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Quotidien des Usines

"Nous investissons pour Airbus"

Olivier James ,

Publié le

Enquête Bernard Martin est le PDG de l'usine que Toray ouvre à Lacq, destinée à devenir l'unique centre de production de fibres de carbone en France.

Le groupe est plutôt discret. Au vu de l'importance de l'information, le japonais Toray a bien dû sortir du bois. L'entreprise va investir à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) pour édifier ce qui deviendra son usine européenne intégrée de production de fibres de carbone, composants haut de gamme des matériaux composites. L'investissement s'élèvera à plus de 100 millions d'euros. Il devrait créer 50 emplois directs. Jusqu'à présent, le groupe était présent via sa filiale Soficar basée à Abidos, près de Lacq. Le chimiste français Arkema possédait 30 % des parts, détenues auparavant par Elf Aquitaine depuis la création de l'entreprise en 1982. Mais Toray les a rachetées et a rebaptisé l'usine, Toray Carbon Fibers Europe. Grâce à ce projet, la France se renforce dans la course mondiale aux composites. Avec une production annuelle de 18 000 tonnes, le japonais est l'un des leaders mondiaux de la production de fibres de carbone, même si son coeur de métier reste basé sur les fibres textiles. Bernard Martin, le PDG du site depuis le 10 janvier, nous explique en exclusivité pourquoi le groupe, qui réalise un chiffre d'affaires de 18 milliards d'euros et emploie 39 000 salariés, a décidé d'investir en France.

L'Usine Nouvelle - Pourquoi avoir choisi Lacq ?
Bernard Toray - Notre projet est de fabriquer la matière première utilisée pour produire des fibres de carbone en France. Comme nous étions présents à Abidos, via notre filiale Soficar qui transforme de la fibre de carbone, il était logique de le situer à Lacq, à trois kilomètres d'Abidos. L'investissement que nous allons réaliser requiert aussi un environnement particulier en matière de sécurité et nous l'avons trouvé à Lacq.

L'investissement de Toray dépasse les 100 millions d'euros, c'est énorme...
Si nous investissons dans ce projet, c'est que la demande dans ces matériaux devrait être multipliée par quatre au cours des dix prochaines années en Europe [ses capacités mondiales passeront de 18 000 à 27 000 tonnes dans les trois prochaines années, ndlr]. À part l'Allemagne, où nous avons monté un joint-venture avec le constructeur automobile Daimler, la France sera le seul pays européen où nous posséderons un site de production de fibres de carbone.

Que fabriquerez-vous sur le territoire français ?
Le projet prévoit la production de polyacrylonitrile (PAN), un polymère issu du pétrole servant à la fabrication de fibres de carbone. Elles seront avant tout destinées à la fabrication des avions d'Airbus. Ce groupe avait besoin de davantage de sécurité en matière d'approvisionnement. Le site d'Abidos importe le PAN du Japon, depuis la société mère du groupe. Il faut comprendre que les composites sont devenus des matériaux stratégiques. Aux États-Unis, Toray a déjà procédé de même en raison de la volonté des industriels américains de s'assurer une production locale. Le groupe ambitionne de devenir un partenaire important de l'industrie aéronautique européenne. Cet investissement en sera un signe fort aux yeux d'Airbus. Nous serons bientôt les premiers à produire le PAN en Europe. Pour Airbus, lorsque la logistique est éparpillée à travers le monde, cela multiplie les risques. Le tsunami qui a frappé le Japon l'an dernier a fait naître des inquiétudes.

Comment le site évoluera-t-il au cours des prochaines années ?
Après l'amont, avec la production de PAN, notre volonté sera de développer l'aval. Nous souhaitons établir une filière intégrée en France qui pourra fournir l'ensemble de l'Europe. Ce qui signifiera de pouvoir fournir des produits pré-imprégnés de résine, très employés dans l'aéronautique. Cela nécessitera de nouveaux investissements. Nous sommes aujourd'hui 330 salariés, et nos investissements devraient à l'avenir créer 50 emplois. En matière de R et D, notre équipe se trouvera aussi renforcée. Elle devra avant tout améliorer la maîtrise des procédés de production, qui nécessitent un véritable savoir-faire. La technologie sur laquelle se base cette production fera l'objet d'un transfert depuis le Japon.

Trouvez-vous les profils nécessaires en France ?
En raison de très nombreux départs à la retraite, nous allons être confrontés à un vrai problème concernant la transmission des savoirs. Les procédés de production que nous mettons en oeuvre sont difficiles et pointus. Nous sommes pourtant dans une région où, avec le site de Lacq, les gens aiment l'industrie. Nous formons donc des jeunes en bac pro pendant deux ans pour les recruter par la suite. Il nous a fallu monter des partenariats avec des écoles et des organismes de formation notamment avec la Halle de chimie du lycée professionnel de Mourenx et avec le Greta Béarn-Soule. Quant au volet sécurité, qui est un élément primordial de notre culture d'entreprise en raison de la nature de nos process, nous mettons en oeuvre les actions nécessaires à la transmission de ces valeurs de la culture du groupe, très exigeante en la matière.

Quels défis allez-vous devoir relever pour atteindre vos objectifs ?
La société a connu une baisse de son chiffre d'affaires en 2008 et 2009, en raison de la crise et de la baisse de la demande. Mais il est remonté en 2011 à 184 millions d'euros. Nous tenons à nous développer en Europe avec des produits fabriqués en France. Nous allons devoir nous tourner vers de nouveaux clients. D'autant qu'avec la maturité grandissante du secteur, certains de nos clients sont devenus des concurrents. Il ne faut pas s'endormir. Cela nécessite une meilleure compréhension des marchés, y compris ceux où nous ne sommes pas encore. Quelles sont les nouvelles applications, les nouvelles possibilités, les évolutions les plus récentes ? Pour répondre à ces questions, je vais renforcer les équipes. Nous devons être plus à l'écoute des clients. Il faut en finir avec cette démarche courante en France de développer un produit puis de le proposer aux clients. Nous devons mieux comprendre leurs besoins, analyser la potentialité des marchés ainsi que notre positionnement pour faire les choix les plus pertinents.

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