Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

[Muses industrielles] "Une histoire trop française" de Fabrice Pliskin ou comment une escroquerie peut faire un bon roman

Christophe Bys

Publié le

S'inspirant du scandale des prothèses mamaires, le journaliste Fabrice Pliskin s'amuse à brouiller les pistes avec Une histoire trop française, parue chez Fayard. Dans ce roman à l'ironie perfide, il s'amuse des contradictions d'une société qui veut toujours plus de vérité et passe son temps à travestir les mots.

[Muses industrielles] Une histoire trop française de Fabrice Pliskin ou comment une escroquerie peut faire un bon roman
Ceci n'est pas un sujet de roman.
© Benoît Tessier - Reuters

Dans l’édition 2018 du dictionnaire des idées reçues figure en bonne place le jugement selon lequel les créateurs français sont incapables de se saisir de l’actualité, quand l’inverse prévaudrait aux Etats-Unis. Outre qu’on ne sait pas d’où se mesure la grandeur d’un Art à se saisir de l’actualité (il y a des journalistes pour ça), cette assertion répétée à l’envi est fausse. Il suffit de pousser la porte d’une librairie, de fureter parmi les jaquettes des différents ouvrages présents et de se plonger dans quelques livres pour se convaincre du contraire. Si différence il y a, c’est peut-être dans le traitement. Là où, outre-Atlantique, l’œuvre de création sera très documentée dans la plus pure tradition du naturalisme, le créateur tricolore s’emparera de l’actualité pour lui faire un bel enfant, quitte à travestir les faits.

Le névrosé et le salaud

Une histoire trop française de Fabrice Pliskin, par ailleurs journaliste littéraire à L’Obs, en apporte une nouvelle illustration. Relatant l’histoire d’une escroquerie aux prothèses mammaires dont toutes ressemblances avec une histoire ayant existée ne semble pas complètement fortuite,  l’auteur s’inspire du réel pour mieux s’en écarter et se rapprocher un peu plus ainsi, par la voie de la fiction de la réalité profonde de ce qui s’est passé. Plutôt que de décortiquer l’escroquerie, il tisse dans la première moitié de son roman le récit de deux personnages aux antipodes.

L’un, Jean Jodelle, président fondateur de Jodelle Implants, fripouille paradoxale aimant citer les grandes poètes, se revendiquant de gauche communiste, n’hésitant pas à justifier sa malhonnêteté par une politique sociale ambitieuse. De l’autre, Louis, critique littéraire au chômage, névrosé professionnel. Il culpabilise (et il aime ça !) comme il respire, à commencer avec sa jeune épouse noire qui veut un enfant, ou avec son ancien employeur quand il doit trouver un sujet pour son hebdomadaire.

La novlangue managériale corrigée

Forcément, quand les routes des deux personnages se croiseront trente ans après leur première rencontre sur les bancs du lycée Louis le Grand, cela ne peut que produire que des étincelles. Louis au chômage, rejoint Jodelle Implants et les ennuis commencent. Loin de relater l’affaire connue, Fabrice Pliskin digresse, invente des personnages secondaires et ironise sur notre époque qui voudrait la vérité mais a instrumentalisé les mots pour leur faire dire le contraire de ce qui est. "Est-il encore possible de communiquer dans un monde où la communication est devenue synonyme de mensonge ?". La novlangue managériale sur la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise ne ressort pas indemne de ce roman écrit, toutes grenades dégoupillées.

Ce faisant, en bon moraliste, Fabrice Pliskin interroge : qu’y a-t-il de plus grave entre mentir et se payer de mots pour ne pas voir ce que l’on fait ? Et pose cette question essentielle : si les escrocs sont évidemment condamnables, que penser de tous ceux qui les écoutent et les suivent aveuglément ? 

 

Une histoire trop française Fabrice Pliskin Fayard

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle