"Nous n’existons que si l’on fait montre de deux ou trois tours d’avance par rapport à nos concurrents", déclare Hervé Guillou

Alors que François Hollande doit prendre sa décision dans les prochaines semaines concernant la livraison à la Russie des navires Mistral, le groupe DCNS se relève tout juste de la "péripétie" qui a contribué, entre autres, à grever les comptes de l’industriel l’année dernière. Plan d’économies, mesures de redressement, conquête de nouveaux marchés et partenariats, développement de nouveaux projets en France et à l’export, innovation…Hervé Guillou, le PDG de DCNS, détaille à L’Usine Nouvelle la stratégie du géant français de la construction navale.

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Herve Guillou, PDG de DCNS,

Hervé Guillou (crédit : DR./DCNS)

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L’Usine Nouvelle – En février 2015, vous aviez annoncé la mise en place d’un plan de redressement suite à la perte nette de 336 millions d’euros essuyée par DCNS l’année dernière. Où en est le groupe aujourd’hui ?

Hervé Guillou – Nous sommes à l’équilibre ! Légèrement en avance même sur notre plan de marche. Notre actionnaire Thales [ndlr. le capital de DCNS est partagé entre l’Etat à 64%, les salariés à 1% et l’équipementier électronique à 35%] vient de publier ses résultats, le 23 juillet au soir. Ils ont indiqué que DCNS était à l’équilibre au premier semestre 2015 [ndlr. le groupe contribue à hauteur de 10 millions d’euros à l’Ebit de Thales]. Plus que jamais, DCNS est en ordre de marche.

Ces résultats s’expliquent en partie par l’adoption d’une série de mesures de redressement ces derniers mois. D’abord le plan d’économies entrepris fin décembre 2014. Il doit permettre d’économiser 100 millions d’euros sur un an et de retrouver une marge positive dès cette année. Ensuite, la mise en place d’une nouvelle organisation et la constitution d’un nouveau Comex. Un important travail de concertation a débouché sur le "Plan de Progrès" qui a commencé le 1er juin. D’ici 2018, nous devrions avoir dégagé suffisamment d’économies et de gain d’efficacité pour générer environ une centaine de millions d’euros de résultats supplémentaires.

En-dehors de ces mesures "internes", l’amorce d’une consolidation dans le secteur naval européen est-elle toujours d’actualité ? Un rapprochement avec Fincantieri est-il encore envisageable ?

J’ai la foi du charbonnier concernant l’Europe et la consolidation du secteur. Toutefois, à quelle vitesse peut-on consolider la construction navale ? Nul ne le sait. Qui aurait prédit EADS ? Seulement, à un moment, les étoiles s’alignent et une courte fenêtre d’opportunité s’ouvre. Concernant Fincantieri, ce sont des rumeurs. Le constructeur italien a des visées sur STX. Or DCNS et STX sont partenaires pour les grosses coques. De plus, Fincantieri est un partenaire avec lequel nous travaillons quotidiennement pour la réalisation du programme FREMM. Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous nous tenons prêts pour le jour où un éventuel "Airbus de la mer" verrait le jour.

Quels sont les contrats et les marchés sur lesquels votre groupe se concentre-t-il aujourd’hui ?

Nous travaillons d’abord sur la France, notre premier marché, avec en particulier la réalisation du programme de sous-marin Barracuda et celui des frégates FREMM pour la Marine nationale sans compter la maintenance des navires de premier rang. Grâce aux annonces faites par Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, au moment du vote de la loi de programmation militaire, DCNS pourra également compter sur de nouveaux projets : le renouvellement des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de troisième génération. Nous accélérons aussi le lancement d’un nouveau programme national avec la frégate de taille intermédiaire (FTI). Nous visons enfin de grands prospects. En Inde, en Malaisie, des marchés émergents. En Australie, avec le plus gros des contrats en cours pour le renouvellement de leur flotte sous-marine . Nous souhaitons prolonger les discussions avec l’Egypte et renforcer notre présence en Arabie saoudite. C’est simple, aujourd’hui l’international représente 38% de notre activité, dans 10 ans, elle devra peser plus de 50%.

Vous parlez de frégate de taille intermédiaire, avez-vous plus de visibilité quant au calendrier de lancement du programme ?

Le programme s’accélère pour la FTI. Au départ, elle était prévue dans la prochaine loi de programmation militaire, mais le ministre de la Défense a indiqué vouloir signer un contrat de développement en 2016. La nouvelle frégate est donc en phase d’études, avec un focus sur les technologies de pointe. La FTI sera high tech pour être à même de répondre aussi bien à la demande de la Marine nationale mais aussi modulaire et adaptable pour répondre aux besoins du marché export. La première frégate de taille intermédiaire est prévue pour une livraison en 2023. Ce qui nous assure environ 10 ans de visibilité industrielle pour notre site de Lorient.

Technologies de pointe, études, R&D, vous semblez particulièrement attachés à ces termes. L’innovation est-il l’enjeu majeur que doit relever DCNS pour continuer d’exister à l’international ?

Oui. Déjà l’innovation figure sur ma feuille de route. Et puis, cela correspond à notre façon de voir les choses. Nous n’existons que si l’on fait montre de deux ou trois tours d’avance par rapport à nos concurrents. La France doit donc rester dans les technologies à haute valeur ajoutée dont la maîtrise du nucléaire fait partie. Pour faire la différence, la supériorité technologique est fondamentale. Ce n’est pas pour rien que 40% de la R&D mondiale se concentre dans la défense et la sécurité. Le low cost, il est beaucoup plus difficile de concourir sur ces marchés…

Propos recueillis par Aurélie M'Bida

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