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L'Usine Matières premières

Nestlé mis à l'écart du RSPO, l'organisme de certification de l'huile de palme "durable" qui fait débat

Simon Chodorge , , , ,

Publié le , mis à jour le 29/06/2018 À 07H52

[ACTUALISÉ] Le groupe agroalimentaire suisse Nestlé a annoncé le 28 juin sa mise à l'écart du Round Table for Sustainable Oil (RSPO), organisme de certification privé à l'origine d'un label sur l'huile de palme "durable". Le RSPO s'est réuni à Paris le 26 juin, relançant le débat sur ses critères. L'ONG Greenpeace a publié un rapport pour épingler les pratiques du négociant Wilpar, qui fournit plusieurs groupes français.

Nestlé mis à l'écart du RSPO, l'organisme de certification de l'huile de palme durable qui fait débat
Une concession de palmiers à huile de Gama, entreprise épinglée par Greenpeace en marge de la réunion du RSPO.
© Ulet Ifansasti / Greenpeace

Actualisation du 29 juin : Le groupe agroalimentaire suisse Nestlé a annoncé le jeudi 28 juin avoir été mis à l'écart du RSPO (Round Table for Sustainable Oil), organisme de certification privé à l'origine d'un label "environnemental" sur l'huile de palme. À Paris, la réunion annuelle du RSPO s'est tenue le mardi 26 juin, relançant le débat sur cette huile végétale. L’institution regroupe quelque 3 800 adhérents : producteurs, négociants, acteurs de la grande consommation, banques, ONG…

Plusieurs usines du groupe agroalimentaire suisse ont vu leur certification révoquée par le RSPO. Nestlé a expliqué que cette mise à l'écart provenait de divergences sur les objectifs pour atteindre une industrie de l'huile de palme entièrement durable. Tandis que le RSPO souhaite atteindre 100% d'huile de palme certifiée par ses soins, Nestlé ne partage pas cet objectif.

Le RSPO a décrit par ailleurs des entorses de Nestlé à ses règles de conduite : l'entreprise aurait proposé un rapport 2017 incomplet au sujet des progrès réalisés sur la production et l'achat d'huile de palme certifiée. Pour l'année 2016, elle n'aurait pas du tout fourni de rapport. Nestlé peut se conformer à ces règles jusqu'au 20 juillet, après quoi l'adhésion de l'entreprise au RSPO sera suspendue.

19% de l'huile de palme mondiale certifiée par le RSPO

En 2017, le RSPO a certifié 12,2 millions de tonnes d’huile de palme soit 19% de la production mondiale. Mais tandis que le RSPO défend une solution du “moins pire” à travers l’exploitation d’une huile de palme responsable, certaines associations critiquent son label.

La certification du RSPO est sensée s’assurer que l’exploitation du palmier à huile ne déborde pas sur les forêts primaires, les écosystèmes fragiles, les lieux concentrant de la biodiversité ou qui répondent aux besoins des communautés locales. Un critère relativisé par Greenpeace puisqu'il laisse de côté les forêts secondaires (les forêts primaires représentent environ 36% des surfaces boisées dans le monde).

Dans son argumentaire pour une “huile de palme durable”, le RSPO met en garde contre les alternatives et les autres huiles végétales (tournesol, soja, colza) qui nécessitent des surfaces de culture beaucoup plus grandes pour des volumes d’huile identiques. Néanmoins dans certains domaines, comme celui des carburants, L'Usine Nouvelle a déjà identifié des solutions qui ne font appel à aucun de ces produits.

De son côté, le RSPO met également en valeur l’emploi apporté aux 4,5 millions de personnes qui travaillent dans la filière huile de palme en Indonésie et en Malaisie. L’argumentaire a convaincu certaines ONG, dont le WWF qui soutient publiquement la certification RSPO. D’autres comme Greenpeace sont moins convaincues par l’efficacité du label.

Le groupe Wilmar accusé de cacher ses liens avec la déforestation

À l’occasion de la conférence du RSPO, Greenpeace publie un rapport d’une centaine de pages sur l’un de ses acteurs clefs : le groupe Wilmar, premier négociant mondial d’huile de palme, basé à Singapour. Dans son document, l’ONG assure que Wilmar contourne les réglementations du RSPO et ses propres engagements sur la déforestation.

Plusieurs cadres dirigeants de Wilmar et des membres de leur famille dirigent Gama, une entreprise d’huile de palme active en Indonésie. Or, selon Greenpeace, l’entreprise Gama aurait détruit plus de 21 500 hectares de forêt depuis 2013, date à laquelle Wilmar s’est engagée sur le “zéro déforestation”.

Des grands groupes internationaux auraient reçu l’huile de palme des moulins Gama, dont Mondelez, Nestlé et Unilever. Du côté des Français, L’Oréal fait partie des clients de Wilmar mais le lien avec les moulins Gama n’est pas confirmé.

L’ONG dénonce le fait que Wilmar et Gama ne soient pas enregistrés comme un seul et même groupe auprès de la RSPO : “Au moins une entreprise de Gama, S&G Biofuel Ltd, est membre de la RSPO. Conformément aux règles de la RSPO, les entreprises qui partagent la même direction doivent être considérées comme une seule et même entreprise. Selon ces règles, Wilmar est donc responsable de ce qui se passe sur les concessions de Gama.” Greenpeace demande ainsi la suspension de l’adhésion de Wilmar au RSPO.

Wilmar coupe les ponts commerciaux avec Gama

Contacté par L'Usine Nouvelle, le RSPO déclare : "Nous restons engagés en terme de transparence et de responsabilité et nous prenons ces allégations sérieusement. Nous sommes en train d'examiner les accusations apportées par Greenpeace."

Wilmar de son côté maintient que Gama et Wilmar sont deux groupes séparés et que l'existence de liens familiaux entre les dirigeants de Wilmar et ceux de Gama n'influence pas la politique environnementale de l'entreprise. Le négociant d'huile de palme annonce tout de même un ajustement en coupant les ponts commerciaux avec Gama : "À compter du 20 juin 2018, Wilmar a cessé de s'approvisionner auprès de tous les fournisseurs qui sont prétendument associés avec Gama, tels qu'identifiés par Greenpeace."

Mobilisations contre l'huile de palme importée en France

Ces doutes sur la certification RSPO font écho aux récentes mobilisations contre l’huile de palme importée en France. La reconversion du site Total de La Mède (Bouches-du-Rhône) en “bioraffinerie”, approuvée par le gouvernement, a suscité une levée de boucliers, aussi bien chez les agriculteurs français que chez les écologistes.

Le gouvernement français doit d'ailleurs présenter sa Stratégie Nationale contre la Déforestation Importée en juillet. De son côté, le RSPO entend tout de même améliorer sa certification. Du 12 au 15 novembre, l’organisme doit tenir une assemblée générale où de nouveaux critères plus contraignants doivent être finalisés et approuvés.

 

 

 

 

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