"Notre industrie a un problème", selon Abdelhamid Souiri, président de la métallurgie du Maroc

L’industrie au Maroc perd en moyenne 24 000 emplois par an depuis 2009, selon le HCP, alors qu’elle est au centre de tous les espoirs de développement du pays depuis le lancement du plan Émergence en 2009. Abdelhamid Souiri, président de la fédération des Industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) et par ailleurs PDG de la société casablancaise Tube & Profil explique à "L'Usine Nouvelle" les difficultés rencontrées par son secteur. Il explique aussi comment il participe à la définition du futur "contrat programme" des industries mécaniques et métallurgiques avec le gouvernement.

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Abdelhamid Souiri, président de la FIMME et PDG de Tube & Profil

L'Usine Nouvelle : Selon la dernière enquête d'opinion de Bank Al-Maghrib, la banque centrale marocaine, auprès des industriels, la production des industries mécaniques et métallurgiques a reculé en juillet, selon 61% des sondés. Pourquoi le secteur industriel est-il actuellement en difficulté ?

Abdelhamid Souiri : Le taux de croissance général du PIB a été revu à la hausse de 4,4% à 4,8% pour l’année 2013, par le ministère des Finances. J’espère que ce contexte va redonner confiance aux industriels. Aujourd’hui, on peut dire qu’il y a un problème dans l’industrie. Sa part dans le PIB a même tendance à baisser. Les raisons sont multiples. En 2008, la crise européenne nous a impacté avec un décalage dans le temps. Les entrepreneurs manquent également de visibilité politique à court terme puisque le nouveau gouvernement d'Abdellilah Benkirane n’a toujours pas été formé [après le départ en juillet du parti Istiqlal de la majorité gouvernementale NDLR].

Des difficultés structurelles touchent également l’industrie. Tous les secteurs sont-ils affectés de la même façon ?

La sidérurgie enregistre les problèmes les plus graves. Les produits marocains ne sont pas compétitifs par rapport aux importations de ronds à béton et des fils machines, notamment [en avril, le ministère du Commerce extérieur a décidé de taxer d'un droit additionnel spécifique les importations de ces deux produits à la demande de l’Association des sidérurgistes du Maroc, NDLR]. Maghreb Steel, qui est la seule entreprise marocaine à produire des aciers plats,est en grande difficulté. Une enquête a été ouverte par le ministère pour savoir s’il y a eu dumping de la part d’exportateurs étrangers. Mais heureusement, au Maroc les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, de l’offshoring et des énergies renouvelables sont, eux, en bien meilleure situation.

Pourquoi la sidérurgie, la métallurgie et la mécanique sont-ils les secteurs en souffrance au sein de l’industrie ?

Nos coûts de revient dans ce secteur sont trop élevés. Si la conjoncture est bonne, les industriels marocains parviennent à vendre leurs produits, mais lorsqu’elle est moins porteuse, les acheteurs rechignent sur les prix et vont voir ailleurs. Aujourd’hui, nous avons pris beaucoup de retard par rapport aux industriels étrangers. Ce sont eux qui remportent les grands marchés publics. Je pense qu’il aurait fallu lancer le contrat-programme des industries mécaniques et métallurgiques avant le lancement du Plan Émergence [Le Plan Émergence a débuté en 2009 mais les industries métallurgiques et mécaniques n’y ont été intégrées qu’en février 2013, NDLR]. Il fallait mettre à niveau l’industrie marocaine en amont, pour la préparer au Plan Émergence.

"Nous demandons que 30 à 40% des marchés publics bénéficient directement aux entreprises marocaines"

Le "contrat programme" pour l’industrie métallurgique et mécanique doit être signé d’ici la fin de l’année. Quelles en seront les grandes lignes ?

Nous avons participé à la définition du contrat-programme avec le gouvernement et le cabinet de conseil Valyans Consulting. Notre objectif est d’atteindre 70 milliards de dirhams de chiffre d’affaires (6,2 milliards d'euros) contre 54/60 milliards aujourd’hui d’ici 4 ou 5 ans. On vise également 31 milliards de dirhams (2,7 milliards d'euros) d’exportation et 18 milliards d’investissements (1,6 milliard d'euros). En parallèle, le nombre d’emplois dans le secteur doit passer de 47 000 à 75 000. Des filières à développer sont définies comme la construction navale, la fonderie ou les énergies renouvelables. L’État doit prendre des mesures dans la logistique, par exemple, par l’ouverture de nouvelles liaisons maritimes vers l’Afrique subsaharienne afin de faciliter les exportations, mais aussi baisser les taxes portuaires. Nous devons également transformer nous même la ferraille en matière première. Aujourd’hui, le Maroc exporte ses déchets de ferraille et les industriels réimportent de l'acier!

Pensez-vous que les industriels de la métallurgique et de la mécanique seront capables, au terme de la réalisation du contrat programme, de résister à la concurrence étrangère ?

C’est l’objectif et pour cela il faut également insister sur l’intégration industrielle. Notre secteur est un secteur de sous-traitance. Aujourd’hui, qui est le premier investisseur ? C’est l’État. L’OCP (Office chérifien des phosphates NDLR) donne ses marchés à de grandes multinationales qui sous-traitent à des sociétés turques, portugaises ou marocaines. Nous demandons que 30 à 40% des marchés publics bénéficient directement aux entreprises marocaines. C’est malheureux de voir que l’usine de Renault Tanger a été construite par une société portugaise alors qu’il y a au Maroc des sociétés tout à fait capables de la faire. Il ne faut plus vivre ce que l’on a vécu avec l’automobile : on regarde et on ramasse les miettes.


Propos recueillis par Julie Chaudier à Casablanca

Un secteur omniprésent
Les  Industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (IMME) sont représentées au Maroc par près de 1600 entreprises. Elles réalisent plus de 50 milliards de dirhams (4,4 milliards d'euros) de chiffre d’affaires. Elles couvrent des activités aussi diversifiées que la sidérurgie, la fonderie, le traitement des métaux, la chaudronnerie, la  tuyauterie, les machines ou le matériel de levage et de manutention. Elles participent entre autres à la conception et à la réalisation des infrastructures routières, des unités industrielles et des projets dans le BTP et l’énergie.

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