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"Nos frontières avec la Chine sont ouvertes à 99,3 %", affirme Arnaud Montebourg

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Entretien Suite au refus de 18 pays européens d’imposer une taxe anti-dumping sur les panneaux solaires chinois, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif défend une relation commerciale ferme avec la Chine. Il tacle les libre-échangistes idéologues et la tentation de l’Allemagne de vouloir gérer une relation bi-latérale qui entame le principal atout européen dans cette épreuve : son unité.

Nos frontières avec la Chine sont ouvertes à 99,3 %, affirme Arnaud Montebourg © Pascal Guittet pour L'Usine Nouvelle

L’Usine Nouvelle - La Commission européenne est très déterminée sur des procédures contre les importations chinoises. Le commissaire au commerce Karel de Gucht est-il désormais votre nouvel ami ?

Arnaud Montebourg - Ce ne sont pas des questions de personnes, ce sont des sujets de politique macro-économique et de respect des règles du commerce mondial ! Il faut regarder les choses en face : l’Europe a 123 milliards de déficit commercial avec la Chine. L’Allemagne 10 milliards, la France 19 milliards. La parité yuan/euro nous est défavorable et le dumping n’est pas une pratique acceptable dans le commerce mondial. Il nous appartient de faire respecter ces règles pour assurer une mondialisation équitable fondée sur la réciprocité, l’équilibre des changes, et qui garantisse le respect de normes sociales et environnementales.

Un grand nombre de ces questions doit être réglé par la société chinoise ?

Elles provoquent un déséquilibre dans la compétition mondiale, donc cela nous concerne. Nous avons une responsabilité à agir. Quand Mittal demande des droits de douanes sur l’acier chinois, pour une fois, je ne lui donne pas tort, car nous considérons que c’est un moyen de rééquilibrer les règles de la compétition. L’Europe doit par ailleurs davantage veiller à préserver la compétitivité de son industrie lorsqu’elle adopte des réglementations. À force de faire peser des règles uniquement sur les industries européennes, les coûts de production, notamment énergétiques, vont être de plus en plus élevés et nous allons faire produire ailleurs, conduisant à une situation où autant, voire plus, de CO2 sera émis. Nous l’avons dit à Mme Connie Hedegaard : les règles que l’Europe s’impose à elle-même doivent être accompagnées d’un mécanisme d’inclusion carbone pour les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale. Nous demandons que l’Union européenne prenne enfin ses responsabilités.

Vous évoquez là le projet de taxe carbone européenne. Mais sur une simple taxe anti-dumping visant les panneaux solaires, une fronde de 18 pays européens s’est élevée ?

Il y a, dans ces cas-là, une consultation des États membres, mais en la matière c’est la Commission qui décide. Les services de M. Karel de Gucht ont réalisé une enquête approfondie et étayée qui conclut à l’existence de pratiques déloyales et à la nécessité d’instaurer des droits de douanes. Le gouvernement français soutient la Commission dès lors qu’elle s’attache à faire respecter la loyauté de la concurrence dans le but de défendre notre industrie et nos emplois, cela est vrai dans le solaire comme éventuellement dans les télécoms. J’ai plaidé hier, lors du conseil des ministres de l’Industrie, auprès de l’ensemble de mes collègues européens pour que nous ne soyons pas la passoire de la mondialisation déloyale. Et je note une influence croissante de ces idées. J’ai expliqué que l’Europe est forte, nous sommes la première puissance économique mondiale. La France et l’Allemagne réalisent à elles deux 90 % du PIB Chinois !

Quand Mittal demande des droits de douanes sur l’acier chinois, pour une fois, je ne lui donne pas tort.

 

Quels sont vos moyens d’actions ?

Il faut convaincre, inlassablement. Nous nous y attelons. Nous allons voir les ministres de l’Industrie les uns après les autres, les commissaires, les États membres. Aujourd’hui, les mesures contre le dumping chinois ne concernent que 0,7 % de nos échanges avec la Chine. À ceux qui craignent la fermeture des frontières, je réponds qu’elles sont ouvertes à 99,3 %, ce qui fait de l’Union européenne la zone la plus ouverte du monde. Les Américains, quant à eux, ne s’embarrassent pas. Ils prennent des mesures de protection. Puis ils discutent, d’égal à égal.

En recevant le Premier ministre chinois, Mme Merkel a coupé l’herbe sous le pied de la Commission, est-ce un camouflet pour l’Union ?

Nul camouflet. Chaque pays peut exprimer sa position ; ensuite, il y a un processus de décision européen. J’en ai parlé à M. Philip Rösler, le vice-chancelier allemand, pour lui faire valoir l’importance de privilégier la cohésion européenne dans notre politique commerciale. Pour la Chine : l’Europe, c’est 500 millions d’habitants, le premier marché, le plus solvable au monde. C’est une force pour l’Europe dès lors que chacun des États membres joue l’union et la solidarité pour affirmer ensemble nos intérêts économiques. Je l’ai dit avec netteté à mes collègues européens, réunis il y a quelques jours à Bruxelles. Dans le photovoltaïque, l’industrie allemande a perdu beaucoup d’emplois, les industries française, italienne, espagnole, aussi.

Le BDI, l’organisation du patronat allemand, s’est exprimé contre les taxes sur les panneaux. On n’a pas entendu grand monde au sein du patronat français dans un sens ou dans l’autre. Vous sentez-vous soutenu ?

Ce sont des industriels allemands et français qui ont déposé la plainte sur les panneaux. Ensuite, le BDI dit ce qu’il a à dire. C’est sa position, ce n’est pas la nôtre. Si le patronat français ne s’est pas exprimé en tant que tel, c’est normal car c’est à nous de le faire. Pourquoi ? Parce que, eux, ont des intérêts en Chine.

Justement, en protégeant un petit secteur, qui est déjà à terre, ne met-on pas en péril une création de valeur plus globale dans le solaire et dans d’autres filières ?

Le vice-chancelier allemand m’a dit : "Nous, nous souhaitons la négociation." Je lui ai répondu : "Nous aussi, mais une négociation commence par l’expression de positions fermes." Le congrès américain a pris des positions extrêmement dures vis-à-vis de grands groupes chinois, un signal mondial qui devrait amener les Européens à leur emboîter le pas. M. Obama a décidé de taxer jusqu’à 250 % les panneaux chinois. Je suis heureux que le commissaire européen au Commerce s’en préoccupe aujourd’hui.

"J’ai plaidé [...] pour que nous ne soyons pas la passoire de la mondialisation déloyale"

 

Les Chinois eux-mêmes sont très protecteurs de leur marché et de leur industrie. J’ai fait observer à mes collègues européens que, s’agissant des aides d’État en Chine, elles font l’objet de décisions officielles et assumées. La construction de leur industrie repose largement sur celles-ci. Pour implanter une entreprise, il faut une autorisation du gouvernement. Quant aux aides publiques à destination de leurs industriels, elles sont massives. Des aides que l’Union interdit à ses propres membres, avec des contrôles trop lourds sur des petites entreprises qui reçoivent des subventions régionales. Nous défendons donc la concurrence loyale et égalitaire. L’Union européenne ne peut être la naïve du monde quand de nombreux pays prennent des mesures pour restaurer la loyauté de la concurrence : les Américains, les Chinois, les Indiens, les Canadiens, les Brésiliens, les Argentins, et combien d’autres !

Vous ne semblez pas en phase avec votre ministre Fleur Pellerin, qui a dit le 28 mai, lors d’un sommet de l’Idate sur les télécoms : "L’Europe a lancé des enquêtes sur des pratiques de dumping ou d’aides d’État, mais nous n’avons pas de données pour les prouver. Et je suis pragmatique, les équipements de Huawei sont de très bonne qualité. Nos marchés sont aussi en Chine, nous n’avons pas intérêt à placer des barrières."

Le président de la République défend, au nom de la France et des intérêts européens, le principe de réciprocité des échanges. Il ne s’agit pas d’ériger des barrières et des frontières qui couperaient l’Union européenne du reste du monde, mais de se battre pour obtenir la mise en place de règles visant l’équilibre de l’échange. S’agissant de Huawei, je laisse à la Commission le soin de conduire ses investigations. D’une manière générale, s’agissant des grandes entreprises chinoises qui réalisent des profits importants en France et en Europe, moi, je dis à nos amis Chinois, si vous voulez vendre ici, venez installer des usines comme nous l’avons fait en Chine à votre demande. C’est ça, la réciprocité.

Y a-t-il un enjeu symbolique sur cette taxe panneaux ?

Non, ce n’est pas symbolique, c’est très concret. Des mesures ont déjà été prises sur la céramique et sur la porcelaine, sur les aciers spéciaux. Nous souhaitons que les procédures engagées sur les équipements télécoms et les panneaux photovoltaïques aillent à leur terme. On raisonne malheureusement comme une juxtaposition d’États-nations, on pense donc qu’on est faible face aux États-continents, mais en réalité on est plus fort qu’eux ensemble. Nous organisons donc notre unité.

Quels sont les arguments des pays qui ne sont pas sur votre ligne ?

Il y a une part d’habitus. L’Union européenne s’est construite il y a soixante ans sur des règles qui visaient à réguler une concurrence alors largement régionale (intracommunautaire), et qui doivent s’adapter dans un monde où la concurrence s’est mondialisée. Le débat pour des relations commerciales équilibrées est en cours, j’y contribue avec Nicole Bricq. C’est un débat à la fois pragmatique, où nous devons faire valoir les situations concrètes (la céramique, l’acier de spécialité, le photovoltaïque), tout en menant une bataille culturelle pour que l’Europe croie enfin dans sa force de première puissance économique et dans sa capacité à peser dans cet ordre mondial.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Anne Debray

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2 commentaires

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03/06/2013 - 19h56 -

On fait de beau discours, on bombe le torse mais dans la réalité, on ne fera pas grand chose (comme avec Mittal). Car c'est l'Allemagne toute puissante qui commande et qui a trop d'intérêts pour risquer de froisser les chinois. On aurait pourtant plus à gagner à taxer fortement les importations chinoises qu'à laisser faire : même en cas de rétorsion chinoises, on serait gagnant tellement le business est florissant pour eux et faible pour nous.
Mais cela ne risque pas d'arriver avec un personnel politique aussi laxiste...
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03/06/2013 - 17h31 -

Enfin ! il est temps de taxer les produits chinois, c'est la cause de la concurrence déloyale, fermeture et délocalisations des usines françaises depuis 15 ans !!!

Monsieur Montebourg , on vous soutient !!!

faisons payer aux chinois le cout du chômage car ils en sont responsables !
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