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Natixis pointe les fragilités de l’économie du Maroc

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Dans une note publiée mi-juin, la banque Natixis trace un portrait contrasté de l’économie marocaine. En dépit d’une croissance restant soutenue, le manque de compétitivité extérieure selon elle conduit au creusement de la balance commerciale et du déficit public.

Natixis pointe les fragilités de l’économie du Maroc © cib.natixis.com

Dans quel état est l’économie du Maroc ? C’est à cette question que tente de répondre une note de Natixis, banque de financement, de gestion et de services financiers du groupe bancaire français BPCE, publiée le 19 juin (voir texte intégral ci-dessous.)

Alors que le FMI prévoit 4,5% de croissance cette année, la réalisation de cet objectif, selon les analystes de Natixis, "dépendra de la capacité du Maroc à se passer d’une demande extérieure déprimée et à gérer des problèmes structurels internes de plus en plus gênants".

 "La solution adoptée par les autorités a consisté à soutenir la consommation des ménages."

"L’économie marocaine doit lutter depuis quelques années contre ses propres fragilités (dépendance au secteur agricole, offre à faible valeur ajoutée peu compétitive)", indique Natixis qui estime que "la solution adoptée par les autorités a consisté à soutenir la consommation des ménages."

Cette politique a  accentué les déséquilibres macroéconomiques (finances publiques et solde courant). Cependant, elle n’est "plus viable" estime Natixis. La banque pense que la politique économique "n’a par ailleurs pas permis de réduire un chômage persistant de 9%, qui touche surtout les jeunes (32% de chômage chez les jeunes urbains de 15-24 ans) et les diplômés du supérieur (19%)." 

"À court-moyen terme, le gouvernement devra œuvrer pour rétablir la compétitivité de son offre et à en améliorer la qualité par un investissement accru et mieux orienté, tout en préservant ses finances. Du respect de ces engagements, inscrits dans le PLF 2013, (Projet de loi de finances NDLR) dépendra la stabilité économique du Maroc", juge la note.

La croissance de la production industrielle a ralenti en 2012

La banque rappelle que le Maroc a connu en 2012 un ralentissement inattendu de sa croissance (+2,5% ), qui s’explique surtout par la baisse de la valeur ajoutée agricole (-8%). Hors agriculture, le PIB (Produit intérieur brut) ayant augmenté de 4,9%.

Mais le note pointe que la croissance de la production industrielle a ralenti elle aussi en 2012 (0,2% de croissance au T4-2012 contre 3,7% au T4-2011). Cela s’explique surtout par les mauvaises performances de l’industrie textile et de la confection.

Selon Natixis, l’industrie du Maroc est de plus frappée par la baisse de la demande émanant des pays européens, Espagne et France notamment ses principaux partenaires commerciaux.

Par ailleurs, sur le plan structurel, une offre peu diversifiée et à faible valeur ajoutée, la rend sensible à la concurrence des autres pays émergents.

"réorienter son offre vers des produits à plus forte valeur ajoutée"

"Deux défis se posent donc à l’industrie : relever la productivité du travail en misant plus sur l’investissement que sur une accumulation de capital dans des secteurs à faible valeur ajoutée et réorienter son offre vers des produits à plus forte valeur ajoutée".

En effet, "la structure des exportations révèle une spécialisation dans des produits à faible valeur ajoutée : produits minéraux bruts et semi-finis (phosphates…), de l’habillement, des produits agroalimentaires et des biens d’équipement."

Ces biens d’équipement (câbles électrique surtout notamment pour l'automobile) sont toutefois en progression. Alors qu’ils ne représentaient que 3% des exportations en 2000, les cables en constituent environ 15% aujourd’hui.

"La rigidité des salaires à la baisse et une productivité du travail qui progresse assez lentement expliquent l’érosion de la compétitivité extérieure du Maroc.", analyse aussi Natixis.

Selon elle, "les investissements étrangers pourraient accompagner une telle mutation (comme cela a été le cas en Tunisie), d’autant plus que le Maroc bénéficie déjà d’une certaine attractivité."

faire appel au FMI

En effet, l’investissement domestique direct est en constante progression rappelle Natixis. Il bénéficie cependant peu à l’industrie et reste pour une trop grande part un investissement improductif, dirigé vers l’immobilier.

Enfin, selon la banque, l’évolution récente des principaux agrégats économiques du Maroc est à l’origine d’une accentuation des déficits jumeaux (balance commerciale et comptes public).

La fragilisation des finances publiques et de la position extérieure du Maroc avait poussé les autorités du pays à faire appel au FMI (Fonds monétaire international) le 3 août 2012, rappelle Natixis.

Une "ligne de précaution et de liquidité" de 6,2 milliards de dollars sur deux ans a ainsi été octroyée au Maroc, comme "police d’assurance au cas où la conjoncture mondiale se dégraderait". Ce montant permettait alors de couvrir 70% des besoins de refinancement de la dette extérieure de court terme.

Depuis cette date, la dette extérieure a encore augmenté. Toutefois, conclut l’analyse de Natixis, "elle n’est pas inquiétante" dans la mesure où cette dette (extérieure et non totale, plus proche de 60%) ne représente que moins de 15% du PIB.

Principale conclusion de Natixis : "le gouvernement promet de mettre l’accent sur l’amélioration de la compétitivité de l’économie et le rétablissement progressif de l’équilibre budgétaire et de celui de la balance courante. Du respect de ces engagements dépend la stabilité de la croissance économique du Maroc."

Pierre-Olivier Rouaud

 

L'ANALYSE DE NATIXIS SUR L'ECONOMIE DU MAROC EN JUIN 2013 (note intégrale)

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