Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

[Muses industrielles] Le Macbeth de Jo Nesbo ou le triomphe du Mal en temps de crise

Christophe Bys

Publié le

Oeuvre de commande, le Macbeth de Jo Nesbo n'en révèle pas moins les qualités du maître scandinave du polar. Maîtrise de l'intrigue, personnages tout en complexité, réflexion sur le Mal sont au sommaire de cette adaptation de Shakespeare dans une ville industrielle en crise, livrée à la drogue et la corruption.

[Muses industrielles] Le Macbeth de Jo Nesbo ou le triomphe du Mal en temps de crise
Usines à l'abandon et gare désertée sont le décor de ce polar bien noir.
© wikipedia

On imagine qu'elle a été puissante la cité, pour laquelle Macbeth et Lady assassinent et exécutent à tour de bras afin d'en prendre enfin la tête. Devenir préfet de police ou pourquoi pas maire et devenir celui qui tire toutes les ficelles. Mais la crise déjà est passé par là, les usines sont à l'abandon, le port n'est plus que l'ombre de lui-même et la gare est devenue la plaque tournante du trafic de drogue, contrôlé par deux rivaux.

Quelque chose de pourri

Macbetch, Lady, l'allusion est claire. Le dernier roman d'un des maîtres du polar scandinave est une variation autour de la pièce de Shakespeare. Comme dans celle-ci, on s'aime, on se trahit, et on s'y tue. Dévoré d'amour pour Lady, Macbeth va mettre en oeuvre le plan de cette dernière pour prendre le pouvoir, faisant exécuter sans trembler tous ceux qui se trouvent sur son passage, quels qu'ils soient. Les amis d'hier ne doivent pas entraver cette ascension. A la violence des guerres présentes dans la pièce originale se substitue celle d'une opposition sans merci entre policiers et bandes rivales. Ou entre services de polices. 

Tous les personnages de ce roman ou presque sont habités par la question du Bien et du Mal. Jusqu'où un crime peut-il être justifié dès lors qu'on l'accomplit pour l'avènement du Bien, en l'espèce débarrasser la ville de la corruption qui y règne ? Celui qui veut le Bien parce que c'est bon pour son ego est-il vraiment meilleur que l'homme désintéressé prêt à composer ? Telles sont les questions mises en scène au fil des pages de ce gros livre qu'on rêve de dévorer d'une traite (difficile avec ses plus de 600 pages). 

Seigneur du polar

Car Jo Nesbo n'est pas pour rien un seigneur du polar. Il sait construire un roman, créer un suspense, ménager des ruptures. Il excelle aussi bien dans les scènes violentes "à grand spectacle" dirait-on au cinéma, mais aussi au récit intime et aux conversations chuchotées. Et de rappeler l'essence de bien des pouvoirs autoritaires. Pour s'installer, ils ne se contentent pas d'installer une forme de Terreur, ils se créent des complices. Les hommes bons sont corrompus peu à peu jusqu'à en mourir. 

On ressort de la lecture lessivé par le récit des horreurs au cours des 600 pages et en se disant qu'on a bien de la chance de vivre quelques siècles après le grand William. Car si la tentation est grande parfois de dire que rien n'a changé, les garde-fous de l'Etat de droit et le jeu des institutions démocratiques offrent un cadre pacifique à l'exercice de ces pulsions. On s'ennuie peut-être dans les démocraties de l'ère post-moderne, mais on peut s'y promener sans risquer de balles perdues. En ces temps de renouveau populiste, ça ne fait pas de mal de le rappeler. 

Macbeth, Jo Nesbo, Série noire Gallimard  Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle