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«Notre programme d'investissements est titanesque»

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Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF vient d’annoncer que l’opérateur historique a réalisé un chiffre d’affaires record de 33,8 milliards d’euros (+ 3 %) en 2012. Toutes les branches progressent, sauf SNCF Geodis (- 1,6 %).

«Notre programme d'investissements est titanesque»

Votre mandat arrive à terme. En savez-vous plus sur votre sort ?

J’ai toujours expliqué que j’avais envie de mettre en œuvre la réforme ferroviaire. Les enjeux sont fondamentaux pour l’avenir du secteur. Je l’ai dit au ministre des Transports. C’est au gouvernement de décider s’il me fait confiance.
 

Si vous êtes reconduit, quels seront les enjeux de votre prochain mandat ?

Nous sommes à une période charnière. Le secteur des transports connaît une croissance très forte et une transformation majeure, malgré la saison 2 de la crise. Deux exemples : on est en train de passer d’un marché éclaté avec des entreprises qui exploitent des bus ou des trains à un marché où il faut être architecte de systèmes de mobilité. Et le digital va bouleverser nos métiers. L’enjeu de combiner les modes de transport repose sur la performance des systèmes d’information en temps réel. Ce sont des métiers en pleine révolution et nous, Français, sommes sur le podium.
 

En quoi le numérique changera-t-il votre manière de travailler et de concevoir vos métiers ?

Le numérique supprime les cloisonnements entre les types de transport. Aujourd’hui, vous avez des cartes, des billets, des bouts de papiers… Le transport collectif, s’il veut être une alternative à la voiture, doit proposer un mode d’information unique avant, pendant et après le voyage. L’Asie a cinq ans d’avance. Là-bas, le système Near field communication (NFC) est déployé à Hongkong, en Corée et au Japon. Tout est sur le smartphone. Une révolution ! Nous ne partons pas de zéro et nous avons déjà expérimenté de nombreuses choses. L’enjeu, c’est de passer d’une phase d’émergence à une forme d’industrialisation. Elle nécessite que le passage au NFC soit résolu et que tout le monde travaille ensemble.
 

La SNCF a-t-elle l’ambition de développer d’autres branches d’activités ?

Nous travaillons sur un programme appelé Vision 2020. Notre première question a été : A-t-on le bon format ? La réponse est oui. Nous avons trois métiers. Le transport de personnes qui est notre métier historique. À l’intérieur, le mass transit, qui comprend les transports en Île-de-France, en régions avec les TER et urbains avec Keolis, représente 13 milliards d’euros, soit plus d’un tiers du chiffre d’affaires du groupe. Les TGV, représente 6 milliards et un peu moins de 20 % du chiffre d’affaires. Viennent ensuite le fret et la logistique de marchandises qui atteignent une activité de 9 milliards. C’est un métier fondamental. Il continue à croître. Le troisième métier, c’est la conception et la gestion de réseaux et de pôles d’échanges. Cela va de l’ingénierie à la maintenance des voies.
 

Fret SNCF n’en finit pas de dégringoler. Quelles sont les solutions pour sauver le transport de marchandises ?

Si l’on prend les sept principaux pays européens, les opérateurs de fret ont cumulé 3 milliards d’euros de perte d’exploitation entre 2008 et 2012. En Europe, le fret souffre de l’absence d’un modèle économique. Le social est hyper régulé dans le ferroviaire et totalement dérégulé dans la route. Nous croyons fortement à trois segments de développement. Tout d’abord, les autoroutes ferroviaires. Nous en exploitons deux, sous les Alpes et la ligne Luxembourg-Perpignan, et cela marche. Nous y croyons dur comme fer. Nous croyons aussi au combiné portuaire, mais il dépend des infrastructures portuaires. Enfin, nous croyons aux trains longs en Europe qui font 1 000 à 1 500 km avec des conteneurs. Demain, il y aura du trafic depuis la Russie et la Chine vers l’Europe de l’Ouest.
 

Votre développement passe-t-il par des appels d’offresou des acquisitions ?

Les appels d’offres sont notre carburant, mais ce n’est pas gratuit. Il nous en a coûté près de 10 millions d’euros pour celui de West Coast Main Line au Royaume-Uni qui va repartir. Nous sommes présents [avec Keolis, ndlr] sur plusieurs appels d’offres internationaux. Nous sommes finalistes à Boston. Nous participons aux appels d’offres dans le sud-est asiatique et pour celui du TGV brésilien qui vient d’être lancé. Des acquisitions ne sont pas exclues, mais pour contenir la dette, elles doivent s’accompagner de désinvestissements.
 

Comment définissez-vous le groupe SNCF ?

SNCF est un groupe avec des racines européennes, des activités non délocalisables, qui développe l’emploi local. Nous nous définissons comme un groupe de services industriels ou plutôt comme un groupe industriel de services. Notre expertise reconnue via notre plate-forme européenne nous permet d’exporter notre savoir-faire. L’image de SNCF est partout meilleure qu’en France ! Quand nous avons gagné, avec Keolis, l’appel d’offres d’Hyderabad [en Inde, ndlr] pour le métro automatique, l’autorité organisatrice a demandé à voir comment cela marche et ils sont venus à Lyon. Nous avons un enjeu évident de croissance à l’international, notamment dans le transport de masse dans les pays en développement. Pour autant, nous n’avons pas l’intention de bouger le centre de gravité de nos activités. Ma priorité, je le répète, va aux transports de la vie quotidienne en France !
 

Êtes-vous en mesure de mener à bien votre programme d’investissements ?

Notre programme d’investissements est titanesque. Nous atteindrons en 2013 un pic historique de 2,5 milliards d’euros. L’intérêt de ce chiffre est de montrer que dans un groupe public, l’investissement n’est pas réduit en période de crise. Il augmente même de 10 %. Alors que je vois tous les groupes privés plutôt réduire les leurs. En 2014, nous prévoyons même une nouvelle progression. Cette année, les commandes de matériel devraient atteindre près de 1 milliard. Et nous sommes dans une année forte pour les livraisons avec 15 rames de TGV neuves et 30 rénovées, soit 540 millions. Pour le matériel régional, nous amorçons les premières livraisons des nouveaux TER, dont 38 rames Regiolis. Nous allons aussi recevoir 32 rames neuves du Francilien.
 

Vous sentez-vous un rôle de leader de la filière ferroviaire française ?

Oui, mais sans aucune intention d’être hégémonique. La filière ferroviaire est aux premières loges de l’éveil de l’industrie. Elle est puissante mais menacée. Elle est réunie sous la présidence de Patrick Kron, le patron d’Alstom, dans Fer de France, l’équivalent du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales pour l’aéronautique [Gifas]. L’idée est de réunir tous les partenaires de la filière, pour dire que l’équipe de France peut faire mieux à l’export. Maintenant, passage à l’acte ! On chasse en meute. Il y a de nombreux appels d’offres pour lesquels c’est une compétition par pays. Deuxièmement, l’enjeu de Fer de France sera dans sa capacité à proposer une offre globale de système de mobilité. Il faut resserrer les rangs et reprendre de l’avance sur l’innovation pour être encore compétitif dans cinq ou dix ans.
 

Combien d’industriels sont adhérents de Fer de France ?Jusqu’à quel niveau descendez-vous dans la chaîne ?

La Fédération des industries ferroviaires [FIF] est adhérente et représente les industriels. Il y aussi les exploitants, l’État, les ingénieristes… Comme le Gifas, nous réunissons l’ensemble des partenaires autour de la table.

 

Quelles sont les menaces pour la filière française ?

Il existe des surcapacités de fabrication mondiales importantes. Là, où nous produisons 50 locomotives, les Chinois en sortent 500 ou 1 000. Rappelons-nous que le programme chinois sur la grande vitesse porte sur 500 milliards de dollars [près de 375 milliards d’euros] sur dix ans. Les concurrents sur le marché international seront les Chinois, mais aussi les Coréens et plus tard les Indiens. Notre valeur ajoutée, en France et en Europe, réside dans l’innovation, dans les systèmes, dans les trains communicants, dans les mobiles communicants à la fois pour les agents, la maintenance en autodiagnostic par exemple, et pour les clients. ?? 

L’idée, c’est de réunir tous les partenaires de la filière pour dire que l’équipe de France peut faire mieux à l’export. Maintenant, passage à l’acte! On chasse en meute.

Guillaume Pepy, PDG de la SNCF

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