Non le vaccin contre le Sida n'a pas été découvert

Mercredi 16 mars, la start-up Biosantech tenait une conférence de presse pour annoncer des "résultats tout à fait remarquables" de son vaccin curatif contre le Sida... comme elle l'avait déjà assuré en novembre dernier. Selon l'Agence de recherche nationale sur le Sida, "il n'existe aucune donnée solide". Pourquoi Biosantech et le chercheur Erwann Loret irritent-ils tant la communauté scientifique ?

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Non le vaccin contre le Sida n'a pas été découvert

Ce mercredi 16 mars, la start-up Biosantech tenait une conférence de presse pour "annoncer la publication dans Retrovirology des résultats détaillés de son étude d'efficacité clinique de phase IIA de son candidat vaccin contre le VIH", détaille le communiqué.

Seul hic dans la communication bien rôdée de la start-up… Il n'existe toujours pas de trace d'une quelconque publication. "Oui, on a reçu l'autorisation de Retrovirology mais les résultats ne sont pas encore publiés. Ca ne devrait pas tarder", nous assure son agence de presse. Et c'est un peu le problème soulevé par la communauté scientifique à l'évocation du nom "Biosantech" : "ah oui la start-up qui nous promet d'avoir découvert le vaccin contre le Sida tous les deux mois mais qui ne publie jamais rien".

Lire aussi notre article La fable de Biosantech, son vaccin miracle contre le Sida et la communauté scientifique.

"Aucune donnée solide"

Et c'est bien ce qui inquiète les scientifiques : que l'on donne de faux espoirs aux patients. C'est la préoccupation principale de l'Agence de recherche nationale sur le Sida (ANRS). "J'ai une version de la publication de Biosantech. Nous l'avons bien analysée. Il n'y a aucune donnée solide. Et il est de notre responsabilité de ne pas faire d'annonces intempestives. J'aimerais pouvoir dire qu'ils ont trouvé un vaccin... mais malheureusement, je ne peux pas", regrette Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS.

Quant à la publication dans Retrovirology : "c'est une revue moyenne", constate seulement Jean-François Delfraissy. De l'aveu même du docteur Monsef Benkirane, éditeur pour la revue britannique, "si quelqu'un avait vraiment trouvé un vaccin contre le VIH, il le publierait dans Nature ou Science".

Mark Wainberg, qui a été chargé d'éditer le papier censé paraître dans Retrovirology, a même appelé Erwann Loret, le chercheur à l'origine des brevets déposés en 1999 et 2008 et rachetés ensuite par Biosantech. Il lui a fait part de son mécontentement et lui a demandé des explications sur le tapage médiatique autour des résultats communiqués par la société et qui ne correspondent pas à ce qu'il a lu dans le manuscrit. "La dernière version du manuscrit a été encore modifiée pour éliminer toute référence à une guérison potentielle du VIH. Donc, les phrases qui ont suggéré que l'approche Tat-Oyi pourrait donner lieu à une guérison ne paraîtront pas dans la version qui va être publiée", explique-t-il.

"des dérives et des manquements graves"

Un vaccin pour guérir du Sida ?
Biosantech et Erwann Loret développent un vaccin curatif contre le sida. Les résultats de l'essai clinique de phase IIa, présenté le 16 mars, montrent une baisse des cellules infectées par le VIH à un niveau indétectable chez des patients séropositifs. L'essai a été mené à l'hôpital de la Conception à Marseille sous la direction du docteur Isabelle Ravaux, sur 48 patients répartis en 4 groupes (un groupe sous placebo et 3 avec des doses vaccinales différentes), 9 patients ont un niveau de cellules infectées indétectables 12 mois plus tard. "Mais on ne peut pas encore parler de guérison. Ce sera le cas lorsqu'on observera une retro séroconversion", nuance Erwann Loret.
Mais officiellement, les experts n'ont toujours rien à se mettre sous la dent, qui leur permette d'évaluer cette découverte. En novembre dernier déjà, la communauté scientifique avait été pour le moins irritée lorsque Corinne Tréger, la singulière dirigeante de Biosantech, avait convoqué la presse pour divulguer les résultats des derniers tests pour son projet de vaccin thérapeutique contre le Sida. Pourtant ces conclusions n'avaient pas été soumises au comité de lecture d'une revue comme il est d'usage dans le parcours scientifique classique et n'avait donc pas reçu l'aval de ses pairs.

Cette fois, si la communication précède la publication, c'est indépendant de sa volonté, jure Biosantech ! L'entreprise aurait été contrainte de communiquer "dans la précipitation", assure son agence de presse, après que la Provence a révélé les résultats du vaccin testé à Marseille. Tellement hâtivement, que même l'ANSM (l'agence nationale de sécurité du médicament) n'a pas reçu de résultats de la part de Biosantech. C'est pourtant elle qui autorise l'essai clinique et en contrôle chaque étape.

"Je constaste depuis un certain nombre d'années, des dérives et des manquements graves au regard des bonnes pratiques scientifiques et de la déontologie", dénonce le directeur de l'ANRS.

Des effets dévastateurs

"Dans le milieu scientifique, tout le monde sait que ce qu'annoncent Biosantech et Erwann Loret n'est pas vrai", argue Monsef Benkirane. A tel point que c'est devenu une plaisanterie... "Je suis actuellement au Canada, dès la sortie des résultats d'Erwann Loret, mes confrères ont ironisé en me demandant : 'alors ça y est, il paraît que vous avez trouvé le vaccin en France'. Or ils sont très loin d'avoir trouvé quoi que ce soit. Tout cela décrédibilise terriblement les gens qui essayent vraiment de trouver comment guérir le Sida au niveau mondial."

Et ces effets d'annonce, pour le grand public, sont dévastateurs. "Nous avons reçu des tas de coups de téléphone à l'ANRS de personnes atteintes du virus du Sida, demandant quand elles auront accès au vaccin, si elles pouvaient arrêter les trithérapies", se lamente Jean-François Delfraissy. Sans parler des problèmes que cela pose au niveau de la prévention.

Alors pourquoi cette communication aussi agressive de la part de Biosantech. "Selon moi, il y a deux explications : une tentative pour lever des fonds et la personnalité même d'Erwann Loret qui est à l'affût de la moindre occasion pour avoir un peu de reconnaissance", juge Monsef Benkirane.

Astrid Gouzik

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