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Not in my (Latin American) backyard

Guillaume Pitron , , , ,

Publié le

Analyse L'Europe renforce année après année ses relations commerciales avec l'Amérique latine, avec pour objectif de diversifier ses approvisionnements. Les pays sudaméricains, eux, renforcent leurs exigences environnementales, au point de succomber un jour au très européen syndrome Nimby, "not in my backyard" (pas dans mon jardin).

Not in my (Latin American) backyard
La mine de cuivre de Toquepala au Pérou.
© Nasa

Il y a quelques jours se tenait, à Madrid, la cinquième session d'un dialogue annuel entre l'Europe et l'Amérique latine relatif au secteur minier. Cet "EU-Latin America Dialogue on Raw Materials" revêt une grande importance. Cuivre, argent, molybdène, zinc, or, étain... Le potentiel minier du Pérou, de l'Argentine, du Chili, du Brésil ou encore de la Colombie est considérable. Et plus particulièrement les réserves de métaux "stratégiques" pour les industries des pays membres de l'Union. Ainsi, le Brésil est le premier producteur mondial de niobium et de tantale. Et comment ne pas penser au lithium, dont la première zone d'extraction mondiale s'étend dans les salars argentins, chiliens et boliviens ?

Des ressources critiques qui ne disent pas leur nom

Depuis 2014, la Commission européenne pose les jalons d'une politique d'importation de ces métaux depuis l'Amérique latine. Avec l'espoir de se sevrer de la Chine, qui détient le monopole de la production de plusieurs d'entre eux, au profit de partenaires culturellement proches, politiquement stables et commercialement fiables.

Pour développer ces partenariats, Bruxelles s'impose un code de conduite: ne jamais parler ouvertement de l'accès aux ressources "critiques" latino-américaines afin de ne pas laisser flotter l'impression que le continent serait un nouveau terrain de chasse. Pour stimuler le secteur minier latino-américain – et espérer, à terme, en tirer profit - l'Europe met d'abord en avant son vaste éventail de technologies minières, offre l'accès à des plateformes numériques d'échange d'informations et développe une ambitieuse diplomatie scientifique.

L'acceptabilité de la mine en déclin

Mais une réalité saute aux yeux lorsque l'on écoute les représentants du secteur minier latino-américain : de leur propre aveu, leurs gouvernements font face à des tensions sociales considérables au moment d'ouvrir une mine. Du Mexique au Chili, de la Colombie au Pérou, l’opposition des communautés locales a gagné du terrain ces dernières années. Exemple avec la mine d’or et d’argent de Pascua-Lama, opérée par le groupe canadien Barrick Gold au nord de Santiago du Chili : l’extraction implique de faire disparaître le glacier qui recouvre le trésor – une perspective insupportable pour les populations riveraines, qui a contraint Barrick Gold à suspendre ses activités en 2013. Comme l'affirme une intervenante, en Amérique latine, "le secteur minier est comme un éléphant dans un magasin de cristal".

Alors surgissent dans les échanges les mots "mine responsable" et "développement durable". Par conviction? Peut-être. Mais aussi parce que comme en Europe, pas un gramme de minerai ne peut s'extraire outre-Atlantique sans prendre en compte des standards écologiques de plus en plus stricts. Cette constatation questionne, très prosaïquement, la capacité même de l'Amérique latine à fournir à l'Europe les métaux critiques dont cette dernière a besoin.

Que faire si l'abondance géologique des ressources se heurte à une rareté industrielle, faute d'infrastructures minières, d'usines de raffinage, de centrales électriques et de rubans d'asphalte dont l'opinion ne veut pas ? Aussi, comme le reconnaît un expert sud-américain, "le problème n'est pas la demande, c'est l'offre". Ce n'est pas l'absence de marché qui fait obstacle au dynamisme minier latino-américain et à la sécurité des approvisionnements de l'Europe, mais le fait que, faute de consensus social, ses acteurs pourraient de ne pas être capables d'y entrer.

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