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Quotidien des Usines

NET ÉCONOMIE A QUAND LES PREMIERS DÉRAPAGES ?Marché qui se cherche, surabondance d'argent, jeunes " entreprenautes " inexpérimentés... Derrière l'euphorie ambiante, tout le monde sait que toutes les start-up Internet ne seront pas les Microsoft de demain. Radiographie des risques de dérapage.

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NET ÉCONOMIE A QUAND LES PREMIERS DÉRAPAGES ?

Marché qui se cherche, surabondance d'argent, jeunes " entreprenautes " inexpérimentés... Derrière l'euphorie ambiante, tout le monde sait que toutes les start-up Internet ne seront pas les Microsoft de demain. Radiographie des risques de dérapage.



" Personne n'a envie de sonner le glas quand tout va bien ! " Au-delà de la " Net effervescence " ambiante, la question est pourtant sur toutes les lèvres : " Le problème n'est pas de savoir s'il y aura de la casse, mais quand et de quelle ampleur ", affirme Maurice Khawam, directeur de participations chez Apax Partners. Car, comme dans toute révolution industrielle, la déferlante de nouvelles start-up générée par la nouvelle économie aura, elle aussi, son lot de gagnants et de perdants. Un signe qui ne trompe pas : les assureurs-crédits, jusqu'ici restés ancrés à l'économie réelle, commencent à s'interroger sur la façon de garantir les risques de ce nouveau type de créanciers.

Vers des fusions ou des rachats

Les premières fissures apparaissent. Après l'euphorie du " e-Christmas ", les pionniers du Net annoncent une cure d'amaigrissement. Le numéro 1 de la librairie en ligne, Amazon.com, qui cumule plus de 550 millions de dollars de pertes depuis ses débuts en 1994, va ainsi licencier 150 collaborateurs (2 % de ses effectifs). Idem pour Boo.com, le site suédois de sportswear de marque lancé en novembre dernier avec l'aide de prestigieux actionnaires (Markas, le holding patrimonial de Bernard Arnault). Il s'apprête à réduire ses effectifs de 10 %. D'autres projets annoncés à grand fracas affichent des retards de plusieurs mois, comme le site de ventes aux enchères, Clust.com. Ce qui n'est pas sans conséquence dans un secteur où le " time- to-market " est primordial. Certes, les accrocs ne seront pas tous synonymes de mort violente. On s'attend plus sûrement à une vague de fusions ou de rachats. Mais déjà, les tribunaux de commerce commencent à prononcer la mise en redressement, voire la liquidation judiciaire de sociétés évoluant dans l'univers Internet. C'est le cas de la supérette Choix.com à Montpellier, radiée en décembre. Ou encore de cet opérateur de réseaux parisien, qui propose notamment l'hébergement de sites et qui fait aujourd'hui l'objet d'un appel d'offres de reprise lancé à l'initiative de l'administrateur judiciaire. Capitaux surabondants, attrait du jackpot, survalorisation boursière, business plans aux pertes abyssales, entrepreneurs novices ne dépassant guère 27 ans de moyenne d'âge..., tous les ingrédients sont là pour de futurs dérapages. D'autant que les perspectives de développement du secteur restent encore à tracer. " Ce qui transparaît des business plans européens sérieux, c'est que leur point de rentabilité correspond à une base de 10 millions d'utilisateurs ", rapporte Stéphane Roussier, président de France Finance & Technologie.

Même les projets plus prometteurs ne sont pas à l'abri de l'accident. " Dans le business plan d'une start-up, le risque est permanent. Sa gestion quotidienne se rapproche techniquement de celle d'entreprises en difficulté ", rappelle Olivier Chapel, consultant chez Ernst & Young. Evidemment, ses phases de développement ne diffèrent pas fondamentalement de celles des entreprises de la " réelle " économie : amorçage, premier et deuxième tour de table, conquête de parts de marché, mise en place de barrières à l'entrée, introduction en Bourse... " La différence, c'est que ces étapes se font en douze à dix-huit mois quand les autres mettent sept ans ", précise Stéphane Roussier. Une redoutable course contre la montre qui n'a d'autre but que d'être le premier sur le marché et de devenir rapidement incontournable. " Un projet qui prend deux mois de retard, c'est grave. Aujourd'hui, le marché est fébrile. Si la confiance est ébranlée, c'est toute la machine qui peut se dérégler ", affirme ce financier.

Des fragilités structurelles

Or passer de 2 à 150 salariés, d'une échelle locale à une implantation internationale ou d'un développement en solo à un réseau d'alliances en l'espace de dix-huit mois, n'est pas exempt de risques d'implosion. " Ils ne sont pas encore partis, qu'on leur demande d'être arrivés ", résume Stéphane Roussier. Comme le souligne l'étude que vient de réaliser le cabinet de conseil Europe à partir d'entretiens auprès de 40 start-up françaises (Liberty Surf, Wstore, Multimania, Caramail, etc.) et portant sur leurs principaux enjeux opérationnels, le danger vient davantage de l'intérieur que de l'extérieur : pour 77 % des dirigeants interrogés, les déficiences de la gestion interne constituent en effet le premier facteur de risque d'échec de leur projet. Bien avant les problèmes de concept (65 %) ou de concurrence (14 %). Aux difficultés de gestion de la croissance, des ressources humaines et de la production, viennent se greffer l'inquiétude récurrente de la démotivation des équipes, des faiblesses de la communication interne ou de la prédominance du quotidien au détriment de la stratégie. " Dans le domaine Internet, note ainsi l'étude, la crise est effectivement une normalité. Il ne peut en être autrement dans un secteur à maturité aussi faible : risque de dysfonctionnement des circuits logistiques, risque commercial avec la déception de clients, risque financier si la start-up est cotée en Bourse, risque médiatique... " Pas étonnant dans ces conditions que " des descentes brutales peuvent succéder aux envolées spectaculaires ".

Etre dans les " deals "

Malgré toutes ces incertitudes, business angels en quête de sensations fortes, géants du conseil doublés par la Net économie, industriels menacés jusque dans leurs réseaux de distribution..., tout le monde afflue. " Les enjeux stratégiques sont tellement importants que personne n'ose dire à son chef qu'il est resté sur le quai. Tout le monde préfère prendre le train, même sans son billet ", ironise en tout anonymat l'un des responsables d'un site de transactions de biens industriels qui vient de lever 40 millions de francs. Advienne ensuite que pourra, si l'on en croit ce qui se dit dans le milieu : " Si on se casse la figure, on ne pourra pas nous le reprocher, car tout le monde se cassera la figure. " De là à faire un parallèle avec les affres de la spéculation immobilière effrénée des années 80 et de ses déconfitures en cascade, il n'y a qu'un pas.

Des tickets encore modestes

" Il n'y a pas de bulle spéculative, s'insurge Hervé Giaoui, cofondateur d'Apollo Invest, un fonds d'investissement réunissant 50 business angels. Contrairement aux promoteurs, les start-up ne vivent ni sur l'argent des banques ni sur celui des fournisseurs, mais avec du cash. Cela n'entraînera rien. " Il est vrai que, jusqu'à présent, les tickets d'entrée restent modestes face à des perspectives de retour sur investissement qui peuvent dépasser 300 à 400 fois la mise de départ. " Aujourd'hui, les perdants, ça ne coûte pas très cher, du moins pour les dix-huit premiers mois. C'est à partir de ce moment-là qu'on injecte des montants colossaux ", confie un capital-risqueur de la place. D'où le raisonnement des financiers : miser sur dix chevaux en espérant qu'il en sortira une success-story, trois à quatre " histoires moyennes " et le solde " à liquider ". " Il suffit qu'un seul de nos dossiers soit introduit en Bourse pour couvrir la totalité de notre fonds ", assure Hervé Giaoui. A condition d'avoir misé sur le bon cheval ! " C'est un secteur où l'on apprend en marchant ", résume Pascal Héron, dirigeant du cabinet Europe. Un apprentissage qui ne devrait pas aller au-delà de 2002-2003. A cette date, l'heure de la consolidation aura sonné, et toutes ces sociétés devront commencer à " cracher du cash ".





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