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[Muses industrielles] L'homme qui aimait les voitures, personnage principal du roman "les hommes" de Richard Morgiève

Christophe Bys ,

Publié le

Dans "les hommes" Mietek promène son mal de vivre de mauvais coups en virée sur l'autoroute. Perdu, ce petit cousin des personnages interprétés par Gabin ou Ventura l'est incontestablement. Alors, il cambriole, magouille, aime mal des femmes.. et trouvent le réconfort dans les voitures qu'il aime conduire ou voler. Jusqu'au jour où... 

[Muses industrielles] L'homme qui aimait les voitures, personnage principal du roman les hommes de Richard Morgiève
Quand l'angoisse devient trop forte, Mietek part en Cadillac, écoutant des romans policiers enregistrés sur cassette
© Pixabay

Les hommes, c'est paradoxalement l'histoire d'un d'entre-eux, Mietek, dans la France des années 70. Mais si le titre de ce roman est un pluriel, c'est vraisemblablement parce que Richard Morgièvre fait de son narrateur un archétype du petit gangster de l'époque, évoluant dans un environnement uniquement masculin, tant il peine à nouer des relations authentiques avec les femmes. 

Quand le roman est sorti à la fin du mois d'août, maints critiques ont évoqué les films de gangster français.. laissant peut-être penser à un lecteur inattentif que le roman de Morgièvre se situe dans la lignée du cinéma façon Lautner/Audiard, quand il évoque bien davantage les somptueux films noirs de Jean-Pierre Melville, façon le Samouraï ou le cercle rouge.

Un homme triste mais avec un code de l'honneur strict

Mais revenons à Mietek venu rendre les derniers hommages à un gangster qui a été pour lui une sorte de père es mauvaises actions. Mietek vit de mauvais coups, fréquente les prostituées de la rue Saint-Denis, qu'il protège plus ou moins, prend le café avec sa voisine de palier (une mère de remplacement ?). Et quand il s'ennuie ou que l'angoisse est trop forte, il monte dans une de ses voitures et fait des pointes de vitesse sur l'autoroute, en écoutant des romans policiers enregistrés sur cassette par une prostituée qu'il fréquente...

A moins qu'il ne soit en train de voler une voiture à destination d'un collectionneur richissime. Mietek est un gangster à l'ancienne, qui peur cogner fort, mais qui possède un code de l'honneur assez strict. Fidélité aux amis morts, respect de la parole donnée constituent son code moral pour le meilleur ou pour le pire. Mietek est un homme qui vit comme une ombre, un homme noyé par le chagrin : "Au fond je ne savais pas qui j'étais, c'était un peu débile. Ce qui était était sûr, c'était que j'avais de la peine, trop de peine pour un homme seul. Il aurait fallu que je sois deux pour la porter". 

Derrière le roman policier de facture classique, relatant les cambrioles de Mietek entourés d'une armée de personnages de second rang aussi bien écrits que les seconds rôles du meilleur cinéma français, se cache pourtant un autre livre. Soit le récit de la dérive d'un homme seul, en proie aux fantômes, incapable d'aimer et le désirant pourtant plus que tout. Les hommes est autant un roman existentiel qu'un polar façon cinéma rétro.

l'art de la litote 

Il raconte l'histoire d'un homme dont la famille a disparu. Mais Morgiève est un roi de la litote, capable en moins d'une phrase de dire le drame d'une vie "Ah pitié, que les gentils crèvent et nous laissent nous dévorer, nous les autres". Ou les prémisses d'une renaissance ou de la joie : "Une petite fille s'est assise à côté de moi, bien peignée et endimanchée. Elle m'a regardé, je lui ai souri pour lui donner quelque chose. Une femme a l'air méchant est apparue, a pris la main de la peite fille et l'a tirée à elle. la petite fille s'est retournée vers moi, je lui ai fait coucou". Du très grand art.

Alors, pour ne pas trop en dire (c'est écrit sur la quatrième de couverture), Les hommes "c'était pas une histoire d'homme que je voulais écrire, pas exactement, c'était une histoire de père et de fille". Au fil de dérive, de voyages en votiures, une cigarette à la bouche, Mietek trouvera la plus belle des rédemptions, celle qui lui fera renoncer aux modèles de voiture trop voyants pour adopter une vie en apparence plus normale. ".... je leur ai juré que j'écrirais un jour l'histoire des bagnoles et des hommes". Et un témoignage sensible et mélancolique sur une époque qui n'est  plus. 

Que ce roman beau et déchirant ait pu échapper aux principaux jurés littéraires de la rentrée reste une incompréhensible injustice et la preuve que les récompenses et le talent n'ont définitivement rien à voir. 

 

Les hommes, Richard Morgiève, Joelle Losfeld Editions 

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