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L'Usine de l'Energie

"Nous avons posé les fondations d’une nouvelle culture", explique Bill Ruh, CDO de General Electric

Manuel Moragues , ,

Publié le

Entretien General Electric a engagé sa transformation numérique il y a cinq ans. Bill Ruh est l'homme que Jeff Immelt, le PDG de GE, a recruté pour la piloter. Cet ex-VP de Cisco est Chief Digital Officer du groupe mais aussi patron de GE Digital, la nouvelle entité dédiée à la plate-forme cloud que GE met au cœur de l'internet industriel. De passage à Paris, Bill Ruh détaille à L'Usine Nouvelle et L'Usine Digitale comment il convertit le conglomérat au numérique. Avec un zoom sur la France, où l'américain crée, à Paris, son premier centre de R&D digital hors des Etats-Unis.


Bill Ruh - Crédits Pascal Guittet

L’Usine Nouvelle : Pourquoi ouvrez-vous votre deuxième centre de développement logiciel, la Digital Foundry, à Paris ?

Bill Ruh : Paris est le siège européen de GE Digital. Nous allons y embaucher 250 personnes pour notre centre de développement logiciel industriel. Le but est d’aider nos clients européens à passer au numérique. La dernière décennie était celle de l’internet pour la grande consommation, la prochaine sera celle de l’internet pour l’industrie, l’internet industriel. Les prix des technologies de capteurs et de communication ont suffisamment baissé pour en équiper toutes les machines. On en est au point où les centrales électriques, les locomotives, etc. sont toutes bardées de capteurs et produisent de plus en plus données. L’heure est venue pour les entreprises industrielles d’utiliser ces données pour mieux conduire leurs activités.

Qui allez-vous recruter ?

Trois types de compétences sont recherchés. Nous voulons d’abord des spécialistes du design thinking, entre 25 et 50. Nous allons ensuite engager des codeurs spécialisés dans le cloud et de technologies mobiles. Des développeurs en Ruby et en Java Spring, notamment. Pas des gens qui travaillent sur les anciennes technologies.

Enfin, nous recruterons des data scientist : des statisticiens, des spécialistes de mathématiques appliquées, des physiciens, des spécialistes de l’intelligence artificielle…  Tous apporteront des compétences spécifiques en analyses de données.

Où allez-vous trouver ces compétences très demandées ?

Une partie viendra des équipes d’Alstom. Les autres, nous saurons les attirer. Il y a trois ans, au lancement de San Ramon, le QG californien de GE Digital, on prévoyait d’embaucher 400 personnes en trois ans. On ne savait pas si on pourrait trouver des gens sur place. Ils sont 2000 aujourd’hui et 90% sont locaux. Je pense qu’on va faire la même chose à Paris que ce qu’on a fait à San Ramon. Les jeunes talents apprécieront les missions de GE. Ils pourront travailler dans l’industrie pour résoudre de vrais problèmes et ils auront beaucoup de données à leur disposition. Ils pourront aussi travailler sur des technologies d’avenir et en open source. C’est comme ça qu’on les attirera. On s’est rendu compte que les jeunes ne veulent plus travailler sur les jeux ou les réseaux sociaux. Ils veulent travailler sur les problèmes de société, ceux qui préoccupent les gens.

Allez-vous investir dans l’écosystème de la FrenchTech, dans la recherche ?

On travaille déjà avec l’Inria et on a des contacts avec une poignée d’universités avec qui on fera des partenariats. On a aussi un projet d’incubateur de start-up à Paris. Nous allons également réaliser des investissements stratégiques dans certaines start-up dont les technos pourraient être incluses dans notre plate-forme Predix. L’écosystème ici est très riche, nous sommes très contents de ce que nous voyons à Paris. Nous sommes aussi partenaires d’Altran et de Capgemini, qui nous aident pour développer notre écosystème.

Où en est Predix, votre OS de l’internet industriel ?

En 2016 nous allons encore investir 1 milliard de dollars dans notre stratégie digitale dont le cœur est la plate-forme logicielle Predix, qui permet de connecter dans le cloud les machines, récolter les données et construire des analyses avancées qui peuvent aider les clients à bâtir des business plus efficaces. C’est l’équivalent de l’iOS de l’internet grand public. Predix est notre environnement de développement pour des applications qui tourneront sur des centrales électriques, des gazoducs, les moteurs avions…

Qu’offrez-vous à vos clients avec Predix ?

On fournit un environnement cloud. A travers Predix, nous leur fournissons une série de services uniques qui leur permettent de modéliser leurs actifs et de mieux les opérer, de mieux les gérer. Les clients sont propriétaires de leurs données – on ne les regarde pas - ainsi que de leurs applications qui tournent sur Predix.

Où stockez-vous les données ?

Pour le stockage des données, Predix peut être installé chez des fournisseurs externes de services cloud, comme Amazon, ou dans nos propres data centers, Cela dépend des pays et des besoins. En Europe, si les industriels veulent un hébergement européen, ils l’auront. Nous avons d’ailleurs prévu de construire un data center en Europe. Mais il est trop tôt pour dire où. Nous passons aussi des partenariats avec des opérateurs locaux, comme Orange business services en France.

Comment s’articule l’activité de GE Digital avec les autres activités du groupe ?

GE Digital développe et commercialise la plate-forme Predix. C’est une entreprise dans l’entreprise, avec sa propre offre de produits. Par ailleurs, chaque unité business de GE développe pour ses propres clients une suite d’applications sur Predix, qu’elle peut leur offrir. Et si le client a un besoin non couvert par ces apps ou veut une application propre, il peut la développer sur Predix et nous l’aidons.

Et en termes de hiérarchie ?

Toutes les personnes qui font des produits numériques dans la compagnie rapportent directement à moi, en plus de Jeff Immelt. Chaque division a ou aura bientôt son propre CDO (Chief digital officer) qui reportera directement au directeur de la business unit et à moi. C’est original, mais c’est la seule façon pour une si grande compagnie de déployer la stratégie digitale à grande échelle. Cette organisation a été annoncée en septembre. Elle est en cours de mise en œuvre. 

En quoi cela permet-il de faire évoluer la culture de l’entreprise ?

Engager un CDO dans chaque business unit qui me reporte directement, c’est un moyen de casser les barrières culturelles. De plus, le CDO a tout le business dans son périmètre. Il pilote la stratégie et le portefeuille d'applications. Cela change la donne, la manière de travailler, de mener les programmes. Il s’agit d’aller vite avec de nouveaux types de produits et de mettre l’accent sur les nouvelles technologies.

C’est aussi une question d’agilité...

Les start-up utilisent directement les outils et méthodes agiles, le cloud, le mobile… Les entreprises traditionnelles ont encore des ERP, des process rigides. Notre défi est d’amener nos salariés à passer de l’ancien mode de travail au nouveau. Pour le relever, on forme d’une part nos salariés et on recrute d’autre part des nouveaux profils, rompus aux méthodes des start-up et avec des talents différents. On est toujours en cours de changement, mais beaucoup a déjà été fait. On a posé les fondations d’une nouvelle culture.

Le virage digital a été annoncé il y a 5 ans. Où en êtes-vous ? 

L’ambition est de rendre les produits plus intelligents et tous nos ingénieurs produits y travaillent, dans tous les secteurs. Les applications industrielles représentent déjà un business de 5 milliards de dollars en 2015, que l’on veut doubler d’ici à 2020. Concernant la plate-forme Predix, on vise les 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2020. La première phase de notre transformation digitale durera 10 ans. J’ai été embauché il y a cinq ans. On en est à mi-chemin.

Quel est le plus gros défi pour les 5 ans à venir ?

C’est l’intégration. On en est au point où il y a des solutions ponctuelles pour les usines. La partie difficile - la plus difficile ! - est de faire fonctionner ces solutions toutes ensemble de manière fluide. Chaque vendeur de machines, chaque équipementier a ses spécificités. Notre défi est aujourd’hui d’intégrer les composants. Nous commençons et nous voulons y arriver d’ici à 2020. Une fois qu’on aura franchi ce cap, tous nos clients pourront tirer profit de l’internet industriel. Et sur ce marché, que nous évaluons à 225 milliards de dollars en 2020, nous voulons être le numéro 1. 

Propos recueillis par Aurélie Barbaux et Manuel Moragues

 

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