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L'Usine Matières premières

Nos vieux papiers valent de l'or

Olivier James

Publié le

Enquête De vulgaires déchets, les papiers usés se sont peu à peu transformés en matières convoitées dans le monde entier. Conséquence directe : la crainte des papetiers européens face aux risques de pénurie.

Nos vieux papiers valent de l'or © CC Stephan

Vous ne jetterez plus jamais vos vieux papiers comme avant... Cette matière usée a pris une valeur inattendue en quelques mois. Elle est devenue une denrée rare. Alors que le taux de récupération de ce matériau en Europe est passé de 40 % à plus de 72 % en vingt ans, jamais l'approvisionnement n'a semblé aussi difficile.

Les industriels peinent à mettre la main sur les papiers et les cartons recyclés. "Au point que certaines usines tournent au ralenti", assure Noël Mangin, le délégué général de Procelpac, le groupement français des fabricants de matériaux d'emballage à base de cellulose, qui prend la menace très au sérieux. "Les prix augmentent, la matière se raréfie", confirme Stéphane Thiollier, le président du fabricant de papier recyclé Careo. En six ans, le prix de la tonne d'ondulé récupéré est passé de 45 à 151 euros. Celui de la tonne de magazines et journaux de 48 à 127 euros.

Chine, client majeur

Les 60 millions de tonnes collectées, triées et valorisées chaque année ne suffisent plus à répondre à l'appétit des industriels européens. Cette masse considérable a très vite fait des envieux hors des frontières du Vieux Continent. Le marché des papiers usés s'est mondialisé et le plus gros consommateur mondial de matières en tous genres, la Chine, s'est positionné comme client.

"Nos difficultés d'approvisionnement s'expliquent avant tout par la soif inextinguible de ce pays pour toutes les matières premières et le papier en particulier", analyse un administrateur de Revipap, le groupement français des papetiers utilisateurs de papiers recyclables. De 2000 à 2009, les importations chinoises de papiers et de cartons recyclés sont passées de 3,7 à 27,5 millions de tonnes. Soit une croissance annuelle de 30 %. Ces importations pourraient atteindre les 35 millions de tonnes dès 2014.

Quant aux exportations de l'Europe vers la Chine, elles ont explosé dès 2003, comme pour aucune autre région, passant de 4,8 à 13,2 millions de tonnes en 2009. Pourquoi une telle avidité ? "De très nombreuses capacités de production ont été ouvertes en Chine ces dernières années. Et les gisements en bois et en papiers et cartons recyclés y sont faibles", précise Bernard Lombard, le directeur commerce et compétitivité à la Confédération européenne des industries du papier.

Les recycleurs mis en cause

La Chine (demain l'Inde) attire à elle les papiers recyclés et plus encore les cartons. Elle remplit les conteneurs de bateaux qui, auparavant, revenaient à vide vers ses ports. Cette matière collectée sert à produire les emballages qui empaquetteront les produits made in China expédiés en Europe et dans le reste du monde. La Chine donne le "la"dans le secteur et impose son rythme, au gré de ses besoins parfois imprévisibles.

Les prix "tendent à dépendre de ceux pratiqués dans les ports chinois", résume un document du Bureau international du recyclage. Entre 2001 et 2010, les prix des papiers et cartons européens à l'export ont doublé. Seule la période comprise entre fin 2008 et début 2010, au plus fort de la crise, aura vu les prix reculer. La hausse est repartie. Quels que soient les types de papiers, leurs prix sont déjà supérieurs à leur niveau d'avant la crise.

Conséquence de la pénurie et des prix à la hausse : les relations entre les acteurs de la filière se tendent. D'un côté les collecteurs et les recycleurs mettant à disposition la ressource. De l'autre, les industriels, papetiers et cartonniers, qui alimentent en matière recyclée une partie de leurs usines. Entre eux, le baromètre n'est plus au beau fixe.

"NOus nous sommes tier-mondisés"

Récemment, le dirigeant d'un papetier implanté en France a fait connaître ses reproches concernant la responsabilité des recycleurs dans cette fuite des papiers. "Cela a déclenché les foudres des professionnels, témoigne-t-il de manière anonyme. J'ai reçu des menaces de rétorsion si je continuais à parler." Son discours est pourtant au diapason du reste de sa profession. "La France devient un pays du tiers-monde. Elle récupère une matière première et l'exporte, créant de la valeur ajoutée en dehors du territoire européen, assène un administrateur de Revipap sans craindre la caricature. Nous nous sommes "tiers-mondisés."

Directeur général d'ArcelorMittal France et président de l'Union des industries du recyclage, Hervé Bourrier s'inquiète de la fuite des matières recyclées hors des frontières européennes. "Les produits recyclés représentent une ressource qui doit devenir un avantage concurrentiel pour les pays développés ayant investi dans les infrastructures de collecte et pour les industries de transformation valorisant ces matériaux localement et durablement " explique-t-il.

Lobbying des papetiers

Les trois grands recycleurs Paprec, Sita et Veolia confirment exporter une partie de leurs produits en Chine et en Asie. Mais réfutent leur responsabilité dans la situation de pénurie décrite par les papetiers. "La Chine sert de bouc émissaire. Nous exportons ce que les papetiers ne nous prennent pas, s'insurge Bernard Rothé, le directeur général de Sita Négoce. Et vendons au plus offrant, au prix du marché."

Les recycleurs mettent en avant l'intérêt du débouché qu'offre la demande chinoise, alors que la consommation de papiers et de cartons recyclés en Europe tend à stagner. "Nous n'avons pas exporté de papiers recyclés vers la Chine en 2010 et seulement 30 % de notre carton", tempère William Lebec, le directeur général chargé du commerce chez le recycleur Paprec.

Les papetiers s'activent. La filière et d'autres secteurs ont entrepris des actions de lobbying auprès de la Commission européenne. "Une réflexion doit être engagée à l'échelle européenne", souhaite Noël Mangin de Procelpac. Il faut trouver un mécanisme pour éviter la mise en péril de notre industrie par des tensions trop fortes d'approvisionnement. "À l'échelle locale, des actions sont entreprises. Nous sommes entrés en contact avec des collectivités pour établir des garanties de reprise", affirme le dirigeant d'un papetier implanté en France. Pour une concertation entre recycleurs et papetiers, il va falloir attendre...

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