production d'électrocarburants ?

Dans tous ces pays, nous déployons des solutions de production de e-carburants dont le cœur est une production d’hydrogène vert par électrolyse. Pour résumé, nous avons besoin de deux intrants principaux : la biomasse et l’électricité. La biomasse passe d’abord par une unité de torréfaction (pour l’assécher et la broyer), puis elle entre dans un gazéificateur (chauffé entre 1200 et 1400°C). Un gaz de synthèse est ainsi produit, à base de monoxyde de carbone (CO) et de dihydrogène (H2).

Après quoi, il s’agit d’ajuster les ratios entre CO et H2 : comme il n’y a pas assez de dihydrogène dans le gaz de synthèse pour poursuivre sa transformation en hydrocarbures, nous devons en produire par le biais d’un électrolyseur.

Vient ensuite la synthèse Fischer-Tropsch, via le réacteur-catalytique, qui permet de synthétiser les molécules de biocarburants. Enfin, nous purifions ces hydrocarbures pour les rendre conformes avec les normes en vigueur.

Quelle quantité de matière première et d’électricité est nécessaire pour produire une tonne d’électro-carburant, en estimant le rendement des électrolyseurs autour de 70 % ?

Pour produire une tonne d'e-carburant dans le projet Hynovera, il faudra entre 10 et 15 MWh d’énergie renouvelable et entre 2,5 et 3 tonnes de biomasse. Ce qui correspond à un rendement global énergétique de 45 à 50 %.

Comme les carburants fossiles, brûler des biocarburants génère des émissions de CO2. Pourquoi dites-vous des électro-carburants qu'ils sont « neutres en carbone » ?

La biomasse que nous utilisons est de la plaquette forestière cultivée de manière éco-raisonnée pour la marché bois-énergie. Or, comme la plante a emmagasinée du CO2 au cours de sa vie, le bilan sera neutre quand nous brûlerons le carburant qui en sera issu.

Quelles sont vos ambitions ?

Au sein du site d’Hynovera, nous souhaitons traiter quotidiennement environ 500 tonnes de biomasse pour une production de 60 000 litres par jour d'e-kérosène.

À moyen terme, nous avons l’ambition de devenir le producteur numéro un de l'hydrogène et des molécules produites à partir d’hydrogène. L’ensemble de nos projets, à l’échelle mondiale, représente déjà un volume total de plus de 11 gigawatts d'électrolyseurs, avec une capacité de production de plus de 1,55 million de tonnes par an d'hydrogène.

Qu’est-ce que cela représentera en termes de parts de marché ?

Tout dépend des objectifs définis par le législateur. L’Allemagne estime par exemple que le biokérosène de deuxième génération représentera 0,7 % du marché total de kérosène d’ici 2030. Nous sommes donc encore sur un marché de niche, à cause de l’implantation d’électrolyseurs qui doit s'accélérer, des capacités de production qui doivent monter en puissance et de la ressource en biomasse disponible.

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