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Nos robots sont nos emplois

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Publié le

en couverture Les entreprises françaises ont trop longtemps boudé les robots. Ils permettent pourtant de lutter contre la délocalisation. Des aides de l’État arrivent à point nommé pour encourager la robotisation.

Nos robots sont nos emplois
Le programme Robot Start PME du plan France robots initiatives doit soutenir 250 PME dans la mise en place de leur premier robot.

Les chiffres sont cruels. 167 000 robots fonctionnent en Allemagne, près de 100 000 en Italie et… 37 000 seulement en France. Le secteur le plus robotisé reste l’industrie automobile. Là encore, le fossé avec nos voisins est abyssal. Chaque année, l’industrie allemande s’équipe de 7 000 à 10 000 robots par an contre 1 500 à 2 000 dans notre pays. Autre écart, le nombre de robots installés pour 10 000 salariés de l’industrie manufacturière : 273 robots en Allemagne, 160 en Italie et 124 en France. Et ne parlons pas des PME… "Cette situation s’explique par plusieurs raisons, analyse Jean-Hugues Ripoteau, le président du groupe Robotique au Symop, le syndicat des machines et technologies de production. D’abord, l’héritage psychologique, quand on associait robot et suppression d’emplois. Ensuite, le coût des robots, mais aussi la difficulté à recruter des ingénieurs spécialisés – c’est pourquoi nous concevons aujourd’hui des robots dont l’installation ne nécessite pas forcément la présence d’ingénieurs. Enfin, il faut pouvoir remettre en question les process de fabrication."

Les choses commencent malgré tout à changer. Il était temps. L’Italie a profité, entre 2005 et 2008, de mesures de défiscalisation incitant à l’investissement dans des robots. Les Allemands, eux, ne se sont jamais reposés sur leurs lauriers. L’industrie 4.0 est une question largement débattue outre-Rhin, les fonds publics d’aides sont beaucoup plus importants qu’en France et la mutation est déjà en route. Dans l’Hexagone, le mot robot n’est plus tabou et les investissements frémissent. L’État a pris le taureau par les cornes. Les ministères du Redressement productif et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche assurent eux-mêmes la promotion de la robotisation avec le plan France Robots Initiatives.

Relocalisation

Pendant des années, le Symop avait prêché dans le désert. Finalement, son initiative intitulée "Robotcaliser : robotiser pour ne pas délocaliser" a aidé à lancer Robot Start PME, un programme de France Robots Initiatives. Il vise à soutenir 250 PME dans la mise en place de leur premier robot, avec une subvention correspondant à 10% de l’investissement, mais surtout en apportant du conseil. Différent, le projet Capme’up, fruit de l’alliance de trois instituts Carnot, le Cetim, le CEA List et IFP Énergies nouvelles, propose de guider les PME dans leurs démarches de faisabilité. "Nous sommes en phase amont, précise Cyril Jacquelin, ingénieur du pôle Innovation, conception et simulation du Cetim, le Centre technique des industries mécaniques. Nous aidons les entreprises à réaliser le cahier des charges, à lever les verrous, nous réalisons des démonstrateurs." Les prestations sont facturées, mais les entreprises bénéficient de l’expertise des centres qu’ils ont pu acquérir avec l’aide de subventions.

Les robots eux-mêmes se sont améliorés et leurs prix ont diminué. Une cellule simple pour charger et décharger des pièces coûte environ 30 000 euros. La programmation s’est beaucoup simplifiée et n’est plus réservée à des spécialistes. Facilement reprogrammables, les robots ne sont plus cantonnés à répéter la même action des semaines durant. Ils sont également capables de faire plus que remplacer uniquement une action humaine, à condition de remettre à plat l’ensemble des processus de fabrication : les machines, le contrôle, les robots… "En France, on ne se concentre pas assez sur l’outil de production, regrette Jean-Camille Uring, le président du Symop. La production est considérée comme un mal nécessaire. Depuis vingt ans, la compétitivité des industries françaises a baissé. Sur le long terme, la restauration de la compétitivité hors coûts et, notamment, de la performance de l’outil industriel, est indispensable. Car, même avec une réduction des charges sociales, les salaires français resteront supérieurs aux salaires chinois."

Avant même la réelle mise en place des plans d’aide à la robotisation, le marché français envoie des signes positifs. Selon Jean-Hugues Ripoteau, "2013 devrait être une assez bonne année". Une tendance confirmée par Stäubli, qui fabrique ses robots à Faverges (Haute-Savoie). Les plans d’aide arrivent sur un terreau favorable. Nous sommes en train de passer du "robot = destruction d’emplois" au "robot = relocalisation". "Grâce aux robots, poursuit Jean-Hugues Ripoteau, il est possible de produire en France avec un très haut niveau de qualité, à un coût réel de l’ordre de celui de la Chine, qui connaît de forts taux de rebuts et subit un turnover du personnel très important."

Grâce aux robots, il est possible de produire en France avec un très haut niveau de qualité et à un coût réel de l’ordre de celui de la Chine.

Jean-Hugues Ripoteau, président du groupe Robotique au Symop

Des interfaces de plus en plus intelligentes

La france à la traîne

Les industriels français achètent beaucoup moins de robots que leurs voisins allemands et italiens. La situation n’est pas nouvelle et les écarts sur les parcs installés sont également très importants. Moins de 34 000 en France, contre plus de 60 000 en Italie et presque 162 000 en Allemagne. Quant à l’Espagne, elle frôle les 29 000 robots en fonctionnement.

Source : International Federation of Robotics (IFR).

 

En outre, un outil de production moderne et performant renvoie une image positive de l’entreprise. "Un de mes clients a même placé son robot à l’entrée de l’usine, derrière une vitrine, et s’arrange toujours pour faire passer ses visiteurs devant", raconte Jacques Dupenloup, le responsable des ventes France de Stäubli. "On constate une prise de conscience de la part des PME, confirme Cyril Jacquelin. Les entreprises sont de plus en plus demandeuses et la question des troubles musculo-squelettiques est souvent évoquée."

Dernier verrou à faire sauter : le manque de personnel formé. Pour réussir l’installation d’une cellule robotisée, la formation est très importante. "Il faut prendre en compte la gestion des compétences et impliquer les opérateurs", souligne Cyril Jacquelin. Il faut intégrer ces opérateurs en amont, car ils ne doivent ne pas se sentir rejetés. Avec leur connaissance des métiers, ils peuvent apporter des idées concrètes qui rendent le robot plus efficace. Leur formation dépassera le seul apprentissage de la programmation du robot afin de réaliser d’autres tâches plus valorisantes pour eux et pour l’entreprise. "Des formations s’ouvrent en France, alors qu’il n’y en avait pas jusqu’ici, se réjouit Jacques Dupenloup. On voit apparaître des sections robotiques au sein des écoles et des licences robotiques dans des universités. Sur les salons, les exposants de robots attirent les jeunes." Des jeunes qui pourront se former à Villeurbanne, Nogent-sur-Oise, Strasbourg, Metz, Amiens, Béthune… Ils travailleront sur des robots plus séduisants grâce à la convergence entre les technologies utilisées dans les robots de services et dans les robots industriels.

Les interfaces de type smartphone vont arriver dans la robotique ainsi que les systèmes intelligents et de reconnaissance de formes. Actuellement trop coûteux, ils vont bénéficier de l’effet de volume des robots de service. Kinect, le système de reconnaissance du mouvement de la console de jeu de Microsoft, est un bon exemple, de même que les centrales inertielles. "Il y a quinze ans, nous utilisions la centrale inertielle d’un hélicoptère de combat qui coûtait plusieurs milliers d’euros, explique Guy Caverot, le directeur innovation chez le constructeur de chariots à guidage automatique BA Systèmes. Aujourd’hui, celle d’un smartphone revient à une quinzaine d’euros."

La voie s’ouvre pour les cobots, ces robots coopératifs qui assisteront l’homme. BA Systèmes a déjà commencé à placer sur ses chariots des bras robotisés pour leur apporter de la mobilité. Il travaille également sur les interfaces homme-machine avec l’aide d’anthropologues et de psychosociologues. Demain, les robots industriels s’intégreront parfaitement dans l’usine. 

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