"Notre problème de coût du travail, c’est les 35 heures"

Pour Guy Mamou Mani, président du Syntec Numérique, directeur Général du Groupe Open, le problème de coût du travail et de compétitivité des entreprises de services informatique et d’ingénierie réside principalement les 35 heures.

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L'Usine Nouvelle - L’industrie numérique a-t-elle aussi un problème de coût de travail ?
Guy Mamou Mani - Bien sûr que l’on a aussi un problème de coût du travail dans nos entreprises. Et dans nos métiers on parle de centaines de milliers d’emplois. En France, une entreprise de services et d’ingénierie informatiques va faire entre 6 et 8 % de résultat d’exploitation. Une même entreprise aux États-Unis va faire le double. Prenez la même en Inde, elle va faire entre 20 et 25 % de résultat d’exploitation.

Que pensez-vous qu’il va advenir de nos services informatiques et de notre R&D en France ? Dans les 10 à 20 ans qui viennent, cela paraît évident, les entreprises indiennes vont venir racheter les entreprises françaises. Et ce qui commence à arriver, ce sont des entreprises françaises, cherchant une compétitivité qu’elles ne trouvent plus en France à cause du coût du travail, qui commencent à délocaliser. C’est pour cela que l’on voit Capgemini, qui a plus de salariés en Inde qu’en France. Et cela, c’est un vrai risque.

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Demandez-vous un allègement de charges ?
Je ne vais pas jusqu’à demander un allègement du coût du travail. Mais, je pose la question, car nous sommes dans un jeu à somme nulle. Qui paye les 22 milliards dépensés chaque année pour les 35 heures, qui ont été un quasi-assassinat de nos entreprises ? Forcément ceux qui n’en bénéficient pas. Donc c’est nous. Or c’est nous qui créons des emplois. Et c’est nous qui pouvons donner la compétitivité à toute l’industrie. Même s’il faut reconnaître que le crédit impôt recherche a un peu amorti les dégâts.

Il s’agit donc de revenir sur les 35 heures ?
D’abord il faut séparer le problème des 35 heures dans des entreprises qui ont réussi à les digérer en annualisant le coût du travail et en le flexibilisant, et des entreprises comme les nôtres, qui travaillent sur les RTT. Avec cette loi, nous n’avons eu aucune aide, aucun allègement, en revanche, nous avons perdu douze jours de facturation par an ! Une société comme Groupe Open perd 50 % de son résultat à cause des RTT. On n’a rien pu linéariser. On n’a rien pu flexibiliser, puisque l’on facture à la journée. Et les augmentations sont extrêmement limitées, puisque l’on arrive à des 4 ou 5 % de résultats d’exploitation, donc 1 à 2 % de résultats nets.

Mais lorsque j’expliquais notre cas à monsieur Volot, alors médiateur de la sous-traitance, forcément, il trouvait que c’était mieux que l’industrie. C’est le problème. On nous compare à une industrie moribonde. Non ! Il faut nous comparer à nos homologues américains, indiens, dans une mondialisation qui se développe, et où on est à 2 ou 4 fois plus de résultats. Or aujourd’hui, nous avons besoin d’une industrie du numérique forte, rentable, qui paye bien ses collaborateurs. Pour d’une part développer des entreprises numériques natives. Et d’autre part permettre à tout le reste de l’industrie de devenir performante.

Propos recueillis par Thibaut de Jaeger et Aurélie Barbaux

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