NégociationsLe modèle allemand à l'épreuveAu lendemain de la manifestation qui a rassemblé à Bonn 350 000 personnes contre le plan d'austérité, le rapport de forces reste figé. Le fameux " consensus à l'allemande " atteint-il ses limites ?

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Le modèle allemand à l'épreuve

Au lendemain de la manifestation qui a rassemblé à Bonn 350 000 personnes contre le plan d'austérité, le rapport de forces reste figé. Le fameux " consensus à l'allemande " atteint-il ses limites ?

Les 350 000 manifestants qui se sont déplacés à Bonn le 15 juin dernier à l'initiative du puissant syndicat allemand DGB ne suffisent pas à ébranler la détermination du chancelier Kohl à appliquer son plan d'économies. Sont prévus notamment un report de la revalorisation des allocations familiales, une réduction des indemnités maladie à 80 % du salaire net pendant les six premières semaines, un recours au licenciement facilité pour les entreprises jusqu'à dix salariés et un report par étapes de l'âge de la retraite à 63 ans pour les femmes (contre 60 ans) et à 65 ans pour les hommes. Le programme vise surtout à diminuer le coût du travail pour les entreprises (voir encadré). Pour le DGB, il s'agit d'un " catalogue de cruautés et d'injustice sociale ", et, pour le gouvernement, d'un " vrai programme pour l'emploi ".

En effet, depuis quelques mois, l'économie du pays patine, et le chômage outre-Rhin a dépassé les 4 millions de personnes. Et, avec un déficit public qui devrait atteindre 4 % de son PIB cette année, selon l'OCDE, l'Allemagne ne respecte plus les critères de Maastricht (3 % du PIB). C'est donc 50 milliards de deutsche Mark que le gouvernement a décidé d'économiser l'an prochain, les coupes sociales devant être supérieures à 20 milliards. Helmut Kohl passera-t-il en force pour faire accepter son projet ou acceptera-t-il des aménagements ? Dans l'histoire des conflits sociaux en Allemagne, c'est souvent la deuxième solution qui l'a emporté. Le ton monte de chaque côté, au point de frôler la rupture, mais, finalement, chacun accepte de s'asseoir à une table et de négocier. C'est en tout cas le scénario qui s'est produit dans la Fonction publique.

Les industriels jouent gros dans la partie de bras de fer

Le 14 juin, les partenaires sociaux sont tombés d'accord pour fixer une hausse de salaire de 1 % en 1996 et 1997 inférieure au niveau de l'inflation (1,5 %). Surtout, le système des indemnités maladie est resté intact. Précédemment, le 29 mars, patronat et syndicat de la chimie ouest-allemande avaient conclu un accord salarial pour 1996 (+ 2 %) en échange d'un arrêt des suppressions, d'emplois à partir du 1er juillet. Des pactes similaires ont été adoptés dans le textile. Le gouvernement réussira-t-il ce mêmê Chez les syndicats, Dieter Schulte, le président du DGB, se déclare prêt à une longue bataille, qui pourrait durer jusqu'aux législatives de 1998. Et même si ce dernier redoute et refuse une évolution du conflit à la française, plusieurs de ses adhérents pourraient être tentés par un mouvement de grande ampleur, similaire à celui de décembre, qui avait vu le retrait partiel du plan Juppé. En face, le Chancelier peut compter sur l'appui ferme du patronat. La Fédération allemande des employeurs a qualifié la manifestation de la fin de la semaine dernière " d'exagérée et de pur activisme ". Les industriels, il est vrai, jouent gros dans la partie : le poids des charges salariales, que le gouvernement entend réduire, obère de plus en plus leur compétitivité. C'est face à un rapport de forces aussi tranché que les partenaires sociaux pourront faire preuve de leurs capacités à sauver le fameux " consensus à l'allemande ".



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USINE NOUVELLE N°2554

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