Nabucco reste à quai

Une réunion organisée par l'Union européenne a rassemblé à Prague tous les pays clefs de Nabucco: ceux disposant de ressources gazières (région Caspienne et Egypte), ceux servant au transit (Turquie et Géorgie) et ceux qui consommeront le gaz transporté (

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C'était le sommet énergétique «Corridor Sud, nouvelle route de la soie». La route sera visiblement longue. Ce projet qui visait à détruire le monopole de la Russie en matière d'exportations du combustible de l'Asie centrale a fait long feu. Le gazoduc Nabucco, un tuyau de 3.300 km qui doit permettre à l'Europe de réduire sa dépendance à l'égard de la Russie, a bénéficié vendredi d'un élan politique moins fort qu'escompté des pays de la Caspienne, et le projet attend toujours du gaz et de l'argent pour décoller.

8 pays. "Le corridor Sud" réunit l'Azerbaïdjan, la Géorgie, le Kazakhstan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, l'Egypte, l'Irak et la Turquie. Le projet de Déclaration commune du sommet prévoit la création d'un itinéraire qui reliera les consommateurs de l'UE aux hydrocarbures caspiens "avec des projets stratégiques en matière d'infrastructure permettant de transporter le gaz naturel via des tubes ou par tankers". Il s'agit tout d'abord du Turkménistan que Bruxelles considère comme la source clé du remplissage du gazoduc Nabucco. Tout le gaz turkmène a été jusqu'à présent transporté en Europe par Gazprom via le territoire russe.

Turkménistan sous pression. La participation d'Achkhabad à ce projet transcaspien s'explique par le récent conflit gazier avec Moscou. La Russie n'a pas signé en mars l'accord sur la construction par Gazprom du gazoduc Est-Ouest, destiné à relier le gisement gazier de Iolotan, l'un des plus grands du monde, au littoral de la mer Caspienne. De plus, Gazprom a considérablement réduit en avril le pompage du gaz turkmène du gazoduc Asie centrale-Centre-4, ce qui s'est soldé le 9 avril par une explosion. Gazprom a cessé de transporter le gaz turkmène en coupant la seule voie d'exportation d'Achkhabad.

4 nons pour 4 oui. Pourtant, les représentants de l'Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Turkménistan, trois pays ex-soviétiques d'Asie centrale riches en hydrocarbures, ont refusé de signer une déclaration politique finale du sommet marquant un soutien politique fort à Nabucco.

Le Premier ministre tchèque démissionnaire, Mirek Topolanek, dont le pays préside l'UE, a préféré insister sur "la première historique" qui a consisté à faire signer une déclaration de soutien très précise à l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie, l'Egypte et l'UE.

Mais l'Azerbaïjan ne pourra pas à lui seul approvisionner Nabucco, ainsi qu'un autre projet turco-grec plus modeste, discuté à Prague, le gazoduc ITGI.

Les autres pays d'Asie centrale présents "n'aiment pas signer ce type de déclaration, ils ne le font jamais et aujourd'hui n'a pas fait exception", a tenté d'expliquer M. Topolanek.

Imbroglio caspien. Leur prudence pourrait aussi s'expliquer par le statut très incertain de la Caspienne: des négociations sont en cours depuis des années pour déterminer s'il s'agit d'une mer ou d'un lac, ce qui change les titres de propriété du gaz. La Russie pourrait bloquer la construction du gazoduc sur le fond ce cette mer.

Dans ce cas, la déclaration ranime l'idée de construire au Turkménistan une usine de liquéfaction de gaz qui devrait être ensuite transporté par tankers en Azerbaïdjan pour transiter ultérieurement vers l'Europe. Les experts soulignent toutefois que cette initiative constitue une démarche purement politique, car elle est manifestement mal fondée du point de vue économique. "Transporter de gaz avec un tanker pour une distance de 350 km est tout à fat désavantageux, c'est pourquoi une telle intention n'est destinée qu'à exercer une pression sur la Russie", affirme le partenaire de RusEnergy Mikhaïl Kroutikhine. "Les grosses dépenses sur le transport de 1 milliard de m3 de gaz d'un puits du Qatar au consommateur européen se chiffrent à 600 millions de dollars", ajoute-t-il. Cette somme est approximativement dix fois plus importante que le coût de transit de combustible de la Russie via les gazoducs existants.

Théoriquement, la construction de Nabucco doit commencer en 2011 afin qu'il devienne opérationnel en 2014. Mais 7,9 milliards d'euros sont nécessaires.

L'arme turque. La réunion a permis néanmoins d'officialiser une réelle avancée dans le domaine du transit du gaz. Après des mois de négociations très dures, la Turquie a enfin signalé sa volonté de conclure "d'ici la fin juin" un accord sur les modalités de transit de gaz de Nabucco à travers son territoire, a précisé M. Barroso.

Une manière pour Ankara, sans le dire explicitement, d'utiliser l'arme de Nabucco pour faire pression sur les Européens afin qu'ils accélèrent les négociations d'adhésion, très controversées, de la Turquie à l'Union européenne.

A.L.

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