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L'Usine Santé

"Nous avons été dans notre rôle", affirme Sanofi sur la Dépakine

Marion Garreau , ,

Publié le

14 322 grossesses ont été exposées au valproate de sodium entre 2007 et 2014. Un chiffre qui fait aujourd’hui scandale puisque les effets indésirables de cette molécule sur le fœtus ont été constatés dans les années 1980 puis 2000. Si les autorités sanitaires se refusent à entrer dans le débat sur la responsabilité, Sanofi affirme que ce sont clairement celles-ci qui ont tardé dans cette affaire.

Nous avons été dans notre rôle, affirme Sanofi sur la Dépakine © D-R.

Une prise en compte et une communication des risques trop lentes, voire déficientes. Voilà ce qui est reproché aujourd’hui au laboratoire Sanofi et aux autorités de santé dans le scandale dit de la Dépakine, qui concerne différents médicaments contenant du valproate de sodium, traitement de référence pour l’épilepsie et également utilisé dans les troubles bipolaires. "Dans le cas de Dépakine, nous avons été dans notre rôle, assure aujourd’hui Pascal Michon, le directeur médical de Sanofi. Nous avons actualisé en temps et en heure nos documents, selon les informations dont nous disposions au fur et à mesure et selon les règles que nous devions suivre."

Pourtant, saisie par la ministre de la Santé, l’Inspection des affaires sociales (Igas) a dénoncé, dans son rapport publié en février, le "manque de réactivité" des autorités sanitaires françaises et de Sanofi, regrettant que "les alertes [aient] été motivées davantage par des signaux exogènes, notamment médiatiques, que par une prise en compte des données de pharmacovigilance et des publications scientifiques". Dès les années 1980, on constate en effet que, administré à une femme enceinte, le valproate de sodium multiplie par 2 à 3 les malformations du fœtus, dont on sait aujourd’hui qu’elles touchent finalement 1 enfant sur 10.

Dans les années 2000, on observe une augmentation des troubles neurodéveloppementaux, qui s’avèrent toucher 30 à 40% des enfants exposés in vitro selon les données actuelles. Pourquoi a-t-il fallu attendre 2006 pour que cette seconde catégorie de risques soit inscrite dans les documents d’information à destination des médecins, dit RCP (Résumé des caractéristiques du produit) ? Et 2010 pour qu’elle figure dans la notice patient ? Des questions qui se posent d’autant plus que d’autres pays européens ont mentionné ces risques dès 2003-2004.

Une démarche "proactive"

Face à cette question, Sanofi dément avoir manqué de réactivité et affirme avoir eu au contraire une démarche "proactive". "Dans son rapport, l’IGAS écrit que l’on ‘peut considérer qu’en 2004, l’accumulation des signaux justifiait des mesures d’information à destination des prescripteurs et des patients’", explique Pascal Michon. Or dès 2003, Sanofi a demandé aux autorités de procéder à une modification des documents d’information des spécialités pharmaceutiques contenant du valproate de sodium afin de faire état des doutes qui pouvaient alors exister dans la communauté scientifique." Pour modifier le RCP et la notice patient, comme les supports destinés aux visiteurs médicaux, les laboratoires doivent obtenir l’autorisation de l’Autorité de santé (ANSM aujourd’hui, Afssaps à l’époque).

Or selon Sanofi, c’est clairement elle qui a freiné le processus. "Notre demande a essuyé un premier refus des autorités en 2004, détaille Pascal Michon. On a fait une nouvelle demande courant 2004 qui a finalement été acceptée en janvier 2006." Les modifications de 2006 des documents d’information correspondent aux éléments validés par l’Autorité de santé, précise encore le laboratoire. Autrement dit, si la notice patient de 2006 n’indiquait pas les risques de troubles du développement cognitif pour les enfants exposés in utero, c’est parce que les autorités l’ont refusé.

La transparence de Sanofi, l’association d’aide aux parents de victimes, l’Apesac, en doute. "Pour moi, il y a eu une réelle volonté du laboratoire de ne pas informer sur les risques, dénonce Marine Martin, présidente de l’association et maman de deux enfants touchés. Sanofi a acheté le silence des autorités sanitaires. On n’a pas trouvé de conflits d’intérêts chez les membres des autorités sanitaires mais je suis certaine qu’il y en a." Plusieurs familles de victimes poursuivent aujourd’hui le laboratoire au civil. Une plainte au pénal a également été déposée contre Sanofi et contre l’agence sanitaire française (ANSM) pour "non-signalement d’effets indésirables".

410 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012

L’argumentaire de Sanofi ne convainc pas non plus le Dr Irène Frachon, à l’origine du scandale du Mediator et plusieurs fois consultée par l’Apesac. "Je suis très choquée qu’un laboratoire ayant des données scientifiques solides depuis très longtemps n’ait pas plus agi, dénonce-t-elle. Sanofi se défend en disant qu’il a averti les autorités en 2003, mais l’argument est faible. Ils connaissaient leur chiffre d’affaires. Combien de fois ont-ils envoyé leurs visiteurs médicaux dire aux neurologues de bien avertir les patientes des risques pour le fœtus ? Clairement, avertir des risques n’a pas été leur priorité."

Vendue dans une centaine de pays, la Dépakine a longtemps fait partie des 15 plus gros médicaments de Sanofi : en 2008, elle lui rapportait 329 millions d’euros, 410 millions en 2012, 405 millions en 2013. Irène Frachon questionne notamment les années qui ont suivi la modification des RCP et qui posent elles aussi problème. Pourquoi 14 322 grossesses exposées au valproate de sodium ont été recensées entre 2007 et 2014, années où les médecins avaient à leur disposition un document d’information sur les risques ?

Dominique Martin, le directeur général de l’ANSM, pointe lui une "responsabilité collective" dans cette affaire, qui a débouché sur une réévaluation du rapport bénéfice/risque du valproate de Sodium par l’Europe en 2014, suivie en 2015 par une révision des conditions de prescriptions en France. "Pourquoi le taux extrêmement élevé de risques de malformations n’a pas davantage alerté les uns et les autres ?", s’interroge-t-il, refusant d’entrer dans le débat sur les responsabilités de chacun, qu’il laisse à la justice. En guise de réponse, l’ANSM pointe notamment des défauts dans la circulation et la hiérarchisation de l’information. "Les documents à destination des médecins sur les effets indésirables sont extrêmement fournis", admet Dominique Martin, citant en exemple les RCP qui sont associés à 11 000 spécialités pharmaceutiques.

Sur ce point, les médecins pourront bientôt recevoir des alertes sanitaires par mail et les logiciels d’aide à la prescription vont intégrer des informations de sécurité. Les autorités sanitaires évoluent également sur deux positions : ne plus attendre la consolidation des études scientifiques pour communiquer sur les risques et reconnaître aux patientes un droit à l’information similaire à celui des prescripteurs. Ces évolutions pourraient impacter les rapports entre l’ANSM et les laboratoires, qui pourraient être davantage contraints à des études post-Autorisation de mise sur le marché en cas de doute.

 

Chronologie d'un scandale : 

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