Economie

Notat, exemplaire jusqu'au bout

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Le dauphin de Nicole Notat mérite d'avoir en face de lui des interlocuteurs ayant le réalisme, le courage de leurs convictions et autant d'esprit d'ouverture que l'ex-leader de la CFDT.

Dix ans après sa prise de pouvoir mouvementée, Nicole Notat passe le flambeau de la direction de la CFDT. De sa propre initiative. Et rien ne l'y contraint : ses opposants internes ont été réduits au silence ou ont préféré quitter la centrale syndicale - ce qui n'empêche pas celle-ci d'afficher un record historique d'adhérents (860 000). Nicole Notat est, entre-temps, incontestablement devenue le personnage central du syndicalisme français, et le plus admiré. Sa stratégie et ses positions sont plus que jamais d'actualité, avec un gouvernement Raffarin décidé à œuvrer au renouveau d'un dialogue social libéré de la tutelle étouffante du politique.

Peu de dirigeants - politiques, managers, syndicalistes - savent ainsi abandonner volontairement les feux de la rampe et les délices du pouvoir alors qu'ils sont en pleine possession de leurs moyens. Nicole Notat force ainsi à nouveau notre admiration. Comme en décembre 1995, quand elle faisait front à la haine et au machisme violent de manifestants qui lui reprochaient son soutien aux réformes du plan Juppé, qui, déjà, s'inspiraient de ses positions. Comme lorsqu'elle luttait pour éloigner la CFDT d'un syndicalisme fort en revendications utopistes au profit d'un dialogue constructif mais sans concessions avec l'ancien «adversaire » patronal. Comme lorsqu'elle résistait à Lionel Jospin etMartine Aubry qui reprenaient les idées de la CFDT, mais voulaient imposer la primauté du politique sur les représentants de la société civile, y compris sur le terrain social, au mépris des premiers intéressés.

Alors que de nombreux dirigeants d'entreprise, notamment de PME, restent plus que méfiants à l'égard du monde syndical, dans une France empreinte d'une culture de lutte de classes et de défense des avantages acquis et autres privilèges catégoriels, à l'image d'un Marc Blondel à Force ouvrière, la réussite de Nicole Notat et de sa CFDT (seul syndicat où les adhérents du privé sont plus nombreux que ceux du secteur public) conduit à s'interroger.

Le renouveau du dialogue social ne passe-t-il pas par des partenaires sociaux représentatifs et plus forts qu'ils ne le sont aujourd'hui, notamment au niveau syndical ? Comme elle le disait elle-même, Nicole Notat n'avait pas peur du «changement » et travaillait en acceptant de partir du monde tel qu'il est et non tel qu'il devrait être. Le nouveau patron de la CFDT qu'elle a adoubé, François Chérèque, mérite d'avoir en face de lui des interlocuteurs qui ont le même réalisme, le courage de leurs convictions et fassent preuve d'autant d'esprit d'ouverture constructive que celle qu'on avait surnommé la Tsarine. La période qui s'ouvre devrait y être favorable puisque même la CGT de Bernard Thibault s'efforce, certes avec retard et pas à tous les niveaux, d'adopter une ligne plus réaliste que par le passé.

Jean-Léon VANDOORNE

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