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[Muses industrielles] Quand la littérature prévoit la grande coupure d'Internet

Christophe Bys

Publié le , mis à jour le 03/10/2017 À 08H30

En cette rentrée littéraire,au moins deux romans prévoient une rupture d'Internet. Si le style et l'intrigue ne se ressemblent pas vraiment, les deux auteurs, Pierre Ducrozet et Aude Seigne, dressent un constat finalement assez proche : le réseau ne tenant pas ses promesses, des internautes finiront par vouloir le supprimer.

[Muses industrielles] Quand la littérature prévoit la grande coupure d'Internet
Pierre Ducrozet et Aude Seigne imaginent la fin du Réseau.
© FlickR - CC

Ils sont deux, un homme et une femme qui ont publié à l'heure de la rentrée littéraire deux romans qui évoquent la possibilité de la fin du réseau Internet. C'est le cas de Pierre Ducrozet dans L'invention des corps (Actes Sud) et d'Aude Seigne dans Une toile large comme le monde (Zoë). C'est pourtant le seul point commun de ces deux ouvrages au style et à la construction très différents.

Histoire de la violence

Chez Ducrozet, tout commence par un récit glaçant qui à lui seul fait que le jeune romancier mériterait largement une place dans les sélections de prix littéraires  : le massacre d'un bus d'étudiant par la police mexicaine et l'échappée d'Alvaro qui traverse le Mexique, le Texas pour rejoindre la Californie. En effet, Pierre Ducrozet imagine qu'un de ses étudiants réussit à prendre la fuite et profitant de ces connaissances en informatique en profite pour essayer de se faire embaucher par un tycoon de la Sillicon Valley adepte du transhumanisme, plus vrai que nature.

Ce dernier obsédé par la mort a fait construire un bunker en forme de cube où il fait travailler des scientifiques hors du commun pour découvrir les secrets de l'immortalité. Parmi eux figure une chercheuse française, pas vraiment convaincu par l'objet des recherches. Ce trio bientôt rejiont par un quatrième personnage, une hackeuse asiatique transexuelle, crée la dynamique de ce livre à la construction alerte, évoquant le lien hypertexte et le rhizome cher à Gilles Deleuze. Toujous en mouvement et aux péripéties inattendues, L'invention des corps remplit le programme annoncé par son titre. A l'ère des ordinateurs tous puissants et de l'intelligence artificielle, quel corps l'emportera ? Pierre Ducrozet tente de créer un roman résolument contemporain, un pari qu'il remplit en grande partie au fil des pages.

Des humains devenus des silhouettes mélancoliques

Le roman d'Aude Seigne possède quelques similitudes même si son style est plus doux, la violence y étant plus diffuse. Là aussi, le récit tisse parallèlement la vie de plusieurs personnages à travers le monde : un trouple de Portland, une militante d'ONG scandinave ou un père et son fils asiatique. Tous ont créé des relations via le web, travaillent pour le web qui est au fond le personnage central de ce roman, et plus spécifiquement Flin, le câble sous marins, qui relient entre eux les continents et sans lesquels Internet ne serait pas le même.

Le roman dégage une forme de mélancolie sous-jacente, on pense à Souchon et à son ultra moderne solitude à suivre les pérégrinations des uns et des autres. Voilà pour l'ambiance. Pour la construction, le livre mixe les genres à l'image du web créant des liens entre des éléments éparses : Une toile large comme le monde mixe éléments documentaires, récits et commentaires du narrateur. Là où le roman réussit son pari c'est dans la description des personnages évoquant plus un travail d'aquarelliste, tout en subtilité. On a l'impression de suivre des ombres, des silhouettes, des personnages qui semblent vivre au ralenti, connectés mais isolés. 

La fin d'un monde constaté trop tard ?

Si Ducrozet peint la fin du net comme une sorte de feu d'artifice réjouissant (semblant légitimer au passage une violence qu'il condamnait au début), Seigne s'interroge aux conséquences qu'auraient une telle coupure sur nos vies. L'un comme l'autre ont l'air de dire mezzo vocce, que l'Humanité est déjà allé trop loin pour envisger un possible retour en arrière. S'il reste techniquement possible, le monde qui suivrait pourrait être pire que le monde actuel. Comme s'il fallait imaginer ce que l'on ne pourra plus jamais faire, penser à l'avenir pour réaliser que le monde d'hier est définitivement englouti. Et ce sans bruit.

En plus de son roman, Aude Seigne a réalisé un blog sur les sujets abordés dans son livre, c'est ICI  

Les parisiens pourront assister à une lecture concert du livre de Pierre Ducrozet à la maison de la poésie (quartier Beaubourg) mardi 10 octobre.  

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