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L'Usine de l'Energie

Nicole Bricq : "La question du coût du travail n'est pas primordiale à l'export"

Solène Davesne , , ,

Publié le

Entretien Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur veut mieux identifier les PME à fort potentiel d’exportation. Elle demande au Trésor d’identifier les filières porteuses.

Nicole Bricq : La question du coût du travail n'est pas primordiale à l'export © SINDEU Sébastien - L'Usine Nouvelle

Les entreprises citées

L'Usine Nouvelle - Votre objectif est de réduire le déficit du commerce extérieur de 25 milliards sur 5 ans, plus qu’un problème d’export, n’est-ce pas le symptôme d’un affaiblissement de l’industrie ?
Nicole Bricq - Oui, c’est le marqueur d’une défaillance. Le diagnostic est bien connu : nos entreprises ont un problème de taille, de produits et de gammes. Sur la question de l’adaptation de nos produits à la demande mondiale,  je disposerai  fin septembre d’une étude du Trésor qui identifie pays par pays nos filières porteuses. Elle va me permettre de définir des priorités d’action pour pousser l’offre commerciale de la France. Mais pour rétablir notre balance commerciale  j’ai besoin de la mobilisation de tout le pôle économie. D’Arnaud Montebourg pour renforcer la taille des entreprises, de Fleur Pellerin  et de Geneviève Fioraso car une entreprise qui innove a trois fois plus de chance d’exporter, et aussi de Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac pour l’amélioration des financements à l’export.

Quel est le problème avec ces financements ?
Ils ne sont pas toujours assez compétitifs, en particulier par rapport à l’Allemagne, aux USA et au Japon. A chaque fois que nous avons été confrontés à une difficulté, nous avons su réagir et proposer in fine des financements compétitifs, mais il nous faut trouver des solutions pérennes. Pour que les financements coûtent moins cher, nous devons disposer d’ un prêteur direct  . Je plaide un volet export dans la future banque publique d’investissement.

Cela risque de coûter cher ?
Il faudra faire des arbitrages mais l’enjeu est de taille : un milliard supplémentaire  à l’export c’est 10 000 emplois en France.

Encore faut-il que les grandes entreprises s’appuient sur leurs  sous-traitants, faut-il mettre des conditions aux aides qui leur sont accordées?
Pourquoi pas.  Il faut que nos grandes entreprises, qui ont beaucoup reçu de la puissance publique pour les aider à s’internationaliser, entraînent leur PME. Quand Airbus s’implante en Alabama, je comprends leur stratégie, la question du dollar, la volonté de s’ouvrir des marchés, mais je suis très vigilante sur le sort des équipementiers derrière. Pour l’instant, ils ont dit qu’ils ne feraient que 4 avions par mois aux Etats-Unis et j’ai dit à Tom Enders que le gouvernement français y sera très attentif.

Y-a-t-il aussi un problème de coût du travail ?
Cela joue incontestablement  pour certains secteurs, comme l’habillement ou la chaussure. Dans le domaine des  services aux entreprises, nous sommes également 25 % plus chers que les allemands. Je ne nie donc pas le problème mais je le remets à sa place. La question de la compétitivité coût, qui sera  examinée, parmi d’autres sujets,  dans le cadre de la mission confiée à Louis Gallois, n’est pas primordiale à l’export. Ce qui l’est c’est la capacité d’innovation et la taille de l’entreprise.

Arnaud Montebourg a réaffirmé l’avantage compétitif d’un faible coût de l’énergie, faut-il revoir l’approche sur les gaz de schiste qui s’avère très positifs pour la ré industrialisation aux US ?
La conférence environnementale s’ouvre le 14 septembre, la question de la transition énergétique sera débattue. A titre personnel, je n’ai pas changé d’avis, je considère que la priorité c’est la réforme du code minier car je ne peux pas défendre dans des accords de libre-échange, un haut niveau d’exigence environnementale si nous n’y satisfaisons pas. Dans les accords de libre-échange, je défends quatre critères : la réciprocité, l’emploi, l’exigence environnementale et sociale et la progressivité. Il faut pousser ces accords bilatéraux car le multilatéralisme est en panne, avec un cycle de Doha enlisé. De grands blocs commerciaux se dessinent.  Les américains veulent par exemple faire une grande zone avec l’Asie.   

Est-ce que l’on doit mener cette même démarche avec l’Afrique ?
Tout à fait. Avec la zone Sud méditerranée, il faut monter des coopérations qui profitent aux uns et aux autres. Je pense que le concept de co-localisation que j’ai développé au Maroc  est très intéressant et a toute sa place pour créer une chaîne de valeur ajoutée. C’est bon pour la France et  aussi pour le développement et la  stabilité des pays du Maghreb. Je me rendrai d’ailleurs le 24 septembre en Algérie.

Comment voulez-vous organiser  le dispositif de soutien à l’export  en France ?
La clé c’est de bien repérer les entreprises à  potentiel exportateur. Il y a beaucoup d’intervenants sur les territoires et les synergies ne jouent pas toujours. Il faut un pilote, ce doit être les régions ,qui connaissent bien leur tissu industriel. A elles de réunir les acteurs de l’export.

Et l’organisation à l’étranger, Laurent Fabius a indiqué récemment aux ambassadeurs qu’ils devaient  être "les capitaines de l’équipe de France" ?
A l’étranger, il y a effectivement les services régaliens, Ubifrance, les chambres de commerce… Tous doivent travailler en synergie.  C’est très bien que Laurent Fabius mobilise les ambassadeurs autour de la diplomatie économique dont je suis, par fonction, l’animatrice.  Je souhaite également qu’Ubifrance accompagne mieux les entreprises dans la durée. Sur 100 nouvelles entreprises qui se lancent à l’export, 70 n’y sont plus l’année suivante. Il faut faire du qualitatif.

C’est fini les charters où l’on emmène des centaines d’entreprises pendant une journée ?
La technique de l’avion plein à craquer, c’est spectaculaire, ça fait de belles images mais ce qu’il faut c’est de la performance et  du suivi. Bien préparer les rendez-vous pour que cela soit productif. Et des délégations d’entreprises qui ont  fait leur analyse de marché, musclé leur offre et qui  ont une capacité.  Je vais accompagner les PME, de leur côté, il faut qu’elles soient ouvertes sur le monde. Sur ce point j’adresse un message aux chefs d’entreprises : n’ayez pas peur d’ouvrir votre capital, de nouer des alliances avec des partenaires étrangers… c’est la clé pour conquérir de nouveaux marchés.

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8 commentaires

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16/09/2012 - 16h57 -

Un objectif ambitieux mais il est irréaliste de réduire le déficit de 23 milliards sans prendre des mesures drastiques pour réduire notre dépendance énergetique. 23 milliards c'est le montant annuel des ventes russes de pétrole à la France. La clé pour conquérir de nouveaux marchés n'est pas nécessairement d'ouvrir son capital en france, mais plutot de s'équiper d'une représentation commerciale active dans le pays ou l'on veut exporter. Pour les PME qui n'ont pas les moyens de se payer une succursale, prenez un agent commercial, vous en trouverez - y compris des bretons. :)
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06/09/2012 - 19h03 -

C'est affligeant de voir tous ses ministres nous dire que le cout du travail n est pas un problème et tous d affirmer que les entreprises françaises ont un problème de taille, de produits et de gammes. Alors en simple, tous les chefs d entreprises français sont idiots. Par contre, aucun de ses ministres n'a géré, ni créé une entreprise ! Le problème de taille : sur ce sujet , il n y a jamais un ministre qui se pose la question pourquoi. C'est très simple : les contraintes sociales et les couts sociaux explosent au dessus de 50 salaries alors l'idiot de chef d entreprise se dit qu'il n'est déjà pas capable de fabriquer des produits et des gammes en relation avec le marché , il préfère resté avec 49 collaborateurs !!!!! SI ces Enarques , polytechniciens posaient d abord les questions aux chefs d entreprises avant d affirmer à leur place les raisons de l’échec de l exportation Française. Peut-être, le déficit pourrait se réduire !!!!! Un idiot de petit Patron
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06/09/2012 - 17h31 -

@deck614, je me suis exprimé trop vite et vous avez mal interprété mes propos. La sous-estimation du coût du travail est un grave contresens économique. Quand vous pensez "coût du travail" vous pensez salaire NET, vous oubliez vos charges (légèrement moins élevé en FR qu'en DE) et celles du patron (moins élevé en DE qu'en FR). Pour le patron FR le cout du travail est donc plus élevé à l'exception des bas salaires. Si vous souhaitez vous étendre à l'international avec votre PME innovante, vous allez embaucher de salaires intermédiaires car qualifiés qui ne bénéficient PAS d'allégement de charge contrairement aux bas salaires qui en France en bénéficient. Sauf à considérer que la transformation d'une petite PME innovante en une ETI exportatrice ne réclame aucune embauche, expliquez moi comment le coût du travail ne rentrera pas dans l'équation!! Il faut bien comprendre le message subliminal: "Vous ne faites pas assez d'innovation ==> vous êtes nuls! On ne touchera pas au coût du travail et en particulier la part patronale ==> sous entendu l'état ne réduira qu'en dernière extrémité son train de vie, débrouillez pour rapporter du CA et des bénéfices." En // en conserve le modèle d'un état qui pour ne pas se réformer mais pour éviter que cela ne s'écroule en est réduit depuis 30 ans à mettre en place des dispositifs compliqués (niches fiscales et autres) dont seules les grandes entreprises ont vraiment bénéficiées (le CIR). Pour finir, loin de moi l'idée de diminuer le coût du travail au niveau des pays asiatiques. Procès d'intention!! Donnez moi l'environnement économique allemand, je m'en contenterai! Vous serez d'accord puisque vous semblez vouloir vous y diriger ! On vous propose 50% de plus en Allemagne ? n'hésitez pas! Je n'hésiterai pas !
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06/09/2012 - 14h28 -

La "taille" de l'entreprise n'est pas proportionnelle aux nombre d'employés, cela n'a rien à voir. Le cout du travail des gens qualifiés s'amortit quand le produit qu'on vend est compétitif et apporte une fonction / service supplémentaire ou nouvelle. Cela s'appelle innover. D'ailleurs, les ingés allemands gagnent plus que nous (on m'offre 50% de plus là-bas, pour info). Et si on attend d'avoir les salaires des chinois pour pouvoir exporter, on est fichus (15 à 30 fois moins chers) - d'ailleurs qui achètera, même un kilo de pommes de terre français avec un tel salaire ?
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06/09/2012 - 14h04 -

Exporter sans compétitivité coût! Encore une bonne nouvelle pour nos concurrents étrangers qui vont pouvoir attribuer une autre médaille d'idiot utile Français! Et tout ceci sous-tendu par la pensée néocoloniale que nos innovations seront les meilleures. . Le ridicule ne tuait plus depuis logtemps mais maintenant l'ignorance se revendique...J'ai honte.
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06/09/2012 - 12h12 -

"La question de la compétitivité coût, qui sera examinée, parmi d’autres sujets, dans le cadre de la mission confiée à Louis Gallois, n’est pas primordiale à l’export": Bien sûr qu'elle l'est ! et Hop après G Fioraso, N Bricq répète la même chose en poursuivant que "la taille de l'entreprise compte". La masse salariale étant directement proportionnelle à la taille de l'entreprise que Mme Bricq nous explique comment le coût du travail de gens qualifiés n'est pas un facteur de compétitivité si on veut en augmenter le nombre !! De plus elle cite L Gallois qui il y a peu a demandé un transfert des charges sociales de 30-50 Milliards d € pour créer un choc! A quoi cela sert d'attendre le rapport de quelqu'un que l'on contredit sur un point clé ?
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06/09/2012 - 11h23 -

Bonjour Le cout du travail annoncé sur les ondes n'est qu'une moyenne et ne reflète pas le cout du travail des emplois délocalisés. Ceux ci seraient payé au SMIC. Si on prend un taux de 9,40€ brut, 42% de charges patronales, un taux d'absentéisme de 5%, les congés (1607h travaillées pou 1820h payées). On arrive à un cout de revient de : 9,40 x 1,42 x 1,05 x 1820/1607 = 15.87€ C'est un problème de répartition du cout des structures, structures qui ne peuvent que grossir en cas de délocalisation. Cordialement Pascal C
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06/09/2012 - 10h31 -

Beaucoup d'entreprises (dont certaine du CAC 40) qui bénéficient du Crédit d'Impôt Recherche, délocalisent à tour de bras. Pourquoi ne pas conditionner le CIR à un maintient de tout ou partie des emplois en France ?
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