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L'Usine Aéro

Naval Group offre au Brésil sa souveraineté

Hassan Meddah , ,

Publié le

Naval Group offre au Brésil sa souveraineté
À Itaguai, l’assemblage du premier sous-marin franco-brésilien a débuté.

La base marine d’Itaguaí, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Rio, incarne la nouvelle fierté industrielle et militaire du Brésil. Le 20 février, le président Michel Temer a procédé au lancement des opérations d’assemblage des sous-marins brésiliens de nouvelle génération. Dans le grand hall d’intégration, trois tronçons qui constitueront le premier exemplaire d’une série de quatre sous-marins n’attendent plus qu’à être joints. Démarrés deux ans après la signature en 2008 du programme franco-brésilien de développement de sous-marins Prosub, les travaux pour la construction de la base navale ont été colossaux. Pour acheminer les tronçons de plus de 10 mètres de hauteur entre les différentes unités de production, il a fallu percer un tunnel de 700 m de longueur et de 14 m de diamètre dans la montagne environnante.

Partenariat avec des industriels locaux

Au premier rang pour cette inauguration, les officiers de la marine brésilienne attendent ces sous-marins avec impatience pour protéger leurs 8 500 kilomètres de côtes. La mise à flot du premier navire, en phase d’armement, interviendra cette année. Les trois exemplaires suivants seront produits à raison d’un tous les 18 mois. Le Brésil a pu réaliser cette ambition grâce à un transfert de technologies inédit réalisé avec Naval Group, le fabricant numéro un de la marine française. « Le programme Prosub est le meilleur exemple de notre ambition d’implantation industrielle à l’export. Nous avons signé des partenariats avec une trentaine d’industriels locaux », se félicite Hervé Guillou le patron de Naval Group (ex-DCNS).

Pour ravir ce client à son rival allemand TKMS, l’industriel partage le design du Scorpene, son sous-marin dédié aux marchés exports, fait monter en puissance les acteurs de la supply chain locale et assure une prestation d’assistance technique. Naval Group s’est associé avec l’industriel local Odebrecht à travers la société ICN (Itaguaí Construções Navais). À quelques kilomètres de la base navale, parmi ses 2 000 salariés en charge de la fabrication des sous-marins, des soudeurs et des électriciens brésiliens sont à pied d’œuvre pour équiper les tronçons des exemplaires 2 et 3.

Des sous-marins nucléaires en vue

S’il n’est actionnaire de la société commune qu’à 41 %, Naval Group en détient le contrôle opérationnel en assurant les postes clés (directeur général, directeur financier, deux directeurs de programme sur trois). Le contrat global du programme Prosub – qui inclut la livraison de la base navale – est évalué à 6,7 milliards d’euros, 40 % revenant à Naval Group. C’est, pour l’instant, le plus important contrat international de l’histoire du groupe. « Naval Group ne compte que six bases arrières industrielles à l’étranger contre une vingtaine pour son concurrent italien Fincantieri. Le transfert de technologies est un outil au service de l’exécution de leur stratégie d’internationalisation », indique Julien Warlouzé, expert en stratégie d’entreprises pour le cabinet JW Associates [lire l’entretien ci-contre].

La construction de sous-marins conventionnels n’est qu’une étape pour le Brésil. « Le but premier de notre partenariat est d’aider leur marine à concevoir et fabriquer des sous-marins nucléaires », explique Anne Bianchi, la directrice du programme Prosub pour Naval Group. Depuis la signature en 2008 d’un accord de coopération stratégique dans le domaine de la défense entre les présidents Lula et Sarkozy, la France s’est imposée comme le partenaire idéal pour atteindre cet objectif. Plus rapide (jusqu’à 20 nœuds de vitesse), capable de plonger jusqu’à 350 m de profondeur, ce type de sous-marin apporte une supériorité technologique grâce à une autonomie limitée seulement par la résistance de son équipage. Ils surpassent les modèles conventionnels limités à une cinquantaine de jours d’autonomie en mer.

Avec les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, l’Inde et la France, le Brésil deviendrait l’un des rares pays à savoir fabriquer un sous-marin nucléaire. Afin de respecter le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), la France a fixé une limite rouge : le transfert de technologies s’arrête à la partie non nucléaire du sous-marin. La conception et la réalisation de la chaufferie nucléaire reste exclusivement l’affaire de la marine brésilienne.

En partageant son savoir-faire avec les chantiers brésiliens, Naval Group ne risque-t-il pas d’armer un concurrent ? Le tricolore veut croire que non. Selon lui, disposer des plans du navire ne suffit pas à en avoir une maîtrise totale dans le temps. La garantie pour les Brésiliens d’acquérir et de conserver cette maîtrise résiderait donc dans le maintien de la société commune ICN. Sur le plan commercial, Naval Group a introduit des clauses restrictives dans le contrat. Les Brésiliens ne pourront pas proposer de sous-marins issus du design des Scorpene contre Naval Group. Ces précautions prises, l’industriel tricolore mise sur la société franco-brésilienne pour accroître ses succès à l’exportation. 

« Un nouveau business model »

Julien Warlouzé, directeur associé de JWA Strategy, cabinet de conseil en stratégie d’internationalisation

  • Naval Group n’est-il pas allé trop loin dans son transfert de technologies au Brésil ?

Naval Group n’a pas le choix pour rattraper son retard vis-à-vis de l’italien Fincantieri et du néerlandais Damen qui bénéficient de nombreuses implantations à l’étranger… L’industriel a par ailleurs mis en place des verrous technologiques. Dès 2010, il a formé les ingénieurs brésiliens en France en maîtrisant le niveau d’information transféré et s’est assuré d’être indispensable à son client pour maintenir et faire évoluer les sous-marins.

  • Cela reste une arme à double tranchant…

Sans les précautions nécessaires, un transfert de technologies peut rapidement faire émerger un concurrent. Alstom avait transféré au début des années 1990 la technologie du TGV aux Coréens. Il y a eu des fuites de savoir-faire critiques par manque d’expérience, de contrôle des personnels coréens formés ou encore de verrouillage juridique. De nombreux ingénieurs locaux sont partis en bénéficiant de la technologie tricolore.

  • Cela génère aussi de nouvelles opportunités ?

Le transfert de technologies est un outil de diplomatie économique. Il concourt à imposer un standard et une dépendance à nos méthodes, nos outils, nos composants… Il génère un nouveau business model. L’industriel client ne sait pas forcément maintenir et faire évoluer le système complexe qu’il achète. On s’assure ainsi des contrats de service récurrents dans les domaines du conseil, de la maintenance, de la formation. 

  • 1997 : Naval Group réussit la première vente du Scorpene au Chili, son sous-marin développé sur ses fonds propres pour cibler les marines étrangères.
  • 2005 : Grâce à la vente de six Scorpene à l’Inde, le groupe s’implante industriellement et développe une stratégie de Make-in-India.
  • 2008 : La France et l’industriel s’engagent à un transfert de technologies avec le Brésil pour quatre sous-marins conventionnels et un cinquième à propulsion nucléaire.
  • 2015 : Après le refus de la France de livrer deux Mistral (bâtiments porte-hélicoptères) construits par Naval Group, à la Russie, la marine égyptienne se porte acquéreur.
  • 2016 : Le français remporte le contrat du siècle de douze sous-marins destinés à l’Australie, alors qu’il était en compétition, notamment, avec l’allemand TKMS.

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