"Nous voulons doubler de taille mais en gardant le sens de notre action", affirme Grégory Clemente, DG de Proparco

François Hollande a donné de nouveaux moyens à l'agence française de développement suite à la COP 21. Grégory Clemente, le nouveau directeur général de sa filiale de financement du secteur privé, Proparco, explique comment il va doubler ses montants de financements.

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Grégory Clemente a été nommé directeur général de Proparco en avril 2016.

L’Usine Nouvelle : Proparco est en train de changer de dimension ?

Grégory Clemente : La place du secteur privé dans le financement du développement est de plus en plus importante. Cela a démarré en 2015. Plusieurs événements ont permis de mettre cela en place, comme la conférence des Nations-Unies sur les Objectifs de développement durable, la conférence d’Addis-Abeba qui les a confirmé et, bien sûr, l’accord de Paris. L’engagement présidentiel assez fort de François Hollande qui a suivi, prévoit une augmentation de 4 milliards d’euros de l’aide au développement de la France, pour la porter de 8 à 12 milliards d’euros, dont 2 milliards d’euros pour le climat. Ces 4 milliards d’euros supplémentaires passent par l’AFD et Proparco va contribuer en passant son volume d’engagement annuel de 1 à 2 milliards d’euros d’ici 2020. Nous allons renforcer nos effectifs, qui vont passer de 200 à environ 300 personnes en 2020. Nous visons une taille comparable à celle du FMO (la banque de développement néerlandaise), qui compte environ 370 personnes. Et nous travaillons à la structuration des nouveaux métiers de Proparco.

Justement, comment cela affecte-t-il votre offre ?

Notre modèle économique va évoluer au niveau de la répartition de nos outils. Nous allons notamment augmenter notre intervention sous forme de prise de participations. Les banques locales sont maintenant capables d’apporter des financements longs en monnaie locale pour les projets et les entrepreneurs, et nous allons continuer de compléter leurs interventions. Mais le besoin de nos clients se tourne de plus en plus sur le renforcement de leur structure de fonds propres. Nous allons donc les y aider, soit en investissant directement, soit via d’autres fonds. Cette activité d’investissement en capital doit représenter 25 % de notre volume d’activité annuel d’ici 2020. Nos tickets d’investissement sont en général compris entre 5 et 20 millions d’euros, nous allons rester sur des opérations de taille similaire mais en faire plus, parce que nous pensons qu’il y a plus de valeur ajoutée à apporter en accompagnant nos clients de cette manière.

Vous voulez aussi vous renforcer dans le financement de l’innovation ?

Nous avons déjà fait quelques opérations de capital-risque en 2016, avec des tickets autour de 1 million d’euros. Ce sont de petites opérations, mais elles sont plus risquées. Par exemple, nous avons participé à l’augmentation de capital d’Afrimarket, le site de e-commerce en Afrique. Nous avons financé la société Kingo Energy, au Guatemala, spécialisée dans les énergies renouvelables "off-grid", un modèle récent où il y a encore peu d’historique.
C’est une forme de soutien à l’innovation. Mais nous visons aussi pour 2020 le soutien de 45 projets innovants. L’innovation s’entend au sens large chez nous, il s’agit aussi bien de nouvelles solutions ou de nouveaux produits apportés sur un marché, que de nouvelles structurations financières. C’est le cas par exemple en Turquie, où nous venons de participer au financement d’un hôpital qui incluait l’émission d’un "project bond" de 40 millions d’euros (une obligation de projet). C’était la première fois que Proparco souscrivait à un project bond.

Comment va se répartir votre activité ?

Nous nous sommes fixés plusieurs priorités. Une priorité géographique sur l’Afrique où nous nous sommes engagés à mobiliser 2,7 milliards d’euros sur la période de 2107 à 2020. Nous nous engageons également en faveur du climat, avec un engagement de financer pour 2 milliards d’euros de projets bénéfiques au climat sur la même période. Et nous voulons aussi être présent dans les pays fragiles, qu’il s’agisse des pays les moins avancés ou les pays en sortie de crise, avec 1 milliard d’euros de financement prévus sur cette période.

Concrètement, comment allez-vous faire pour doubler de taille ?

Le plus gros challenge pour nous va être d’avoir suffisamment de projets à financer. Comment fait-on pour les originer ? Nous sommes organisés avec onze bureaux à l'international, qui sont des hubs régionaux couvrant plusieurs pays. Cela fait partie de notre valeur ajoutée, notre proximité avec le terrain. Ils sont en première ligne pour détecter les projets. Nous travaillons aussi avec les autres institutions financières de développement européennes, avec un partenariat privilégié avec le FMO (Pays-Bas) et le DEG (Allemagne), pour mutualiser les opérations. C’est notre métier de syndication, dans lequel nous souhaitons nous renforcer pour être plus souvent leader sur ce type de financements.
Nous allons doubler nos engagements en modifiant notre mix entre prêt et investissement en capital et nous allons développer d’autres instruments comme les garanties. Dernier élément, nous avons travaillé avec notre maison-mère (l’Agence française de développement) pour augmenter notre capacité financière. Nous nous positionnions souvent sur des opérations de taille modeste, nous allons désormais pouvoir pousser plus loin nos mécanismes de cofinancement avec l’AFD. Nous pouvions jusqu’à maintenant intervenir sur des opérations de 40 à 50 millions d’euros, nous allons désormais pouvoir regarder des projets autour de 200 millions d’euros. Nous en avons déjà quelques-uns dans les tuyaux.

Avez-vous des critères d’intervention spécifiques ?

Nous voulons vraiment mettre au cœur de notre stratégie la recherche d’impact sur le développement durable. C’est important car nous voulons doubler de taille, mais garder le sens de notre action. Nous avions plutôt tendance à, tous les ans, passer en revue nos opérations pour en mesurer l’impact. Nous allons désormais le faire en amont pour chaque projet, avec pour objectif de tripler notre impact positif. Nous visons ainsi 1,5 million d’emplois par an créés et maintenus par nos financements. Nous visons aussi des projets permettant d’éviter 15 millions de tonnes par an d’émissions de gaz à effet de serre, soit le triple de 2015, et de donner l’accès à au moins 12 millions de personnes à des biens essentiels comme l’éducation ou la santé.

Observez-vous une concurrence entre les banques de développement ? Il paraît que la banque de développement chinoise est très active en Afrique…

En fait, nous ne croisons pas souvent les chinois. Dans le secteur privé, nous nous appuyons sur les banques locales et nous travaillons beaucoup en partenariat avec nos homologues européens. La banque de développement chinoise se positionne plutôt sur les infrastructures publiques, c’est donc plutôt la maison-mère de Proparco qui les rencontre. Dans le privé, les opérations ont vocation à être rentables mais la prise de risque n’est pas neutre. Nous devons travailler avec les porteurs de projet pour améliorer les business plans, revoir les fonds propres, etc. Pour cela, il faut avoir un certain appétit du risque.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Arnaud Dumas

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