"Nous retenons l’idée d’Emmanuel Macron d’un Grenelle de l’alimentation et de l’agriculture", déclare Pascal Canfin de WWF France

Pascal Canfin, le directeur général de WWF France et ancien ministre des gouvernements Ayrault I et II, a accordé une interview exclusive à L’Usine Nouvelle sur la future politique agricole à mener en France et en Europe.

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Pascal Canfin, directeur général de WWF France

L'Usine Nouvelle - Etes-vous déçu de la présidence de François Hollande sur les enjeux agricoles et agroalimentaires ?

ÉVÈNEMENT
ÉVÈNEMENT

Pascal Canfin - Comme sur beaucoup de sujets durant cette présidence, il y a une forme d’ambiguïté. Il y a eu quelques tentatives, notamment sur le développement de l’agro-écologie, et un discours tenu par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll plus transformationnel que par le passé. Mais il n’y a pas eu d’organisation de la grande mutation qui est pourtant indispensable au monde agricole pour le structurer dans la durée : il a manqué un Grenelle ou des Etats généraux de l’agriculture. Et comme ce modèle est en crise, le gouvernement a davantage joué le rôle de pompier que d’architecte.

Quelles propositions du nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, ont-elles attiré votre attention ?

Nous retenons juste l’idée d’Emmanuel Macron d’un Grenelle de l’alimentation et de l’agriculture, qui répondrait bien à notre volonté de sortir d’un tête à tête entre le ministre de l’Agriculture et la FNSEA. Agriculteurs dans leur diversité, banquiers qui ont un rôle à jouer pour répondre à leur fort niveau d’endettement, grande distribution, associations de consommateurs et de protection de la nature… Il faut rassembler beaucoup plus d’acteurs autour de la table pour avoir une vision bien plus large qui ne se limite pas aux enjeux économiques, mais prenne aussi en compte les enjeux sociétaux.

Pourquoi ?

Le modèle connaît une triple faillite. Economique, avec des revenus moyens nuls pour les agriculteurs avant le saupoudrage des fameux 9 milliards d’euros de la Politique agricole commune (PAC) et la perte de 30 % des emplois en quinze ans. Sanitaire, à travers la multiplication des pesticides et des effets cocktails qui sont une des sources des épidémies modernes. L’espérance de vie en bonne santé ne progresse plus depuis des années. Environnementaux, avec l’essor des algues vertes et de la pollution de l’eau, par exemple.

Qu’attendez-vous de la campagne européenne que vous avez lancée pour peser dans les négociations à venir sur la PAC 2020 ?

Jusqu’à présent, les réformes de la PAC se faisaient en vase clos. Là, en un mois, nous avons déjà récolté 260 000 signatures pour faire entendre la vision citoyenne dès le début du processus, et ne pas laisser s’instaurer une règle du jeu selon laquelle la Commission européenne reçoit un peu en catimini des réponses essentiellement de l’industrie et des lobbies.

Quel modèle préconisez-vous ?

Il faut oublier la logique où l’indicateur premier est le rendement, et donner la priorité à la valeur ajoutée avec une agriculture durable, bio, des certifications comme les labels. Avec de la qualité, on diminue la dépendance aux intrants (pesticides, nourriture animale importée du Brésil…) et on répond aussi aux attentes du consommateur.

Mais l’exemple des œufs en batterie montre que ce système ne peut pas être imposé aux producteurs…

Il faut les soutenir dans cette conversion, que le cap soit clair, et faire progressivement bouger les aides européennes vers des modèles plus responsables. L’arrivée de Christiane Lambert à la tête de la FNSEA pourrait être une opportunité de faire bouger les lignes. Cela nécessite aussi de mener la bataille contre certains lobbys. Comme celui de l’agrochimie, qui a structuré tout l’amont de la chaine et prend progressivement à la gorge les agriculteurs. De plus, il est actuellement en pleine concentration avec notamment le rachat de Monsanto par Bayer pour devenir encore plus puissant.

Que pensez-vous justement des conclusions rendues par le « tribunal Monsanto » ?

Comme sur tous les sujets – le charbon, le climat … - il faut qu’il y ait des acteurs qui instaurent un rapport de force pour dénoncer des collusions, des lobbys, pour faire bouger le système. Ce n’est pas notre mode d’action, mais on en reconnait la pertinence et on en voit aussi les limites : cela contribue à cliver.

Propos recueillis par Olivier Cognasse et Gaëlle Fleitour

Gaëlle Fleitour Cheffe du service Web

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