Nicole Bricq veut doubler les échanges commerciaux avec le Mexique

En déplacement à Mexico, la ministre du commerce extérieur entend y développer la présence des industriels français. La France n’y détient que 1% des importations mondiales loin derrière l’Allemagne ou l’Italie.

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Nicole Bricq veut doubler les échanges commerciaux avec le Mexique

La seconde et dernière journée de Nicole Bricq au Mexique s’annonce encore plus chargée que la première. En déplacement officiel, la ministre du commerce extérieur va rencontrer aujourd’hui ses homologues mexicains des transports, de l’économie et de l’agriculture. Avant cela, elle aura accordé un entretien à Michel Combes, PDG d’Alcatel-Lucent, présent sur place, pour tenter de remporter un important contrat d’infrastructures de réseau mobile 4G. Inutile de dire que l’équipementier de télécommunications, qui vient d’annoncer plusieurs fermetures de sites en France, joue gros et qu’il bénéficiera d’un soutien de poids.

Nicole Bricq n’est pas non plus venue seule. Elle embarque dans ses valises des PME françaises positionnées dans le domaine de la sécurité physique et de la cybersécurité. Son but : développer la présence des industriels français au Mexique. Après des années de diplomatie bilatérale compliquée avec le Mexique qui a vu notamment l’annulation en 2011 de l’année du Mexique en France, la dynamique des entreprises hexagonales dans ce pays a connu un gel certain. Le bilan est en effet plutôt faible. La France ne représente que 1% des importations économiques du Mexique, loin derrière l’Allemagne (environ 4%) et l’Italie (environ 2%). "Compte tenu du potentiel du Mexique, la présence française est trop faible," souligne d’emblée la ministre qui entend changer la donne. Elle fixe un objectif ambitieux à la communauté économique française qu’elle a rencontrée sur place. "Nous voulons doubler le volume de nos échanges commerciaux avec le Mexique et les faire passer de 3,5 à 7 milliards d’euros d’ici 2017", explique-t-elle.

Profiter du scandale de la NSA

Elle mise sur trois facteurs. Primo, le réchauffement certain des relations diplomatiques entre les deux pays. François Hollande sera accueilli le 10 avril prochain par le nouveau président mexicain Enrique Peña Nieto. Secundo, le Mexique, très ouvert au libre-échange, s’est engagé dans un mouvement de réformes dans les secteurs de l’énergie, des transports, des télécommunications… "Face à ces réformes, nos entreprises ont le savoir-faire et l’offre commerciale qui correspondent", explique-t-elle. Tertio, la ministre mise la qualité de nos entreprises notamment dans le domaine cybersécurité et de la sécurité.

Nicole Bricq ne cache qu’il faut savoir profiter de l’affaire d’espionnage par la NSA qui a également fait scandale au Mexique pour avancer ses pions. L’agence de sécurité américaine aurait écouté l’ancien président mexicain Felipe Calderon et l’actuel chef de l’état alors qu’il n’était que candidat. Pour faire valoir l’expertise française, elle est notamment accompagnée de plusieurs PME. Parmi elles, TraceIP qui conçoit des laboratoires mobiles d’analyse des données numériques pour les services de police ou encore Prescom qui fournit des systèmes de télécommunications critiques pour les salles de commandement des forces de sécurité. Ces PME doivent profiter de l’élan apporté par les grandes entreprises françaises déjà présentes sur ces marchés. Ainsi le fabricant de terminaux de paiement électronique Ingenico, basé à Valence près de Lyon, a fait une percée remarquable au Mexique. Il vient de signer un contrat avec la chaine de grande distribution Wal Mart pour le remplacement de 28 000 terminaux de paiement. Parti de rien, il fait pratiquement jeu égal avec son concurrent américain VeriFone au bout de quelques années.

Opportunités

Clairement, la percée au Mexique passe par une installation et des investissements. Durant sa première journée, Nicole Bricq a en effet pu visiter le centre de fabrication de cartes bancaires et des documents d’identité électronique de Gemalto, basé à Itzapalapa dans la banlieue de la capitale. Le spécialiste de la carte à puce a également développé un centre près d’Acapulco qui fabrique des cartes SIM pour les opérateurs. Au total, Gemalto emploie 1 100 salariés au Mexique.

Enfin la dernière réussite tricolore d’importance au Mexique se voit à tous les coins de rue. Le système de vidéosurveillance de la capitale, qui repose sur plus de 8 000 caméras et son centre de commandement avec plusieurs centaines d’opérateurs, a été fourni par Thales. Le groupe est bien positionné pour profiter de l’extension à 7 000 cameras supplémentaires du programme "Ciudad Segura" ("ville sûre"). Jean François Connan, vice-président international de la division Défense et sécurité de Thales, lors de sa rencontre avec la ministre et une trentaine d’autres entreprises, a conforté qu’il fallait accélérer au Mexique.

"C’est un pays plein d’opportunités comme peu en présentent aujourd’hui. Il y a de fabuleux gisements de business. Certes la concurrence existe, mais il faut la surmonter. Pour sa part, Thales veut désormais utiliser cette vitrine comme notre hub de savoir-faire pour cibler le reste de la région…sans passer par la case France pour aller plus vite", affirme-t-il enthousiaste. Au-delà des technologies numériques et de la sécurité, la France mise également sur trois autres domaines pour accroitre sa présence méxicaine : l’agroalimentaire, la santé, et la ville durable. Dans ce dernier domaine, elle souhaite que les acteurs français exposent l’année prochaine au Mexique un démonstrateur présentant l’ensemble de leurs savoir-faires dans les secteurs de l’ingénierie urbaine, des transports, la mobilité, la gestion de l’énergie… Au-delà de ces initiatives, la ministre veut insuffler un nouvel état d’esprit plus conquérant. Avec ce conseil : "Pour s’imposer, il faut savoir mettre le pied en travers la porte".

A Mexico, Hassan Meddah

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