"Nous allons doubler le budget de notre Fonds carbone", raconte la Mme Environnement de LVMH

Cinq ans après le lancement de son programme Life, le numéro un mondial du luxe LVMH s’est fixé de nouveaux objectifs pour  renforcer la performance environnementale du groupe et de chacune de ses « Maisons » (Sephora, Guerlain, Moet & Chandon ou Loro Piana…) d’ici 2020. Entretien avec Sylvie Bénard, directrice Environnement de LVMH.

 

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Sylvie Bénard, directrice Environnement de LVMH.

Comment parvenir à réduire son empreinte environnementale lorsque l’on commercialise des produits à usage unique (notamment dans la cosmétique), ou liés à des tendances qui sont vite dépassées ?

Depuis vingt-cinq ans, nous nous fixons sans cesse de nouveaux objectifs, toujours plus ambitieux, afin de tendre vers l'excellence environnementale. Et réduire l'empreinte environnementale de nos produits est l'un de ces objectifs, c'est même l'un des quatre piliers de Life 2020. Dans les parfums et la cosmétique, la plus grosse part de l'empreinte environnementale est due aux emballages. Il faut donc les réduire ou les optimiser, voire encore les rendre rechargeables, « remplissables ». Guerlain, par exemple, a réduit de 58% le poids et le volume de sa gamme de crème d'Orchidée royale, quand Dior a mis en place un système de recharges pour sa gamme de soins Capture ou L'Or de vie. Les flacons des parfums Louis Vuitton peuvent aussi être re-remplis et connaître une très longue vie.

Comment les appuyez-vous ?

Plusieurs outils ont été pensés par la Direction de l’Environnement pour être au service des Maisons et qu'elles aient une vision précise du chemin pour atteindre cette excellence environnementale. Des outils qui leur permettent notamment de calculer l'Indice de Performance Environnementale (IPE) des emballages utilisés et de l’impact de leurs matériaux en termes d’émission de gaz à effet de serre.

Pour la mode, c'est un peu différent. Les Maisons créent des vêtements qui sont destinés à durer, à traverser les époques. Et même à devenir vintage ! Ils peuvent eux avoir plusieurs vies. L'empreinte d'un vêtement en est mécaniquement réduite. Les souliers de la Maison Berluti ou une robe de la Maison Dior traversent le temps.

Certaines marques ou sites de production d’autres groupes parviennent à être « carbone neutre ». Cela fait-il partie de vos objectifs ?

Le groupe LVMH a été précurseur d’un mouvement en 2002, grâce notamment à la réalisation des Bilans Carbone de ses Maisons. Pour ce qui est des sites « carbone neutre », ils atteignent cet objectif grâce à des systèmes de « compensation carbone ». Évidemment, c'est plus facile que de changer les process et que de modifier en profondeur les manières de produire, de fonctionner et les comportements.

Il y a deux ans, nous avons choisi une solution davantage de long terme avec la création d'un Fonds carbone, en fixant un prix de quinze euros pour chaque tonne de CO2 émise par le groupe et ses Maisons. Prix qui sera d'ailleurs doublé l'an prochain. Et ces contributions participeront à financer des investissements liés à l'objectif d'atteindre l'un de nos objectifs 2020, à savoir 25 % d’émissions de CO2 en moins.

De quel budget dispose votre Fonds carbone, et quelles sont ses priorités ?

Il était de 6,7 millions l’année dernière et comme les Maisons ont réussi à réduire leurs émissions, il est de 5,7 millions cette année. Il doublera l'an prochain. Ces contributions participeront à financer des investissements liés à l'objectif Life 2020 et notamment celui d'atteindre 25% d'émission de CO2 en moins.

Quels seront les enjeux les plus complexes à atteindre pour Life 2020 ?

La complexité pour le groupe est d'accompagner chaque Maison dans la spécificité de son marché et de son offre. La multiplicité des Maisons et des activités de LVMH nécessitent que les objectifs LIFE 2020 soient traduits le plus efficacement possible par chaque Maison, toutes ayant à répondre de nos quatre objectifs communs : produits (améliorer la performance environnementale de tous nos produits), filières (déployer les meilleurs standards environnementaux dans 70 % de nos filières), CO2 (réduire les émissions de 25 % par rapport à 2013) et sites (améliorer d’au moins 10 % leur efficacité environnementale).

Votre direction de l’environnement a 25 ans. Comment comptez-vous rester un pionnier dans ce domaine ?

Le programme Life est exigeant et transversal mais il n'est pas rigide. L'ambition de ce programme est qu'en intégrant l'impératif environnemental, cela stimule l'innovation au sein de chaque Maison. Rester leader, c'est aussi en se fixant des objectifs toujours plus ambitieux, en s’appuyant sur les résultats scientifiques et les savoirs faire uniques de nos Maisons. La création de la Chaire « Sustainability and innovation » avec la Central St Martin School résulte de ce type d'alliance indispensable entre les savoirs et les talents.

Autre point important, s'appuyer sur des relations de longue durée, donc de confiance, avec nos différents producteurs et partenaires. Ce partage est aussi une obligation que nous considérons essentielle à notre rôle de leader.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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