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"Notre travail est d'éviter que l'usage de la voix ne soit fastidieux pour le consommateur", explique Ivan Beczkowski, président de BETC digital

Christophe Bys , , , ,

Publié le

Entretien Ivan Beczkowski, président et directeur de la création de BETC digital, suit de près le développement des interfaces vocales. Les avantages de celles-ci sont telles qu'elles devraient progresser rapidement. Il devient en effet plus aisé pour les consommateurs d'exprimer des requêtes plus riches, en ayant les mains libres. Ce qui n'est pas sans poser des défis aux marques et à leurs agences de communication.

Notre travail est d'éviter que l'usage de la voix ne soit fastidieux pour le consommateur, explique Ivan Beczkowski, président de BETC digital
Pour le président de BETC digital, c'est une évidence : les interfaces vocales vont progresser. Encore faut-il bien scénariser l'interaction, en cohérence avec les valeurs de la marque.
© Corentin Fohlen pour BETC

L'Usine Nouvelle - Vous expliquiez récemment être contraint dans l'utilisation des interfaces vocales par ce que le consommateur imagine pouvoir faire avec, qui est bien en deçà des réelles possibilités. Comment expliquez-vous ce décalage ?

Ivan Beczkowski - C’est vrai avec toutes les interfaces, on doit composer dans ce qu’on propose avec ce que les futurs utilisateurs imaginent pouvoir faire. Par exemple, demain il est tout à fait possible de s’identifier par la voix, comme on le fait aujourd’hui avec son empreinte digitale ou son visage. Mais certains consommateurs ne l’imaginent pas; d’autres n’en ont pas envie pour le moment, car ça leur semble trop intrusif. Cela ne veut pas dire que cela ne se fera jamais, mais ce n’est pas le bon moment.  

Ceci rappelé, nous nous intéressons à la voix parce qu’une requête exprimée de cette façon prend deux ou trois fois moins de temps que la même tapée dans un moteur de recherche. C’est un tel gain de temps que nous pensons qu’elle va prendre une importance croissante. Imaginez aujourd’hui 20 % des recherches sur mobile se font vocalement sur Google. Observez des jeunes, ils ne tapent plus leur SMS, ils les dictent.  

Outre la rapidité, quels sont les autres atouts selon vous du recours à l’interface vocale ?  

Aujourd’hui, quand vous écrivez une requête sur Google ou sur un autre moteur de recherche, vous êtes relativement limité. Les demandes sont courtes, exprimées rapidement. Avec la voix, il y aura moins de limites. Le consommateur pourra dire "présentez moi les modèles de PSA ou de Renault disponibles en bleu, avec des fauteuils en cuir et une motorisation de tant de chevaux pour un budget inférieur à 30 000 euros". C’est plus simple à dire qu’à écrire.  

Nous avons travaillé pour une start-up qui vend des couteaux en ligne. Le consommateur peut tout à fait formuler sa demande comme je viens de vous l’indiquer. Toutefois, il ne le sait pas encore, donc nous avons imaginé un script pour l’accompagner dans l’achat, en lui demandant quel couteau il veut, de quelle couleur, avec quel tatouage… La voix ouvre sur un monde de requêtes plus longues et plus précises.  

Pour cette interface vocale développé pour la start-up Deejoe, quel type d’outils utilisez-vous ?  

Nous travaillons avec les outils développés par Google. Il faut ensuite travailler pour leur apprendre à comprendre les requêtes exprimées, trouver les synonymes, imaginer toutes les demandes possibles… Le gros du travail est d’apprendre le lexique à l’outil, pour réduire les trous dans la raquette. Parfois, on assiste à des choses curieuses. Quand on disait "titane noir", le logiciel comprenait "petit âne noir". Il faut former l’IA pour qu’elle comprenne que dans le contexte particulier où elle était on parlait de titane et non de petit âne.  

Comment faire pour que la demande accompagnée vocalement ne rappelle pas les services audio par téléphone avec sa ribambelle de "pour commander tapez 1 sinon taper 2"?  

C’est tout notre travail, éviter que l’usage de la voix ne devienne fastidieux pour le consommateur qui du coup l’abandonnerait très vite. Sur l’exemple évoqué, nous avons fabriqué un divertissement autour du formulaire en donnant une personnalité à la "voix" qui prend la commande. Il faut recréer une conversation en accord avec les valeurs de la marque. 

Ce qui fait la différence est au-delà de la technologie, c’est dans la capacité de donner à l’interface vocale la personnalité de la marque. On fait appel à une agence comme la nôtre quand on est à la recherche de différenciation.   

Pensez-vous que les usages seront surtout marchands ? Ou anticipez-vous d’autres utilisations ?  

Elles sont illimitées. La première fois où j’ai réalisé la puissance potentielle de l’interface vocale, j’étais dans un hôtel et je voulais commander une boisson. Il fallait que j’arrête ce que j’étais en train de faire, que je trouve le numéro du room service, que j’appelle que je demande… Avec une enceinte connectée, il aurait suffi que j’exprime ma demande pour qu’elle soit réalisée. Et il en est de même pour allumer la télévision, trouver un film ou monter le chauffage.  

La voix est une interface qui, outre la vitesse, donne de la fluidité et s’utilise mains libres. Imaginez un cas tout simple : au petit déjeuner chez vous, vous constatez que c’est votre dernière capsule, vous pouvez la commander par la parole en continuant de préparer les tartines de vos enfants. Si vous devez taper sur un clavier, c’est évidemment impossible.  

Les utilisations sont infinies. Demain on pourrait très bien zoomer ou dézoomer une photo, la recadrer.. De même, on a imaginé pour une marque automobile une voiture qui répondrait aux questions des acheteurs potentiels.  

Sur les usages marchands, on n’a encore rien vu. Aujourd’hui, qui achèterait sans voir le produit ? L’arrivée d’assistants vocaux avec un écran va changer complètement la donne. C’est pour bientôt en France, Google et Amazon ont de tels modèles.  

Ce qui va aussi tout changer, c’est vocalement, on ne peut avoir qu’une réponse, quand par écrit on en avait plusieurs.  

On parle de référencement vocal, je n’y crois pas une seconde. C’est celui qui paiera le plus qui arrivera en premier quand le consommateur prononcera un mot-clé.  

L’usage de la voix va-t-il renforcer le recours à l’anglais sur le web ? 

Aujourd’hui, l’anglais est la meilleure langue, mais ça marche plutôt bien avec le français. Il y a un effet d’apprentissage qui se fait langue par langue.  

Après, les erreurs qu’on observe sur les prototypes qu’on développe sont davantage des erreurs d’interprétation que de prononciation. Autrement dit, les accents ne posent pas trop de problèmes. On est plus dans ce que je vous disais avant avec le syndrôme du "petit âne noir".  

Dans un futur proche, les objets seront connectés avec des interfaces vocales. Leur développement ne risque-t-il pas de s’arrêter face à la multiplication des interfaces. Vous imaginez la cacophonie dans la cuisine quand tous les appareils vont se mettre à parler ?  

Je ne pense pas qu’on va multiplier les interfaces vocales pour piloter tous les objets connectés. Les grands opérateurs (Google, Amazon, Samsung et peut être quelques autres… ) deviendront la plateforme sur laquelle viendront se brancher les différents appareils. On aura 2 ou  3 grands systèmes comme pour les smartphones ou les ordinateurs, sur lesquels viendront se brancher les appareils. Aujourd’hui, si vous avez une chaudière connectée, c’est via un service commercialisé par EDF qui passe par l’enceinte Google.  

Après, les voitures vont parler, peut être avec d’autres interfaces. Sur ce marché, rien n’est joué. 

 

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