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Nexter va faire des blindés low cost

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Le fabricant du char Leclerc et du véhicule blindé de l'infanterie française VBCI, bousculé par les pays émergents, est trop cher et ses produits parfois trop sophistiqués. C'est pourquoi il a décidé de lancer un programme visant à réduire de 25% ses coûts.

Nexter va faire des blindés low cost
Réduction de coûts nécessaire pour Nexter face aux constructeurs des pays émergents.
© Nexter

« L'idée est d'être plus modulaire et d'offrir des produits moins chers, moins sophistiqués, où le client aura le choix d'ajouter ou retrancher des équipements ou des niveaux de blindage », explique Philippe Burtin, le PDG de Nexter, qui présentait ce 4 mars le bilan 2010 de l'ex-GIAT.

Un exemple : avec l'Aravis, son dernier né dans les gros 4 X 4 ultra blindé, Nexter va proposer une version plus courte. Le blindage sera de niveau 3, contre le niveau 4 actuel, le plus élevé. Il gagnera ainsi 15 % en coût de revient.

L'Aravis est entré dans les forces françaises en 2009 et est déployé en Afghanistan depuis quelques mois. Mais Nexter n'en a pas vendu à l'export, sans doute parce qu'il est un peu trop haut en gamme. D'autant que la donne du marché change à toute allure.

Le serpent de mer des alliances
Philippe Burtin, PDG de Nexter, a encore une fois répété qu'une alliance européenne dans les fabricants de matériels terrestres était « inéluctable ». Mais avec qui ? « Nous sommes toujours en phase de discussions préliminaires avec les différents acteurs, et nous privilégions une solution d'alliance française. Mais pour s'allier il faut une convergence d'intérêt », a indiqué le patron de Nexter. Les noms de Renault Trucks Defense (RTD), Panhard et Thales circulent. « Les discussions avec Thales portent sur leur filiale munitions (TDA) et sur leur activité véhicule blindé en Australie (Bushmaster) », a précisé le PDG.

 

« Nous sommes environnés de nouveaux concurrents, chinois, sud-africains, turcs, et il est certain que nous devons revoir notre positionnement », ajoute Philippe Burtin. Au dernier salon d'armement IDEC à Abu Dhabi, le canon Caesar de Nexter était face à quatre ou cinq concurrents de pays émergents, dont certains n'existaient pas il y a deux ou trois ans.

Un fabricant chinois proposait un canon, le SH 1, très proche du Caesar, mais deux fois moins cher… Les prix trop élevés de Nexter lui ont par exemple fait perdre une compétition en Suède (pour 300 véhicules type VBCI), gagnée par le finlandais Patria.

Parallèlement, Nexter a lancé un plan de réorganisation, Grand Large, visant à gagner 25 % en coût de revient. Vingt-six chantiers, 280 personnes impliquées, un portail intranet dédié, afin faire émerger des versions « low cost » des matériels actuels ou futurs.

La modularité du blindé sera prévue dès les phases de conception, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les temps de cycle seront encore réduits, le travail en PLM sera généralisé (cycle total de vie du produit), et toutes les méthodologies du « design to cost » seront appliquées.

De là à devenir le « Logan » du blindé il y a un pas. Mais l'enjeu pour Nexter est stratégique : le fabricant a un besoin urgent de gagner de nouveaux marchés pour alimenter les bureaux d'études et la charge industrielle. Surtout à partir de 2014, quand le programme VBCI va commencer à se terminer.

Nexter est engagé dans deux compétitions, au Canada (où il va s'allier à Bombardier), pour 138 VBCI, et en Espagne, pour 300 VBCI. Mais ce type de contrats met beaucoup de temps à être signé et à entrer en application.

Par ailleurs, Nexter a en ligne de mire le fameux contrat du VBMR, 2000 blindés multi-rôles destinés à remplacer le célèbre VAB à l'horizon 2016-2017. Pour gagner, le français devra être très compétitif en prix car tous les fabricants européens vont concourir.

Quelques nuages sur 2011 ?
- Chiffre d'affaires : 1,07 milliard d'euros en 2010. Prévision 2011 : environ 800 millions. Explication : les livraisons des canons Caesar ont été honorées en 2010 ;
- Prises de commandes : 601 millions d'euros en 2010. Prévision 2001 : 5-600 millions. Explication : l'effet plan de relance qui a joué en 2009 et 2010 ne joue plus en 2011 ;
- Marge opérationnelle : 12,5 % / au CA. Prévision 2011 : un taux supérieur à 8%. Explication : les pressions sur les prix de plus en plus fortes.

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