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[Muses industrielles] "Qui a tué mon père" ou le "J'accuse" rêvé d'Edouard Louis

Christophe Bys

Publié le

Pour son troisième récit, Edouard Louis s'interroge "Qui a tué mon père". Dans ce court texte, l'écrivain dissèque les liens entre la grande politique et le corps des "dominés". Le résultat ne convainc qu'à moitié. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions et être plein de bons sentiments pour faire de la bonne littérature. 

[Muses industrielles] Qui a tué mon père ou le J'accuse rêvé d'Edouard Louis
Edouard Louis sort son troisième livre, "Qui a tué mon père".
© Heike Huslage-Koch - Wikimedia commons

A peine arrivé sur la scène littéraire, Edouard Louis est devenu plus qu'un écrivain, une emblème, par le regard des lecteurs et de la plupart des médias sur son premier livre "En finir avec Eddy Bellegueule" et de son attitude depuis. Ecrivain de veine autobiographique, le jeune auteur a aussi des ambitions philosophiques et politiques qu'il mêle dans son dernier opus étrangement intitulé "Qui a tué mon père", sans point d'interrogation. 

L'homme brisé

Le texte est  hybride, il semble avoir été écrit pour un comédien qui le jouera sur scène, en un long monologue, tandis qu'à ses côtés un homme figurera le père, muet, car interdit de paroles par ce qu'on appelle aujourd'hui le système, quand on est contre ce dernier. Le narrateur - vraisemblablement Edouard Louis - parle à son père, brisé par la vie et un travail physique très difficile, mais aussi par une vie d'excès de toutes sortes. Le père du narrateur a travaillé dur à l'usine et se retrouve avec un dos cassé à force d'efforts. 

Il y a quelque chose de très singulier dans ce court texte qui se lit d'une traîte en assez peu de temps. Il est à la fois âpre et tendre. Cette sorte de lettre d'un fils essayant de tisser un lien avec son père, qui semble si éloigné de lui, est résolument sensible. "Il y a ceux à qui la jeunesse est donnée et ceux qui ne peuvent que s'acharner à la voler".

Croire en la littérature 

On avouera être beaucup moins convaincu par la partie politique critique. Etonnamment, Edouard Louis qui se révèle un fin observateur de sa famille (que ce qu'il raconte soit réel ou inventé importe peu finalement) et un analyste très lucide quand il est dans le particulier de sa famille tombe dans une vision caricaturale quand il s'agit de poser un regard critique sur la société. Autant l'intime sonne juste et émeut, autant la généralisation évoque plutôt un tract. 

On retrouve ce qu'il y a de pire de la sociologie critique, dans le sillage du Bourdieu de la dernière période : l'esprit de système étouffe tout. Il en résulte une vision sans subtilité, univoque et assez grossière des forces sociales. En résumé, certains sont et resteront des victimes, n'ont aucun autre destin que d'être broyé par le système, à la place qui leur est assignée. D'où des condamnations assez puériles des derniers présidents de la République pour des lois jugées anti-sociales par Edouard Louis. 

C'est ce côté puéril et immature de la pensée qui gâche des pages émouvantes. Edouard Louis devrait davantage faire confiance à la fiction et à la littérature. Sobre et sans son prêchi-prêcha révolutionnaire, il fissurerait plus sûrement l'édifice social. C'est toute la grandeur de l'écrivain. 

Qui a tué mon père, Edouard Louis, Editions du Seuil 12 euros 

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