Non, Glencore n’est pas le Lehman Brothers des matières premières

Le lundi noir de Glencore est un symptôme de la nervosité des marchés alors que la chute des prix des matières dure depuis plusieurs années. Mais la faillite d’acteurs systémiques n’est pas à l’ordre du jour.

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Glencore a perdu 30% de sa valeur boursière le 28 septembre avant de reprendre 20% en deux jours. C’est donc un incident boursier – et non un effondrement – que vient de traverser le groupe minier et de négoce basé en Suisse. De quoi est parti ce mouvement de panique ? D’une note de la banque britannique qui affirmait que si les prix des minerais continuaient à chuter, Glencore, mais aussi Anglo-American, pourraient voir la valeur de leurs actions réduites à néant en l’absence de restructuration.

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Goldman Sachs tient le même discours : malgré l’annonce récente d’un vaste plan de réduction de sa dette, « les investisseurs ne sont pas encore convaincus que Glencore est allé assez loin pour dissiper leurs craintes que les actifs industriels ne soient insuffisants pour servir la dette restante. » Les analystes des banques spécialisées rivalisent de propositions pour enrayer la chute : vente des activités non-stratégiques dans les matières agricoles, réduction supplémentaire de la dette d’environ 4 milliards de dollars, etc. Glencore s’est contenté d’un communiqué réaffirmant sa bonne santé financière.

Les miniers déjà à la peine

Les difficultés de Glencore pourraient-elles contaminer l’ensemble du secteur ? Malheureusement pour eux, les miniers n’ont pas attendu le 28 septembre pour aligner les mauvais résultats, leurs chiffres d’affaires ayant suivi à la baisse les prix des minerais. Le ralentissement de la croissance de la Chine, gourmande en matières premières, pèse sur les cours. Rio Tinto et BHP Billiton ont effectivement vu tanguer le cours de leurs actions dans le sillage de celles de Glencore. Mais de quelques points seulement.

Les négociants en matières entre profits et inquiétudes

La question est plus délicate lorsqu’on aborde ses concurrents du négoce. Le vent semble avoir tourné aussi pour ceux qui s’étaient gardé d’adopter la diversification dans les mines choisie par Glencore. En témoignent les difficultés traversées par le courtier asiatique Noble, soupçonné d’avoir sous-estimé son niveau d’endettement. Et les inquiétudes que ne manquera pas de provoquer le décès, annoncé ce 30 septembre, du président fondateur de Trafigura, Claude Dauphin, propriétaire d’un cinquième du capital.

Des inquiétudes qui tombent mal, alors que les maisons de négoce retrouvaient des taux de marges confortables. Leurs résultats ayant pâti de la stabilisation des cours des matières ces dernières années, elles avaient dû se résoudre à accroître – un peu – leur niveau de transparence pour voir renouveler leurs lignes de crédit. La chute des cours du pétrole en 2014 leur a facilité la tâche, et des groupes comme Vitol, Gunvor et Trafigura ont su tirer profit de la volatilité accrue des matières. Elles font désormais face à une nouvelle crise de confiance et doivent défendre la solidité de leur modèle, alors que Bruxelles souhaite leur voir appliquer des ratios prudentiels identiques à ceux des banques, arguant de leur usage massif de produits financiers dérivés comme instruments de couverture.

Ni faillite, ni risque systémique

Glencore a des crédits ouverts dans la majorité des banques mondiales. Certes. Mais d'une part le poids de ces crédits n'a pas été mesuré, d'autre part cet éparpillement est plutôt rassurant dans un contexte de fragilité. Fragilité qui reste, elle aussi, à tempérer. Loin d'être au bord de la faillite, le groupe souffre des inquiétudes qui pèsent sur le secteur des matières premières, et surtout de la panique qui s’est emparée du marché lorsque ses crédit default swaps (des dérivés fonctionnant comme ne assurance sur sa dette) ont explosé. En réponse, Glencore a fait valoir la solidité de ses actifs, un cash-flow positif et des lignes de crédit disponibles. Et son cours en bourse a déjà rebondi. Quant au secteur minier dans son ensemble, si sa valeur boursière cumulée a fortement chuté, il s’avère pour l’instant plus résilient qu’attendu, et sa restructuration se fait encore attendre.

Myrtille Delamarche

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