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"Nos frontières avec la Chine sont ouvertes à 99,3%"

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Entretien Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, défend une relation commerciale ferme avec la Chine et tacle la tentation de l’Allemagne de vouloir priver l’Europe de sa principale force : l’unité. 

Nos frontières avec la Chine sont ouvertes à 99,3%

Une fronde de 18 pays européens s’est levée contre la taxe visant les panneaux solaires chinois. L’Europe peut-elle être ferme face à la Chine ?

Il y a, dans ces cas-là, une consultation des États membres, mais en la matière c’est la Commission qui décide. Les services de Karel de Gucht [le commissaire européen au Commerce, ndlr] ont réalisé une enquête approfondie et étayée, qui conclut à l’existence de pratiques déloyales et à la nécessité d’instaurer des droits de douanes. Le gouvernement français soutient la Commission, dès lors qu’elle s’attache à faire respecter la loyauté de la concurrence dans le but de défendre notre industrie et nos emplois. Cela est vrai dans le solaire comme, éventuellement, dans les télécoms.

Quels sont vos moyens d’actions ?

Il faut convaincre. J’ai plaidé, lors du Conseil des ministres de l’industrie, auprès de mes collègues européens, pour que nous ne soyons pas la passoire de la mondialisation déloyale. Les mesures contre le dumping ne concernent que 0,7% de nos échanges avec la Chine. À ceux qui craignent la fermeture des frontières, je réponds qu’elles sont ouvertes à 99,3%, ce qui fait de l’Union européenne la zone la plus ouverte du monde. Les Américains ne s’embarrassent pas. Ils prennent des mesures de protection. Puis ils discutent, d’égal à égal.

En recevant le Premier ministre chinois, Angela Merkel a coupé l’herbe sous le pied de la Commission. Est-ce un camouflet pour l’Union ?

Nul camouflet. Chaque pays peut exprimer sa position ; ensuite, il y a un processus de décision européen. J’en ai parlé à Philip Rösler, le vice-chancelier allemand, pour lui faire valoir l’importance de privilégier la cohésion européenne dans notre politique commerciale. Pour la Chine, l’Europe, c’est 500 millions d’habitants, le premier marché, le plus solvable au monde. C’est une force pour l’Europe dès lors que chacun des États membres joue l’union et la solidarité pour affirmer ensemble nos intérêts économiques. Dans le photovoltaïque, l’industrie allemande a perdu beaucoup d’emplois, les industries française, italienne, espagnole, aussi.

Le BDI, l’organisation du patronat allemand, s’est exprimé contre les taxes sur les panneaux. On n’a pas entendu grand monde au sein du patronat français dans un sens ou dans l’autre. Vous sentez-vous soutenu ?

Ce sont des industriels allemands et français qui ont déposé la plainte sur les panneaux. Ensuite, le BDI dit ce qu’il a à dire. C’est sa position, pas la nôtre. Si le patronat français ne s’est pas exprimé en tant que tel, c’est normal car c’est à nous de le faire. Pourquoi ? Parce que, eux, ont des intérêts en Chine.

Justement, en protégeant un petit secteur, qui est déjà à terre, ne met-on pas en péril une création de valeur plus globale dans le solaire et dans d’autres filières ?

Le vice-chancelier allemand m’a dit : "Nous, nous souhaitons la négociation." Je lui ai répondu : "Nous aussi, mais une négociation commence par l’expression de positions fermes."  

Y a-t-il un enjeu symbolique de cette taxe sur les panneaux ?

Non, ce n’est pas symbolique, c’est très concret. On raisonne malheureusement comme une juxtaposition d’États-nations, on pense donc qu’on est faible face aux États-continents, mais en réalité on est plus fort qu’eux ensemble. La France plus l’Allemagne, c’est 90% du PIB chinois.

Quels sont les arguments des pays qui ne sont pas sur votre ligne ?

Il y a une part d’habitus. L’Union européenne s’est construite il y a soixante ans sur des règles qui visaient à réguler une concurrence alors largement régionale et qui doivent s’adapter dans un monde où la concurrence s’est mondialisée. 

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