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[Muses industrielles] "Là où les chiens aboient par la queue", ou la grande transformation de la Guadeloupe par E.S. Bulle

Christophe Bys ,

Publié le

Dans son premier roman, Estelle-Sarah Bulle raconte l'histoire d'une fratrie née dans un village perdu de la Guadeloupe. Ce faisant, c'est plus d'un demi-siècle de l'histoire locale qu'elle nous offre, de la misère à l'exil. Elle livre une réflexion sur l'identité. 

[Muses industrielles] Là où les chiens aboient par la queue, ou la grande transformation de la Guadeloupe par E.S. Bulle
Coup d'essai réussi pour ce premier roman d'Estelle-Sarah Bulle
© Julien Falsimagne Leextra pour Liana Lévi

Parfois, les critiques fainéants entonnent l'antienne du "tout a déjà été écrit et la littérature française est finie". A ceux-là, on ne peut que recommander la lecture de "Là où les chiens aboient par la queue", le formidable premier roman d'Estelle-Sarah Bulle. Née en métropole d'un père guadeloupéen et d'une mère bretonne, la narratrice s'interroge sur ses origines. Alors elle convoque ses deux tantes - dont l'étonnante Antoine et la plus sage Lucinde - et son père pour écrire sa généalogie. Ce faisant, l'auteure offre un point de vue original sur les Trente Glorieuses vues depuis les Dom-Tom, couvrant plus de cinquante ans d'histoire. 

Destin d'une fratrie 

Nés dans un coin reculé de la campagne, le fameux "là où les chiens aboient par la queue" pour désigner un site éloigné de tout, la fratrie survit comme elle peut, avec un père fantasque aux rêves de grandeurs disproportionnés par rapport à ses moyens et une mère désavouée par sa famille après un mauvais mariage. Antoine, l'aînée obsédée par les esprits et les superstitions locales, partira pour Pointe-à-Pitre vivre sa vie, avec rien en poche ou si peu. De là, elle découvrira la liberté autant que la gloire, avant de s'intéresser à quelques trafics au coeur des Caraïbes. La soeur, plus sage et raisonnable, fera de ses doigts d'or un métier de couturière. Un temps avec sa soeur et puis en indépendante, un mariage venant semer le trouble dans la fratrie. Quant au frère, le plus jeune des trois, sa grande affaire ce sera la politique, un temps enfin. Avant de partir pour la métropole comme ses soeurs. 

Car le grand mérite de ce roman est de raconter l'histoire de la "modernisation de l''économie" de la Guadeloupe vue depuis l'île. On bétonne, on ouvre des hôtels mais pour les habitants qu'est-ce que cela change. On ne peut qu'admirer le talent d'Estelle-Sarah Bulle qui, si elle ne pense pas que "c'était mieux avant" ne semble pas davantage convaincue que le progrès est un horizon enviable. Non, plutôt que d'imposer sa vision, elle décrit le monde tel qu'il va, sans nostalgie ni progressisme forcené. 

Sororité et identité

Alternant les points de vue des trois enfants, ce roman est aussi une très belle histoire de deux soeurs rivales et fusionnelles, l'aînée étant un peu trop insupportable, quand la cadette est soumise. Surtout, elle évite le piège du folklore,  façon guide pour métropolitains avides de pittoresque antillais. Ce faisant, Estelle-Sarah Bulle livre aussi une passionnante réflexion sur l'identité, ni simple, ni simpliste. Subtile comme seul le roman peut le faire. 

 

Là où les chiens aboient par la queue,  Estelle-Sarah Bulle, Ed. Liana Lévi

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