Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Nantes, Saint-Nazaire : l'ancienne et la nouvelle économie manquent de bras

, ,

Publié le

Nantes, Saint-Nazaire : l'ancienne et la nouvelle économie manquent de bras
Alstom Offshore Wind recourt au recrutement par simulation pour les besoins de son site de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), qui produit les éoliennes Haliade.

Aéronautique, naval, énergies marines… Le bassin industriel de Nantes – Saint-Nazaire est en surchauffe. Par centaines, l’industrie réclame des fraiseurs, des chaudronniers, des soudeurs, des opérateurs composites. Pourtant, le taux de chômage en Loire-Atlantique demeure à 9 %. Manifestement, l’offre et la demande d’emplois ne coïncident pas. Pourtant, des outils sont en place pour observer finement les besoins. Le dernier en date, Compétences 2020, associe l’État, la région Pays de la Loire, Pôle emploi et les grands industriels de l’estuaire, dont Airbus, STX France, DCNS et Total. Deux fois par an, 150 acteurs industriels sont questionnés sur leurs besoins à six mois. D’après la dernière enquête, la demande exprimée s’élève à 860 postes.

« Il est possible de réduire à court terme la tension sur des métiers d’ouvriers, de peintres industriels, de monteurs-ajusteurs dans l’aéronautique ou de câbleurs, indique Béatrice Rouillé, coordinatrice industrielle chez Pôle emploi. C’est plus difficile pour les formations longues, comme actuellement le métier de technicien en méthode industrielle, qui est le plus en tension. » Une promotion de 24 personnes vient d’être lancée au Greta, mais les entreprises demandeuses devront patienter. Pôle emploi répond également « aux besoins en dessinateurs industriels en allant convertir des dessinateurs en bâtiment. Il faut pour cela 400?heures de formation », précise Béatrice Rouillé.

Une Manufacturing academy en 2017

À Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), chez Alstom Offshore Wind, c’est le profil d’électro-mécanicien qui est courtisé pour monter l’Haliade, l’éolienne offshore géante. Ce savoir-faire étant rare, l’entreprise fait appel au recrutement par simulation, bien rodé par Pôle emploi à Saint-Nazaire. « À défaut de formation, c’est le savoir-être qui est privilégié, l’aptitude à suivre des procédures, à travailler en équipe… et en hauteur, explique Pascal Girault, le directeur du site de Saint-Nazaire. Nous avons beaucoup travaillé en ingénierie de façon à ce que le travail soit presque aussi simple que le montage d’un meuble Ikea. » Dans l’effectif, on trouve notamment un ancien boucher et une ancienne esthéticienne. Les femmes sont les bienvenues.

« Avec STX France, nous avons dû agir pour réintroduire la formation de soudeur qui avait littéralement disparu des bacs pro », souligne Stéphane Cassereau. Le directeur de l’IRT Jules Verne, à Nantes, estime que le problème vient surtout de la faible attractivité des métiers de l’industrie, notamment au niveaux des CAP et des bacs pro. « Certaines formations ne se remplissent qu’à 50 ou 60 %. » Pour les revaloriser, l’IRT va lancer sa Manufacturing academy, une usine-école qui sera construite ex nihilo et qui accueillera un millier d’élèves en production industrielle, du CAP à l’ingénieur, en offrant la plus grande transversalité possible. On y enseignera l’assemblage, le soudage, le collage, la robotique… « Ce décloisonnement permettra ainsi à un élève de bac pro d’envisager de nouvelles perspectives, assure Stéphane Cassereau. Cela rassurera les parents. »

La bonne santé du bassin économique nantais permet de reclasser relativement bien les salariés confrontés à des plans sociaux. Ce fut le cas pour ceux, certes très qualifiés, de l’usine de rotatives Goss, après sa fermeture. Wilfried Belloir, de la CFDT métallurgie, estime en moyenne que 40 à 50 % des salariés retrouvent un emploi après un plan social. Des obstacles aux reclassements subsistent, observe toutefois le syndicaliste, « ils tiennent principalement au niveau de salaire ».

Ce sont paradoxalement les profils surqualifiés qui peinent à se réinsérer. À l’instar des anciens salariés d’Alcatel à Orvault, en périphérie nantaise. Malheur aux seniors dans le secteur high-tech ! L’importante filière numérique nantaise ne cache pas sa préférence pour les jeunes, dont les compétences sont considérées comme étant plus à jour. « Mais aussi pour des raisons de coûts et de pression sur les prix », reconnaît Jean-Paul Chapron, délégué régional du syndicat professionnel Syntec et patron d’ASI, une société de services informatiques.

Selon le Syntec, 1 000 informaticiens sortent chaque année des écoles et de l’université nantaise, « mais il en faudrait le double ». Or le secteur numérique connaît localement un taux de chômage de 9 %, égal à celui du reste de la population active. La filière envisage donc un recours accru aux informaticiens étrangers, d’Afrique du Nord notamment.

À Nantes, tout le monde – les grands acteurs comme Steria, Capgemini et Accenture, mais aussi les sociétés de services et le vivier de start-up locales – cherche des développeurs, des codeurs, des consultants… La situation de Lengow est emblématique. Cette société qui propose une solution d’e-commerce veut doubler son effectif cette année pour atteindre les 200 salariés. Elle cible des profils techniques rares et, de surcroît, de culture internationale pour satisfaire ses visées mondiales. Une gageure. « Nous actionnons tous les leviers possibles, y compris les réseaux professionnels étrangers comme Xing en Allemagne et les associations étrangères », explique l’entreprise. Elle ne lésine pas non plus sur les codes de convivialité en vogue dans les start-up : massages, corbeille de fruits et petits-déjeuners, fêtes et activités sportives… Tout est bon pour séduire. 

Emmanuel Guimard

Besné mécanique forme des fraiseurs dans son école


L’aéronautique a besoin de pièces… par dizaines de milliers. Le fraiseur est un profil tellement courtisé que la coopérative Besné mécanique de précision (BMP), implantée non loin de Saint-Nazaire, est l’une des rares, avec Mecachrome Atlantique, à prendre l’initiative de les former elle-même. BMP a sollicité l’appui de l’Afpa Pays de la Loire et du Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification. Une promotion de six aspirants fraiseurs a été mise en place. « Le programme complet revient à 150 000 euros, précise Loïck Anger, le PDG de BMP, qui aimerait que cette initiative fasse école. Débaucher les salariés chez les uns ou les autres ne sert pas le territoire. » ??

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle