ETATRéforme impossible ?

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Réforme impossible ?



Ouvrant lundi le colloque " e-administration, e-gouvernement : au service de la société de demain ", Laurent Fabius, a centré son intervention autour de cette idée-force : " L'Etat ne peut pas rester à l'écart du mouvement qui anime la société. " Malheureusement, l'esprit de réforme dont se réclame le ministre de l'Economie et des Finances semble souffler moins fort que la rue, arme absolue des différentes catégories de personnel de l'Etat. Les gendarmes - même les gendarmes, aurait dit Brassens - ont testé l'efficacité de la méthode en contraignant leur ministre de tutelle à accepter en trois jours de manifestations des revendications ignorées depuis des années. La montée des corporatismes est logique dans une période préélectorale. Mais la crise qui secoue l'Etat, touchant ses domaines de prédilection - la sécurité, la justice, l'enseignement, le système de santé - est d'autant plus choquante que les politiques se sont évertués, ces dernières années, à décider de tout à la place de la " société civile ". Au nom du primat du politique, le gouvernement n'a cessé de court- circuiter les partenaires sociaux, d'imposer des réglementations, comme les trente-cinq heures, d'intervenir à chaque dossier sensible, comme Lu, qui a donné naissance à la fameuse loi de modernisation sociale, ou Moulinex. Pendant qu'il donnait des leçons aux entreprises sur la manière de conduire le dialogue social, que faisait le gouvernement pour les infirmières, les policiers, les gendarmes, les juges, autant de catégories de la fonction publique qui ont occupé le pavé cet automne ? Alors que plus de 7 millions de salariés du secteur privé sont d'ores et déjà passés aux trente-cinq heures, les négociations sur la réduction du temps de travail des fonctionnaires n'ont fait que mettre en évidence la mauvaise gestion des ressources humaines dans le secteur public, et même leur imprévoyance. La grogne sociale de la fonction publique risque d'être attisée par les récents conflits qui ont vu le gouvernement céder aux manifestants. Les entreprises, qui ont souvent lié réduction et aménagement du temps de travail et modération salariale, peuvent légitimement s'inquiéter de cette poussée de fièvre, au moment où l'économie traverse une mauvaise passe. Certes, le gouvernement actuel n'est pas le seul responsable de la crise de l'Etat et de son incapacité à se réformer, à adapter ses structures. Pour ne reprendre que l'exemple de la gendarmerie, dont les brigades recoupent les 2 600 cantons de l'Hexagone, un projet de nouvelle répartition géographique des effectifs a été mis en veilleuse en 1998, sous la pression des élus locaux concernés. La mauvaise allocation des deniers publics, l'absence de culture manageriale dans l'Administration, que ce soit pour répondre aux besoins de ses " clients ", gérer les projets, mesurer les performances ou innover, ne sont pas non plus nouvelles. Depuis deux ou trois décennies, l'écart entre un Etat conservateur et un monde économique compétitif et ouvert sur l'extérieur a été payé par la montée en flèche des impôts et des charges sociales. Malgré cela, l'économie française tourne bien. C'est ce que le magazine économique américain " Fortune " nomme, dans son dernier numéro, le " paradoxe français ", tout en qualifiant l'exercice d'" équilibrisme ". Effectivement, il n'est pas sûr que l'on puisse continuer longtemps ainsi.

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