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Nexter-KraussMaffei : les syndicats dénoncent un rapprochement risqué

Hassan Meddah , , ,

Publié le

Le premier juillet, les fabricants de blindés allemand et français ont annoncé leur intention de se rapprocher. En France, les syndicats craignent une casse sociale et industrielle lourde. Les deux entreprises ont des activités très similaires et sont en concurrence sur leurs principaux marchés.

Nexter-KraussMaffei : les syndicats dénoncent un rapprochement risqué © Patrice Desmedt

De toute évidence, les syndicats ne sont pas aussi ravis que les gouvernements et les états-majors des industriels après l’annonce de l’ouverture de négociations exclusives en vue d’une fusion entre l’allemand Krauss Maffei (KMW) et le français Nexter Systems. Quand les dirigeants mettent en avant des synergies liées à l’effet de taille et les complémentarités géographiques, les syndicats pointent du doigt la trop grande similitude de profils des deux entreprises. "J’ai été prendre le pouls ce matin dans les ateliers. Les salariés sont inquiets des doublons possibles avec KraussMaffei", explique Daniel Coutaudier, délégué syndical central pour la CFDT sur le site de Roanne (Loire) où Nexter assemble ses blindés. 

De nombreux produits concurrents

Les deux entreprises ont en effet une gamme de produits qui peuvent quasiment se calquer l’une sur l’autre. Dans le segment des chars lourds, Nexter a le Leclerc, KMW le Léopard; dans le domaine des véhicules d’accompagnement pour l’infanterie, le VBCI de Nexter est en concurrence avec le Boxer de KMW; dans le domaine des véhicules plus légers et fortement protégés, l’Aravis de Nexter fait face au Dingo de KMW. "Nous sommes en opposition frontale sur nos matériels phare. Ce rapprochement met en péril les emplois et les site", alerte Jean-Pierre Brat, délégué syndical central pour la CGT. 

Il parait clair en effet qu’il faudra choisir entre ces produits pour éviter de dupliquer les frais liés aux développements complémentaires et aux traitements des obsolescences des matériels. Quelles seront alors les conséquences pour les activités de bureau d’études et de fabrication ? Comment seront partagés les futurs programmes ? Les syndicats estiment que le rapprochement soulève de nombreuses questions. "Nous aurions préféré le scénario d'un rapprochement avec le groupe Thales qui est un équipementier. Il n’y aurait pas de tels doublons et Thales nous apporterait son réseau commercial", explique Daniel Coutaudier.

Partage des rôles

D’autres points du rapprochement cristallisent les craintes des syndicats. La fusion présentée d’égal à égal ne le serait pas autant que cela. "Le carnet de commandes de KMW est nettement plus fourni que celui de Nexter. Cela pèsera sur les négociations en défaveur de Nexter", estime Jean-Pierre Bras de la CGT.

Le spectre d’une spécialisation des entreprises de part et d’autre du Rhin inquiète également. Nexter étant le seul à développer une activité de munitions, d’ailleurs en forte croissance et soutenue par des récentes acquisitions, se spécialiserait dans ce domaine et KMW assurerait le développement de l’activité de blindés. La CFDT ne veut pas entendre parler d’un tel partage des rôles. "Sans activité de montage, le site de Roanne est mort !", prévient son délégué Daniel Coutaudier. "Cela réduirait Nexter au rôle de super sous-traitant de KraussMaffei", s’inquiète Jean-Pierre Brat. Toutefois, le prochain lancement du programme Scorpion de modernisation de l’armée de terre française avec l’arrivée de nouveaux véhicules blindés (véhicules VBMR, EBRC) ne plaide pas pour tel scénario.

Un impact sur la supply-chain

Cette fusion aura également des impacts significatifs pour la supply-chain des deux fabricants. "Cela va s’accompagner d’une mutualisation des fournisseurs", prévient Jean-Pierre Brat de la CGT. Et là, les fournisseurs français risqueraient plus gros que leurs homologues allemands, récemment présentés comme un atout pour cette alliance. Ils sont avantagés par les volumes allemands : KraussMaffei a écoulé plus de 4000 chars lourds Léopard contre 600 Leclerc. Par ailleurs, les fournisseurs pourraient être mis plus systématiquement en concurrence. Typiquement, Renault Trucks Défense et Mercedes sont les deux sources pour les véhicules porteurs du canon Caesar de Nexter Systems : demain il n’y en aura peut-être plus qu’un.

Dernier motif d’inquiétude : la crainte d’un désengagement de l’Etat suite à la privatisation de Nexter. En descendant de 100 à 50% du capital du nouvel ensemble, l’Etat privatise de fait le fabricant de blindés. "Si d’autres industriels rejoignaient l’alliance comme c’est souhaité, la participation de l’Etat ira forcément à la baisse", souligne la CGT. Pour sa part, la CFDT n’est pas opposée à cette privatisation…tant que l’Etat ne se désengage pas davantage.

Hassan Meddah

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