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"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu, un Prix Goncourt sur fond de désindustrialisation

Christophe Bys , ,

Publié le , mis à jour le 07/11/2018 À 12H57

[ACTUALISÉ] Le mercredi 7 novembre, le prix Goncourt a été attribué à Nicolas Mathieu pour "Leurs enfants après eux" chez Actes Sud. Qu'est ce qu'être jeune quand on grandit dans une région en crise, où la désindustrialisation étend chaque jour un peu plus son empire ? Depuis Paul Nizan, tout le monde sait que 20 ans n'est pas le plus bel âge de la vie. C'est un des paris réussis du deuxième roman de Nicolas Mathieu, que L'Usine Nouvelle avait chroniqué dans sa rubrique "Muses industrielles".

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, un Prix Goncourt sur fond de désindustrialisation
Le Heillange du roman de Nicolas Mathieu évoque irrésistiblement la ville d'Hayange (photo).
© wikimedia

Qui connaît Heillange, la ville où se déroule "Leurs enfants après eux", deuxième roman remarqué et remarquable de Nicolas Mathieu ? Une ville de l'est de la France, qui évoque irrésistiblement Hayange en Moselle. Les feux de l'actualité l'éclairent de temps à autre, quand un haut-fourneau s'arrête, une usine ferme, un conflit social éclate à moins qu'un candidat à la présidentielle vienne y faire quelques promesses ou qu'un élu d'extrême droite accède à des responsabilités municipale ou législative. Mais qui connaît la topographie de ces villes, la vie de ses habitants ? Qui sait la vie de ces lieux où "les hommes parlaient peu et mouraient tôt" et où "les femmes se faisaient des couleurs et regardaient la vie avec un optimisme qui allait en s'atténuant" ? 

De Nirvana à la première victoire des Bleus

En quatre étés, couvrant les années 90, de l'arrivée de Nirvana, à la coupe du Monde de football, Nicolas Mathieu suit une bande d'adolescents et leurs familles. Il y a les enfants de prolos, ceux des beaux quartiers, les petits blancs et les fils d'immigrés. Ils s'appellent Hacine, Anthony ou Steph et ils n'ont pas encore 18 ans quand commence le roman. Le temps d'un été, ils font ce que font tous les jeunes : ils traînent, voient leurs copains, vont à des fêtes, vivent leur vie comme ils peuvent, pris entre l'envie de s'arracher et l'impossibilité de partir. Ce n'est pas un hasard si le roman se termine par "l'effroyable douceur d'appartenir". 

Si le monde des adultes ne fait pas rêver - "toute la vallée était en soins palliatifs, quelque part", l'énergie de l'adolescence vit le temps des premières fois avec passion. Il y a de la fureur de vivre chez ces personnages qui éprouvent avec leurs corps ce que vivre veut dire. Car les corps adolescents vibrent malgré le spectacle de parents devenus vieux trop vite, comme si la vitalité était indexée sur le taux de croissance. Chômage, petits boulots, précarité, difficultés à boucler les fins de mois sont décrits sans complaisance, ni pathos. "Au fond, il s'était simplifié". Comment être jeune et imaginer le futur quand "tout était là, chaque rue épelait son histoire, chaque façade énonçait un souvenir" ?  

Deux frères ennemis

La deuxième partie, construite en partie autour d'un enterrement est en soi un vrai chef d'oeuvre, Nicolas Mathieu réussissant aussi bien les portraits de groupe que les gros plans sur les différents personnages. A commencer par la cathédrale construite par un riche industriel au XIXe siècle, si bien qu' "à chaque fois qu'une famille enterrait un silicosé ou un poivrot, elle se faisait l'impression d'avoir droit à des funérailles nationales". 

Pour ajouter au romanesque, une rivalité entre deux garçons court d'époque en époque, entre le timide Anthony et le rebelle Hacine. Tout commence par un vol de moto et se résout un soir de Coupe du Monde, en multipliant les épisodes violents. 

Plus forte la vie 

Si les descriptions sont précises et réalistes, les dialogues prosaïques, le roman possède l'énergie de cette jeunesse malgré tout. C'est comme si "Plus belle la vie" était filmé par Scorsese, même si l'auteur emprunte plutôt aux techniques des feuilletons façon Netflix : arcs narratifs, cliffhanger... Tout est parfaitement maîtrisé pour créer un suspense permanent, et une envie de continuer, car malgré tout la vie est la plus forte. "On se met à rire et même à crier, les nerfs bien sûr, qui se relâchaient, et la vie, infatigable et carabine, qui revenait rouges sur les visages et en sueur sur la nuque". 

 

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu Actes Sud

432 pages 21,80 euros

 

Dans les remerciements, l'auteur cite notamment Marion Brunet, auteure au printemps dernier d'un remarquable roman L'été circulaire chez Albin MIchel. Il y a entre ces deux auteurs un cousinage évident. 

 

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