Economie

Niches fiscales : pourquoi le Medef défend l’intéressement

Christophe Bys

Publié le

Entretien Matthieu Laudet, directeur d’usine, explique pourquoi il ne faut pas changer la fiscalité de l’intéressement et de la participation, qui sont de véritables leviers de performance. Encore une niche bien gardée ? Ou l’approche comptable est-elle l’ennemie d’une approche économique ?

Niches fiscales : pourquoi le Medef défend l’intéressement © D.R.

Pour lutter contre les déficits publics et sociaux, le gouvernement compte réduire drastiquement les niches fiscales et sociales. A cette occasion les prélèvements pesant sur l’intéressement et la participation pourraient être réévalués, le forfait social passant de 4 % actuellement à 6%. Au grand dam des organisations patronales qui contestent cette mesure. Ainsi Laurence Parisot a indiqué qu’elle serait incohérente.

Membre de l’UIMM et à ce titre du Medef, Matthieu Laudet, directeur d’usine chez Ball Packaging Europe, un site industriel employant 170 personnes à La Ciotat, explique pourquoi cette mesure serait, selon lui, contre-productive.

 

Le gouvernement envisage d’augmenter le forfait social. Pourquoi contestez-vous cette mesure ?

Matthieu Laudet : L’intéressement et la participation ne sont pas, comme je l’entends dire, des niches fiscales ou sociales. Ce sont de formidables outils de management qui permettent de mobiliser l’énergie des salariés. L’intéressement et la participation permettent de mobiliser et de faire aller tout le monde dans le même sens dans l’entreprise. La réussite de l’entreprise passe par le partage juste des résultats, qui crée dans l’entreprise un climat où le conflit a moins de place. Il faudrait plutôt inciter les entreprises à signer des accords d’intéressement. Dans les Bouches du Rhône, environ 3 % des entreprises ont signé des contrats dans ce domaine, c’est dire la marge de progression.

 

L’intéressement et la participation ce sont aussi deux régimes sociaux très avantageux pour les entreprises. Dans une situation financière tendue, tout le monde ne devrait-il pas faire un effort ?

Pour tout vous dire, je trouve absurde de croire qu’on réduit les déficits en détruisant la motivation dans les entreprises. Le meilleur moyen de réduire les déficits est d’avoir des entreprises profitables et donc de leur donner les moyens de l’être. L’intéressement et la participation sont des leviers. Je ne parle pas en tant que théoricien, mais en homme d’expérience. En 10 ans, grâce à notre politique d’intéressement, nous avons multiplié la productivité sur notre site. Alors que l’on entend dire que l’industrie en France serait condamnée, nous prouvons le contraire : notre site est le plus productif en Europe du groupe.

 

Vous avez une vision très idyllique de la participation et de l’intéressement. Concrètement, comment permet-elle d’obtenir ses résultats ?

Juste un exemple : dans notre métier nous utilisons des bobines d’aluminium de 10 tonnes pour fabriquer les canettes. Chaque fois qu’il faut mettre une nouvelle bobine dans la presse, on perd de l’aluminium, ce qui représente un coût non négligeable. Nous avons alerté les équipes à ce sujet pendant des années, en vain. Depuis que nous avons intégré dans le contrat d’intéressement le partage en deux parts égales des gains que nous pourrions faire dans la consommation d’aluminium, nous avons réduit sensiblement ce gaspillage. C’est normal : on ne peut pas tout demander des salariés sans leur donner de contrepartie.

 

Propos recueillis par Christophe Bys

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