[Muses industrielles ] "L'heure d'été" de Prune Antoine, la jeunesse est elle plus joyeuse à Berlin ?

Paris c'est fini, cap sur Berlin. C'est ce que décide de faire Violette, une vingtenaire qui n'arrive pas à trouver sa place au début des années 2000. Tel est le point de départ de l'heure d'été le premier roman de Prune Antoine. Il révèle mieux qu'une étude de consultants la vérité de la génération Y, et avec le sourire.

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A force de les voir par le biais des ouvrages de management et des préoccupations des DRH sur la génération X Y ou Z (avec cette question très personnelle qui me taraude, après la génération Z, n’y aura-t-il plus de jeunesse ?) on finirait par oublier que vingtenaires et trentenaires sont des gens comme tout le monde, ou presque. Ainsi en est-il de Violette, sorte de lointaine cousine des héros de l’auberge espagnole qui, voyant que son avenir à Paris stagne, part pour Berlin.

« … Paris, qui, après avoir incarné durant des siècles la liberté bohème avait dégringolé au début des années à une sorte d’antithèse de la modernité. Une rombière en mode arsenic et vieilles dentelles, un peu aigrie, un peu méchante, qui avait fait de l’exclusion ou plutôt de l’exclusivité une règle de vie. La mentalité y était à crever, les gens durs et stressés, les règles établies depuis des générations, pas moyen de faire bouger les lignes, elle n’y trouverait pas sa place ».

La babylone allemande

Cap sur la nouvelle Babylone d’avant la gentrification, à l’heure où Berlin rimait encore avec mode de vie alternatifs et ville (très) bon marché, "une ville pour devenir, pas pour être". Les loyers sont bas, la vie abordable, les gens différents. Là, elle retrouve Mir, un gars venu de l’Est, photographe (l’héroïne est journaliste) croisé lors d’un reportage quelques années plus tôt en Ukraine. Ce n’est pas vraiment le coup de foudre immédiat entre les deux, ça commence comme un malentendu, se poursuit comme un quiproquo et ça pourrait bien finir dans une impasse - mais n’en disons pas trop.

Car le livre ne vaut pas tant pour son intrigue de comédie romantique que pour la finesse de son analyse de la jeunesse et l’humour sans concession de son auteure, Prune Antoine, dont c’est le premier roman. Elle-même journaliste (free-lance précise la quatrième de couverture) a un sens du portrait en quelques traits. En effet, pour révéler la diversité de l’univers berlinois, elle choisit de commencer chaque chapitre par une description de ses habitants : du migrant récemment arrivé à la fille de millionnaire new yorkais en quête d’artistes émergents, en passant par la créatrice d’un site d’informations…

vie cool et personnages angoissés

Le Berlin rêvé n’est pas vraiment au programme, les rêves d’une vie plus simple entrent en collision avec les réalités berlinoises. On se rêve Albert Londres et l’on finit téléconseillère dans un centre d’appels, coachée par une japonaise parlant cinq langues ! Et c’est tous les mirages du monde moderne qu’elle fait passer sous son impitoyable crible : les parents proches de leurs enfants, les start-up, le monde numérique, le "like" comme mode de vie ...et les médias.

Prune Antoine rappelle surtout ici à quel point tout ce qu’on écrit sur cette génération oublie l’essentiel : la jeunesse actuelle doit faire avec une angoisse existentielle à l’heure des amours précaires et du travail indépendant. Cessons les balivernes de consultants sur les générations comme-ci ou le bla-bla de spécialistes autoproclamés des moins de 25 ans : hier comme aujourd’hui la vingtaine est l’âge de l’apprentissage de l’autonomie et cela ne se fait pas dans la douceur. Ou comme le dit la psy de Violette qui rêve d’avoir enfin un enfant : "Vous savez il y a toujours un moment où on arrête de grandir pour vieillir". Bienvenue dans l’âge adulte.

L’heure d’été, Prune Antoine Editions Anne Carrière

272 pages 19 euros

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