Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

"Nicolas Fouquet avait tout compris de la gestion des hauts potentiels" explique Anne Vermès

Christophe Bys ,

Publié le

Entretien Directrice de Traits d’Union, un cabinet RH qui voit dans l’Histoire un terreau pour le management, Anne Vermès vient de publier trois ouvrages dans la collection Histoire et management aux éditions Eyrolles (*). Pour nous, elle revient sur les qualités de manager de Nicolas Fouquet qui savait motiver comme personne ses hauts potentiels. L’occasion d’aborder aussi les Frères Lumière et Gustave Eiffel auxquels les deux autres livres sont consacrés.

Nicolas Fouquet avait tout compris de la gestion des hauts potentiels explique Anne Vermès

L'Usine Nouvelle - Quel était le talent de Nicolas Fouquet, l’intendant de Louis XIV qui fit construire le château de Vaux-le-Vicomte, un bâtiment tellement beau qu’il provoqua la colère du Roi et que Fouquet finit banni ?

Anne Vermès - Fouquet est un formidable exemple de ce que peut ou doit être la gestion des hauts potentiels. Imaginez, il fait travailler l’architecte Le Vau, le peintre Le Brun et le jardinier Le Nôtre. Ces trois-là ont des profils différents. Pour produire le clos et le couvert du château, il a fallu à cette équipe 13 mois. A peine plus d’un an, pour construire 5 000 mètres carrés, c’est un résultat remarquable. Pourtant, entre Le Brun, le peintre mondain et reconnu, et le junior, comme on dirait aujourd’hui, Le Nôtre, les différences sont nombreuses. Ce que Fouquet saura merveilleusement bien faire, c’est de s’adapter à chacun, s’interroger leur motivation profonde, leur ambition et leur assigner en conséquence, un objectif ou une méthode.

Pouvez-vous donner un exemple concret ?

Pour le Vau qui est un expert en architecture confirmé, avec un carnet de commandes bien rempli, Fouquet repère que ce qui l’ intéresse, c’est la confiance et la liberté dont il jouit sur un projet. Alors il le fait venir en lui disant : "je vous propose de concevoir un château où vous allez pouvoir montrer ce que vous avez de meilleur en vous." Et il lui donne véritablement la liberté de faire. Le résultat n’est pas mince, Le Vau va dessiner et faire construire la charpente ovale du salon de Vaux-le-Vicomte.

Fouquet propose un marché du même ordre à Le Brun qui est un peintre à la mode. En venant à Vaux-le-Vicomte, il lui explique qu’il passera du statut d’expert reconnu à celui de directeur général, pour parler dans un langage contemporain. Il a compris que l’ambition de Le Brun était importante. Et comme Fouquet sait que Le Brun est excellent pour faire travailler ensemble des équipes d’experts métiers différents,  il lui confie rien moins que la direction artistique complète du château. A la suite de ce projet, Le Brun sera d’ailleurs le dirigeant d’une manufacture de tapisseries qui deviendra la manufacture des Gobelins.

Fouquet est un excellent manager car il sait faire grandir ceux qui travaillent pour lui, il ne le surveille ni les entrave, il leur donne au contraire les moyens de devenir meilleur.

Il avait les moyens aussi, ce qui lui vaudra d’ailleurs sa disgrâce. N’est ce pas un peu facile d’être un bon manager quand on déborde d’argent ?

Le Vau, Le Brun et Le Nôtre ont par la suite travaillé tous les trois pour le château de Versailles. A priori ils avaient plus de moyens, ils auraient dû être encore plus heureux. Or que se passe-t-il ? Le Brun se plaint : "que je regrette le temps où Fouquet nous stimulait", écrit-il en substance. Les moyens ne sont pas tout. Un management de qualité peut donner du plaisir au travail.

C’est bien beau de stimuler les uns et les autres en fonction de leur motivation profonde, mais il faut construire un bâtiment, avoir une seule ligne. Comment fait Fouquet ?

Il clarifie de façon très précise le rôle de chacun. Fouquet sait qu’il veut de l’innovation, que ça aille vite. Il garde pour lui deux leviers : le budget et les choix artistiques. Il laisse le reste aux uns et aux autres. Un exemple parmi d’autres. Alors que la construction est en cours, Fouquet veut organiser une fête. Vatel, son intendant, vient le voir en lui expliquant que cela va être compliqué, parce que les cuisines ne sont pas prêtes...

Que pensez-vous que Fouquet  lui réponde ? Sa réponse est très cohérente avec ce qu’il est, puisqu’il lui dit "je ne suis pas le chef de chantier. Va voir Le Vaux, trouvez ensemble une solution." Et ils y arrivent d’autant mieux que Fouquet a su créer du plaisir dans les équipes. Si le chantier a été aussi rapide, c’est que chacun savait quelle était sa place, le travail avait été organisé. Reprenons l’exemple de Versailles. L’aile des ministres a été construite deux fois. A l’inverse de Vaux-le-Vicomte, les niveaux de décisions étaient très complexes et interviennent dans les détails. A l’inverse, Fouquet est très exigeant sur les résultats, mais il s’occupe du global, travaille beaucoup mais ne va pas se perdre dans les détails.

Vous dites qu’il a su trouver les motivations profondes des uns et des autres. A l’époque, la psychologie n’existe pas. comment fait-il ?

Il observe, il prend son temps avant d’appeler quelqu’un. En outre, c’est un homme qui est au cœur de multiples réseaux scientifiques, littéraires. Il se documente, se nourrit des conversations.

Vous publiez parallèlement un livre sur les frères Lumière et un autre sur Gustave Eiffel. Retrouve-t-on chez eux des traits de Fouquet ?

Oui, tous sont des hommes de leurs époques, qu’ils comprennent de façon fine. Par exemple, Eiffel pense que la fin du XIXe siècle sera une époque où le progrès technique développera le bien-être de l’Humanité. Les Lumières sont convaincus que l’image changera le rapport qu’entretiennent les individus à eux-mêmes et au monde.

Ils ont aussi en commun d’être visionnaires et pragmatiques. Ce ne sont pas uniquement des penseurs, ils font. Ils font aussi plutôt confiance à leurs collaborateurs. Les frères Lumière vont investir de l’argent sur des personnes qui ont des idées en lien avec l’image mais pas d’argent. Ils vont aussi créer une école d’opérateurs et envoyer des jeunes qu’ils ont formés au maniement de la caméra dans 85 pays pour qu’ils rapportent des images. Nombre d’entre eux vont ensuite créer des entreprises à leur tour.

Propos recueillis par Christophe Bys

(*) Piloter un projet comme Gustave Eiffel, Motiver comme Nicolas Fouquet, Entreprendre comme les frères Lumière, trois livres aux éditions Eyrolles collection Histoire et management

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle