Economie

" Nous sommes à l’apogée de la crise du salariat "

Publié le

Emploi-Pro Philippe Bigard est consultant chez la société de conseil BPI. Il est aussi maître de conférence à l’IEP de Paris. Il est l’un des auteurs de l’étude « Employeurs-salariés, les voies d’un nouveau pacte ». Il explique en quoi la relation salariés-entreprise est en berne et pourquoi il est indispensable de développer un nouveau pacte social.

Nous sommes à l’apogée de la crise du salariat

Vous évoquez, dans l’étude « Employeurs-salariés, les voies d’un nouveau pacte », une fracture qui se serait créée entre les entreprises et leurs employés. Quelle est la nature du fossé qui se creuse entre ces deux parties ?

Philippe Bigard : « Selon notre analyse, nous sommes à l’apogée de la crise du salariat. Le fossé entre les salariés et l’entreprise est aujourd’hui profond. Pendant la période des trente glorieuses – schématiquement entre 1945 et 1975 -, entreprises et salariés avaient signé une forme de contrat moral et non écrit. Une sorte de « compromis fordiste ». D’un côté, l’entreprise proposait une garantie de l’emploi et une progression du pouvoir d’achat. De l’autre, le salarié travaillait sans trop barguigner. A partir des années 80, ce compromis s’est rompu. Le chômage de masse a brisé cet équilibre. Les salariés ont tous connu des parents ou des amis ayant subi les vagues de restructuration. Ils s’aperçoivent aussi que les profits explosent alors que leurs salaires sont gelés. Ils se sont détachés petit à petit de leur entreprise. Cette dernière, elle, n’a plus été en mesure de garantir tous ses acquis sociaux. Aujourd’hui, les entreprises se retrouvent avec des salariés qui se sont désengagés face à la multiplication des plans sociaux. Elles demandent de plus en plus d’efforts à des salariés qui prennent du recul par rapport à leur travail. Elles commencent donc à s’inquiéter de l’attitude de leurs salariés. Ainsi, selon le Boston consulting group, l’engagement des employés est passé de la 8 e préoccupation des DRH en 2008 à la 2 e en 2010. C’est un phénomène français mais aussi européen et américain. En résumé, pour les salariés, le fil du dialogue avec leur employeur est rompu. Dans notre étude, on montre que 59 % des employés des sociétés de plus de 500 n’osent plus dire ce qu’ils pensent de peur d’être mal vu. A l’inverse, malgré les outils de communication en plein développement, 52 % des employés se plaignent de mal connaitre les politiques RH de leur entreprise ».

Quelles sont les incidences de ce désengagement sur les salariés et leur entreprise ?

PB : Pour les entreprises, ce désengagement est un grand danger. Lors des dix dernières années, elles ont réorganisé, mutualisé, rationalisé. Elles ne peuvent plus abaisser significativement les coûts. Pour améliorer la production, il faut améliorer la fiabilité et la capacité d’innovation. Cela passe nécessairement par des salariés qui éprouvent du plaisir à se lever le matin pour aller travailler. C’est moins le cas aujourd’hui. Or, cette démotivation est quantifiable. Cela peut représenter 20 % des heures de travail. Sur une année, cela peut avoir les mêmes incidences que si les salariés s’arrêtaient de travailler près de 40 jours… C’est énorme. De plus, cela a des conséquences sur l’image de marque de l’entreprise...

Lire la suite sur emploi-pro.fr

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte