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L'Usine Santé

Nano-marché pour la nanomédecine

Gaëlle Fleitour

Publié le

En France, une douzaine de sociétés conçoivent des produits de nanomédecine. Ces entreprises peinent néanmoins à convaincre les grands industriels et les fonds d’investissement. Qui sont plus intéressés par les solutions apportées, que par la technologie elle-même.

Nano-marché pour la nanomédecine © D. R.

Une chaîne télé pour faire connaître la nanomédecine ? C’est l’idée que viennent de lancer la société française Nanobiotix et l’ETPN, plateforme européenne consacrée à ces nouveaux traitements. Ainsi, depuis quelques semaines, un site hébergé par Dailymotion permet de découvrir films de présentation, interviews d’experts, extraits de colloques dédiés à la nanomédecine… Un bon coup de pub pour les entreprises de ce domaine, qui espèrent ainsi faire connaître cette technologie auprès des acteurs de la recherche, de l’industrie et des professionnels de santé.

Car les sociétés appliquant les nanotechnologies à la médecine sont difficilement identifiables. Diagnostic médical, amélioration thérapeutique, imagerie... Elles évoluent souvent dans des secteurs variés. Voire ne sont pas spécialisées en nanomédecine ! Leur point commun ? Avoir découvert, dans le cadre de leur R&D, le potentiel des nanotechnologies ou de la miniaturisation pour améliorer le diagnostic et le traitement de pathologies.

Double poignée de pionniers

Dans une étude réalisée pour le Leem (le syndicat des entreprises du médicament) en 2009, la société de conseil Bionest Parners a identifié 12 acteurs français. Un chiffre qui n’aurait pas bougé en deux ans. « Certains, comme Guerbet, existent d’ailleurs depuis longtemps, explique Thomas Martinelli, manager chez Bionest.

Cette société, qui figure parmi les leaders mondiaux de l’imagerie médicale, a développé des produits de taille nanométrique afin de répondre aux besoins du diagnostic. » D’autres, comme Flamel Technologies, ont découvert les vertus des nanoparticules dans le cadre de leur activité de drug delivery, le système de délivrance des médicaments.

Quelques jeunes start-ups sont plus spécialisées. Ainsi, Nanobiotix a été co-fondée en 2003 par Laurent Lévy, à l’issue d’une thèse sur les nanosemi-conducteurs. Son idée ? Fabriquer des nanostructures capables de s’immiscer dans les cellules cancéreuses, puis les activer sous l’action d’un champ externe (magnétique, optique, ou rayon X) pour détruire les tumeurs. « Nous avons mis au point et developpé de nouveaux produits basés sur un mode d'action physique pour améliorer significativement la radiothérapie, mais sans toucher à la pratique médicale existante », se réjouit-il.

Sa société de 32 personnes est parvenue à établir la preuve de son concept en étude préclinique. Reste à amorcer la phase clinique, coûteuse et longue. Après avoir levé 25 millions d’euros principalement auprès de fonds d’investissement, la société compte désormais sur des partenariats avec l’industrie pharmaceutique.

La pharma sceptique

« Les grands laboratoires sont très frileux, et ne sont prêts à investir dans une start-up qu’une fois arrivée en phase 2 d’essai clinique », regrette Patrick Couvreur, chercheur cofondateur de BioAlliance Pharma en 1997 puis de Medsqual dix ans plus tard. Si BioAlliance a été introduite en Bourse en 2005, Medsqual, pour sa part, peine à boucler le budget nécessaire pour se lancer dans les essais cliniques.

Sa technologie, pourtant, est brevetée : en associant un composé naturel, le squalène, avec certains médicaments anticancéreux ou anti-infectieux, des nanoparticules se forment. Injectées par voie intraveineuse, elles peuvent alors facilement s’introduire dans une cellule cancéreuse, et diminuer les résistances au traitement. Mais « l’industrie a toujours considéré la galénique (l’administration du médicament) comme une discipline mineure, et non comme un source d’innovation », poursuit Patrick Couvreur.

Les big pharmas bouderaient-elles la nano ? « L’aspect nano est assez peu pris en compte par les laboratoires, confirme Thomas Martinelli. Ce sont les applications associées à ces technologies qui peuvent les intéresser, pour résoudre un problème de délivrance de molécules par exemple. » Pourtant, des plateformes existent pour favoriser la coopération.

Ainsi, le portail européen ETP Nanomédecine a été créé en 2005 à l’initiative de l’industrie et de la Commission Européenne pour favoriser l’éclosion de projets européens et la commercialisation de nouveaux produits. Mais sur ses 170 membres, les grands industriels se comptent presque sur les doigts d’une main : GE Healthcare, Siemens, l’Institut Mérieux, Roche, Philips et Zeltia...

Le capital frileux

Pourvoyeurs de capitaux traditionnels des biotechs, les fonds de capital-risque se font encore discrets sur ce segment. Chez Crédit Agricole Private Equity, les opportunités offertes par la nanomédecine paraissent encore trop faibles. Idem pour Antoine Papiernik, partenaire-associé de Sofinnova. « Notre stratégie est d’investir sur des solutions apportées à des pathologies insatisfaites, mais les applications des nanomédecines sont encore rares, ou se limitent à du drug delivery. »

Difficile, en effet, de développer un nanomédicament. BioAlliance en a fait l’expérience. En 2008, la société a été obligée de suspendre en phase II d’étude clinique Transdrug, son traitement sous forme de nanoparticules administrées par voie intra-artérielle contre le cancer primitif du foie, à cause de toxicité pulmonaire. « Comme tout nouveau médicament, les nanoparticules, malgré leur petite taille, présentent des effets indésirables, observe Pierre Attali, son directeur général délégué.

« Mais même si le développement dans ce domaine a connu un repli, il y aura forcément un redémarrage dans les prochaines années. » BioAlliance espère bien être de la partie. La société pense avoir résolu le problème lié au Transdrug, qui permettrait par ailleurs de multiplier par deux la durée de vie des malades. Elle espère donc reprendre prochainement les essais en phase 1, par mesure de précaution, et mettre son traitement sur le marché idéalement en 2014.

 

 

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