"Nous ne sommes plus dans une économie de produits, mais une économie d’expérience", estime Pascal Daloz de Dassault Systèmes

Pour Pascal Daloz, directeur général adjoint de Dassault Systèmes et vice-président de l’ Alliance pour l'Industrie du futur, rencontré lors du Salon "Convergence pour l’industrie du futur" du 6 au 9 décembre à Paris Nord Villepinte, raconte comment la transformation numérique de l’industrie bouleverse le modèle économique des grands groupes, comme celui des sous-traitants.

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L'Usine Nouvelle - Nous sommes aujourd'hui sur le salon "Convergence industrie du futur" qui réunit le Midest et Smart Industries. Pourquoi il était important de réunir ces deux salons selon vous ?

Pascal Daloz : Il y a plusieurs raisons. Il y a une raison politique, et le président l’a rappelé, en disant qu’il fallait un salon industriel d’une certaine ampleur, similaire à la foire d’Hanovre. Si on veut que l’industrie reprenne ses lettres de noblesse dans la société, il faut la rendre accessible à la société, et les salons sont une bonne façon de le faire. Du point de vue de l’Alliance pour l’industrie du futur, il y a un autre enjeu. On avait la volonté de réunir plusieurs salons : celui des équipements le Midest, celui des technologies d’information industrielles Smart Industries, et moi je poussais très activement pour qu’on y intègre le Web, le salon de l’internet qui avait une dimension grand public. Je voulais réunir ces trois composantes parce que c’est ça l’industrie du futur : c’est des gros équipements industriels, que l’on connecte, que l’on rend intelligent en y mettant les sciences de l’information et en connectant tout ça à de nouveaux modèles économiques. Le Web a disparu malheureusement, mais je pense qu’un jour on arrivera à mettre une dimension plus grand public dans ce salon.

On comprend facilement ce que signifie "nouveau modèle économique" lorsqu’on parle du secteur du web. Mais qu’est-ce que cela signifie pour l’industrie ?

Chez Dassault Systèmes, nous considérons que nous ne sommes plus dans une économie de produits, mais dans une économie d’expérience. Cela veut dire que les services associés aux produits sont tout aussi importants que le produit lui-même. Et cela touche tous les secteurs d’activité. Uber est une plate-forme d’expérience, c’est juste de la mise en relation. Mais c’est un service à haute valeur ajoutée. Dans l’automobile, qui pensait qu’il y aurait de nouveaux entrants ? Vous en avez douze aujourd’hui, principalement autour des véhicules autonomes et électriques. Cela change fondamentalement l’expérience de l’automobile.

Le deuxième axe c’est qu’on ne servira pas les 7 milliards d’individus d’aujourd’hui comme les 4 milliards d’hier. Il y a des enjeux écologiques, des enjeux de ressources. Et cela doit forcément amener à questionner, non seulement le système industriel, mais également ce qu’on produit in fine. Un exemple : quand vous achetez un pneu, vous achetez du kilomètre déjà parcouru. C’est-à-dire que les 2/3 du produit c’est de la logistique, et le tiers qui reste ce sont des matériaux et la transformation. On peut imaginer grâce aux nouvelles technologies, notamment l’impression 3D , fabriquer un pneu plus près des centres de distribution, ce qui réduirait considérablement les coûts logistiques. Et troisièmement, les produits sont de plus en plus connectés. Donc on est dans une économie de données. Vous êtes un fabricant de machines, vous vendez votre machine. Si vous saviez opérer votre machine, vous vendriez le service que produit la machine. Maintenant que la machine est connectée, on peut intervenir à distance, on peut imaginer ces nouveaux modèles. C’était difficile il y a quelques années de le faire à moins d’avoir des gens sur site.

Est-ce que ces bouleversements touchent aussi la sous-traitance ?

Oui. Par exemple, une grande partie de l’économie aéronautique est basée sur les pièces de rechange, la maintenance des avions. Une grande partie de la marge des sous-traitants se fait sur le cycle de vie de l’avion. Avoir un système où vous produisez des pièces et où vous devez les envoyer à l’autre bout de la planète dans des temps records, c’est compliqué pour une petite entreprise. Si demain, il y a des capacités pour produire la pièce localement avec l’impression 3D : cela change considérablement le modèle économique. Jusqu’à présent ils vendaient une pièce, ce qui compte pour eux maintenant c’est le temps d’immobilisation de l’avion pour remplacer la pièce. A l’image de GE qui ne vend plus de moteurs mais du temps de vol. Autrefois, c’était reservé aux grands groupes, mais ce monde connecté donne la possibilité d’avoir ce type de service pour les petites entreprises également.

Et comment aider les plus petites entreprises à avoir accès aux nouvelles technologies ?

Les grandes entreprises sont toutes très bien équipées. Donc la modernisation les concerne peu. La priorité c’est de mettre à disposition les nouvelles technologies d'information à disposition des PME/PMI. Car même quand elles ont les financements, elles n’ont pas forcément les connaissances. L’Alliance pour l’industrie du futur les incite à collaborer. Par exemple dans la Vallée de l’Arve, là où se trouvent les décolleteurs, l’Alliance a permis la création de hub de collaboration. On a pu le faire parce qu’on a intégré les fédérations à l’Alliance : la FIM, le Symop…

Qu’entendez-vous par hub de collaboration, ce sont des endroits physiques ?

Il y a les deux, il y a des endroits physiques. Par exemple quand ils mettent au point une nouvelle ligne de production, ils réfléchissent ensemble à ce qu’est une logistique de bord de ligne, à la maintenance prédictive… Ils mettent en commun leur connaissance. Il y a des aspects plus matériels : le partage de logiciels, par exemple. Ils s’associent aussi pour répondre à de grands appels d’offre.

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