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PME-ETI

Nancy hybride ingénierie et santé

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Le croisement des compétences a fait émerger un tissu de biotechs innovantes autour de la capitale des Ducs de Lorraine, soutenu par les collectivités locales.

Un tissu dense de laboratoires universitaires, neuf écoles d’ingénieurs, un CHU employant 9 200 personnes… L’aire urbaine de Nancy (Meurthe-et-Moselle) dispose d’atouts certains pour faire émerger un pôle d’excellence dans les biotechnologies au service de la pharma-cosmétique. En atteste la success-story de Novasep, une société née en 1996 au nord de l’agglomération, à Pompey. Ce spécialiste de la purification de molécules complexes a constitué, à coup d’acquisitions, un groupe de 1 300 salariés. Et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’industriel a récemment annoncé un investissement de 17 millions d’euros sur son site lorrain (163 personnes), afin de mettre en service d’ici à mi-2019 une unité de production d’anticorps monoclonaux, des biomolécules utilisées dans les thérapies innovantes.

Revalorisation de médicaments existants

De grands groupes s’intéressent également aux pépites du territoire. Fin 2017, le lyonnais Novacap (3 000 personnes) est entré au capital d’Harmonic Pharma, une start-up nancéienne qui revalorise des médicaments existants dans de nouvelles applications thérapeutiques. Le géant de la chimie BASF fait prospérer le savoir-faire acquis dans les actifs cosmétiques par une PME de 120 personnes à Pulnoy (Meurthe-et-Moselle), qu’il a rachetée en 2010. « L’écosystème nancéien est riche, mais reste à développer d’un point de vue industriel », nuance Frantz Deschamps, président de StaniPharm à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle). Cette société de 9 salariés, emblématique du tissu local de biotechs innovantes, utilise la technologie de cristallisation par CO2 supercritique pour rendre plus facilement assimilables des molécules actives en les réduisant à l’échelle de nanoparticules. « Nous offrons aux labos pharmaceutiques l’opportunité de revaloriser des médicaments en fin de brevet, en améliorant leur assimilation, donc leur efficacité. Nous sommes également sollicités pour de nouveaux actifs peu solubles », insiste le dirigeant.

Les collectivités territoriales cherchent à encourager l’expression industrielle de ces innovations, le Grand Nancy via la création d’une société mixte d’innovation [lire l’encadré page suivante] et la Région Grand Est en renouvelant, en octobre 2017, son soutien financier au programme BioProLor, pour « bioactifs produits en Lorraine ». Ce consortium public-privé a été lancé en 2010-2014 par une dizaine d’acteurs (start-up, PME et laboratoires associés à BASF) pour favoriser l’éclosion d’une filière thérapeutique régionale autour des substances naturelles.

Cheville ouvrière du consortium, Plant Advanced Technologies (PAT), à Vandœuvre-lès-Nancy, a mis au point une technologie de « plantes à traire » issue du laboratoire Agronomie et environnement (Inra-université de Lorraine). Ses actifs cosmétiques ont séduit Chanel et les Laboratoires Expanscience. Pour croître, cette PME de 42 personnes cotée en Bourse joue à fond la carte des fertilisations croisées. Son premier médicament, un anti-psoriasis en cours de développement, a été testé au stade préclinique par Etap-Lab à Vandœuvre-lès-Nancy. Parallèlement, elle cherche à découvrir un substitut aux antibiotiques avec la plate-forme ABC (CNRS-université de Lorraine). Enfin, son expertise intéresse la branche agro de BASF avec laquelle PAT imagine de futurs biopesticides.

Si BioProLor n’atteint pas l’envergure de son voisin Alsace Biovalley, le consortium peut toutefois miser sur les compétences en ingénierie de l’agglomération nancéienne. « L’originalité de notre territoire réside dans la présence de sociétés d’ingénierie capables de se lancer dans la production manufacturée des molécules développées en recherche fondamentale », analyse Frédéric Bourgaud, le directeur recherche-développement de PAT.

De la recherche à l’industrialisation

À titre d’exemple, la start-up nancéienne Biolie (8 personnes), créée en 2010 à partir des recherches du Libio – le laboratoire de l’université de Lorraine –, a industrialisé une technique d’extraction enzymatique sans solvant, pour capter les molécules actives des végétaux. Ses ingrédients ont suscité l’intérêt des Laboratoires Lehning, à Sainte-Barbe (Moselle), spécialisés dans les produits homéopathiques et phytothérapiques. « En deux ans, nous avons commercialisé trois produits d’automédication, combinant une substance extraite par nos procédés de macération et un ingrédient capté par voie enzymatique par Biolie », illustre Stéphane Lehning, président du groupe Lehning (320 personnes). Dernière innovation en date, une crème contre les démangeaisons et les brûlures superficielles lancée en février 2018, mariant l’huile de noyaux d’abricot de Biolie à une solution aqueuse à base d’extraits de maïs de Lehning.

BASF, un acteur régional

Si l’accès aux majors du secteur demeure souvent tortueux pour les petites biotechs, la filiale lorraine de BASF dans les actifs cosmétiques ne rencontre pas cette difficulté. Interlocuteur privilégié des géants de l’industrie du luxe et de la cosmétique, le site, rattaché à BASF Beauty Care Solutions France (55,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016), doit constamment investir en matière de recherches sur les actifs, mais aussi sur le cheveu et la peau. Pour aller encore plus loin, BASF a entrepris cette année une collaboration avec l’Institut Jean Lamour à Nancy, un laboratoire de référence en sciences des matériaux avec 550 chercheurs.

« Ce rapprochement permet à BASF d’accéder à des conseils et à des technologies de pointe en matière d’imagerie pour visualiser l’effet des principes actifs », avance Andreas Rathjens, le directeur du site de production nancéien. Parallèlement, le groupe s’apprête à investir localement pour multiplier par cinq, à l’horizon 2020, sa production d’un hydratant vendu exclusivement en Asie.

Une société d’économie mixte pour innover en santé

Avec 31 000 emplois, le secteur de la santé affiche, dans l’aire urbaine de Nancy, un poids nettement supérieur à celui de territoires similaires. En revanche, la fabrication et le commerce des produits de santé y demeurent proportionnellement moins développés… À l’ouest de l’agglomération, sur les hauteurs du plateau de Brabois, le nouveau technopôle Henri Poincaré, issu de l’élargissement d’un technopôle vieillissant, concentre les compétences : CHU, campus biologie-santé, École de chirurgie, plate-forme d’imagerie moléculaire NancyClotep… Pour redynamiser ce technopôle créé dans les années 1970, le Grand Nancy a approuvé le 23 février 2018 la création d’une société d’économie mixte d’innovation (SEM) autour de deux thématiques prioritaires : la santé et les matériaux. Cette structure détenue à 52 % par les collectivités territoriales (Grand Nancy et région Grand Est), associera l’université, le CHU, la Caisse des dépôts, la chambre de commerce et d’industrie et plusieurs entreprises régionales. « L’enjeu est de relancer la dynamique des fertilisations croisées entre recherche fondamentale et économie, tout en favorisant l’installation d’entreprises en liaison avec ces thématiques », explique Francis Werner, le vice-président du Grand Nancy délégué à la recherche et l’innovation. La SEM entend également accompagner les jeunes pousses à leur sortie des dispositifs d’incubation, un passage réputé critique.

 

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