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Ne faut-il pas re-designer l’offre de formation en design ?

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Analyse Cette semaine, Alain Cadix fait un état des lieux de la formation en design en France et pose clairement la question de la mise en oeuvre d'un "Grenelle" de l'enseignement supérieur en design. Chargé de la Mission Design par les ministres du Redressement productif et de la Culture, l’ancien directeur de l'École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI - Les Ateliers) expose chaque semaine pour L'Usine Nouvelle sa vision des mutations de l'industrie par le prisme du design et de l'innovation.

Ne faut-il pas re-designer l’offre de formation en design ? © DR

L’offre française des formations supérieures en design est illisible. Elle est le fruit de l’histoire, bien sûr, mais aussi de l’absence d’une coordination interministérielle effective et d’un dispositif d’évaluation efficient.

L’introduction récente, au niveau bac+5, du grade de master par le ministère de l’Enseignement supérieur, en relation avec le ministère de la Culture, a constitué une avancée. Mais il ne s’applique qu’à un seul niveau de diplôme et ne concerne pas tous les établissements (les quelques écoles consulaires et les nombreuses écoles privées en sont exclues aujourd’hui).

Observons le paysage des établissements publics de formation en design. Trois ministères et des collectivités territoriales (agglomérations le plus souvent) sont impliqués. Le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, d’abord, avec des lycées et les écoles supérieures d’art appliqués (Boulle, Duperré, Estienne, écoles dites de la ville de Paris, et Olivier de Serres, soutenue par la région Ile de France) ; ces dernières ont un statut de lycée, c’est-à-dire d’établissement public local d’enseignement. Ces établissements préparent à des brevets de technicien supérieur (BTS), délivrent des diplômes des métiers d’art (DMA) et des diplômes supérieurs d’arts appliqués (DSAA). Les lycées délivrant le DSAA diplôment à bac+4 !… Les universités, pour leur part, délivrent des licences générales et professionnelles et des masters en rapport, plus ou moins proche, avec la pratique du design. Enfin, l’école normale supérieure de Cachan a un département de design qui prépare à l’agrégation en arts appliqués et délivre par ailleurs un master en design.

un "Grenelle" de l’enseignement supérieur public en design

Le ministère de la Culture, ensuite, est impliqué par les écoles supérieures d’art et de design, établissements publics de coopération culturelle, qu’il a en tutelle partagée avec des collectivités territoriales qui assurent l’essentiel de leur financement. Ces écoles délivrent le diplôme national d’art plastique (DNAP), le diplôme national d’arts et techniques (DNAT) et le diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP) ; ce dernier conférant le grade de master. Ce ministère exerce aussi la tutelle de l’école nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) et, avec le ministère en charge de l’industrie (troisième ministère impliqué), de l’école nationale supérieure de création industrielle (ENSCI – Les Ateliers), délivrant toutes deux des diplômes d’établissement conférant le grade de master.

A côté de cela se trouvent des écoles consulaires relevant, ou proches de Chambres de commerce et d’industrie et de nombreuses écoles privées qui délivrent assez librement divers diplômes à tous échelons après le bac. Une prolifération de mentions et de spécialités dans tout le système ajoute à son illisibilité. Dans ce contexte, avoir par exemple des chiffres précis d’effectifs par niveau d’études et de flux de diplômés et obtenir des garanties de qualité relèvent de la gageure.

Les diplômes de design délivrés par les établissements publics d’enseignement supérieur :

 

Lycées et écoles sup.d’arts appliqués

Universités

ENS Cachan

Ecoles supérieures d’art et de design

Ecoles nationales supérieures

Bac + 5

Grade de master

 

Masters

DNSEP

Diplômes ENSAD & ENSCI–Les Ateliers

Bac + 4

DSAA

 

 

 

Bac + 3

 

Licences

DNAP & DNAT

 

Bac + 2

BTS & DMA

 

 

 

(nota : il existe aussi, en post bac, une année de mise à niveau, mal reconnue dans les cursus)

Alors que faire ? N’est-ce pas le moment de tout remettre à plat, au moins déjà du côté des écoles publiques ? Ne serait-il pas venu le temps d’un "Grenelle" de l’enseignement supérieur public en design ? Sûrement. Il faut profiter du regroupement actuel de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur dans un même ministère situé… rue de Grenelle. Toutes les parties prenantes, même si cela fait du monde, doivent être autour de la table, avec quelques témoins européens et étrangers. Il y aura d’abord une grande cacophonie. Puis il faudra rechercher les voies raisonnables de la convergence, de la simplification donnant de la lisibilité et dégageant de nouvelles perspectives et de nouveaux moyens. La simplification et la consolidation du secteur public entraîneront celles des secteurs consulaire et privé ; du reste leurs représentants seraient associés au "Grenelle".

un système d’évaluation comparable à celui des ingénieurs et des managers ?

Une ligne directrice devrait naturellement s’imposer : le référentiel européen des diplômes, Licence – Master – Doctorat (LMD), en formation initiale comme en formation continue. Les diplômes porteraient ces noms ou devraient conférer les grades correspondants de façon à ce que, malgré notre jargonaphasie collective, ils soient reconnus comme "bachelors / masters degrees" sur la scène internationale et mieux appréhendés par les entreprises. Le système d’évaluation au niveau master des formations et des diplômes présente aujourd’hui des défauts. La question de la création à l’échelon national d’un système d’évaluation comparable (mais adapté) à ceux mis en place pour les ingénieurs et les managers serait posée ; de même au nouveau européen, celle de la mise en place d’un dispositif commun d’accréditation.

Il faudrait par ailleurs converger sur un ou deux types de statut pour tous les établissements publics, avec convergence simultanée des statuts des enseignants et des personnels techniques et administratifs et mise en place d’une gestion coordonnée des emplois, assortie de possibilités encouragées de mobilité, notamment des enseignants ; ce point est essentiel. Par ailleurs, des regroupements et des déménagements d’établissements ne seraient pas à exclure pour tenir compte du nouveau paysage de l’enseignement supérieur qui se dessine sur nos territoires. Est-il acceptable, par exemple, qu'aucune école de design n’ait été prévue à Saclay, plateau à vocation mondiale de l’innovation technologique ? Ce n’est pas le seul grand campus de cette nature, et avec une telle ambition, qui se construit sans école de design ; en France, mais pas ailleurs…

Ce chantier, dans le contexte public national et concurrentiel international actuel, pour risqué qu’il soit, est devenu indispensable et urgent dans l'intérêt même du design et des designers.

Alain Cadix, chargé de la Mission Design auprès des ministères du Redressement productif et de la Culture
@AlainCadix

 

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